Comme un boomerang
Par Christophe Sibille , le 12 février 2019

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Bon, chère lectrice, je dois quand-même dire que j’avais commencé assez fort… Je me permets de me citer, sur «twitter»: «Bravo, Augustin Trapenard… Est-ce bien le rôle du service public, (en vrai, faut pas s’mentir), que d’inviter une « chanteuse », (ayant vendu des millions de disques), à côté de laquelle Maître Gims pourrait légitimement se revendiquer comme fils spirituel de Léo Ferré?»

C’est te dire à quel point j’étais véner. Et moi, le matin, je suis très exactement le contraire de Manu! Je ne demande à personne de venir me chercher, mais si on vient me chercher, on me trouve! Et y’en a un peu marre, sous couvert «d’ouverture», de faire se succéder des brelles, (pas Jacques, des vraies) analphabètes au micro d’un animateur payé avec mes thunes. Qui devrait avoir pour objectif quasi-sacerdotal de me faire découvrir de nouveaux et beaux chanteuses et chanteurs. Des qui nous rendent meilleurs après les avoir écoutés qu’on ne l’était avant. Ou des anciens qui nous plongent également les feuilles et les neurones dans la joie.
Ou même, soyons fous, de récents ou anciens enregistrements des grands compositeurs classiques, (qui ont très vraisemblablement fait de moi un être un tout petit peu moins médiocre que ça aurait pu, t’as qu’à voir dans quelle merde on a failli être, mais c’est une parenthèse!)

Ben oui, de la musique classique à France-inter, et alors? D’abord, «musique classique», n’est-ce pas un oxymore? Non, je déconne, mais bon, pas que, quand-même. Cette musique dite classique, dispensatrice de joie sans mélange, et que presque tous les animateurs de cette radio que je continue pourtant à écouter, (vraisemblablement en partie par routine et aussi un peu de paresse intellectuelle, même s’il y a des gens que j’y apprécie), font semblant d’adorer tout en n’en proposant jamais. J’ai dit, presque tous! Il y a quand-même Jean-François Zygel, une heure par semaine, et quelques minutes le samedi matin avec le «classic and co» d’Anna Sigalevitch. C’est peu.

Mais revenons à nos croûtons du début de ce papier. Aya Nakamura, l’invitée de «Boomerang» ce fameux lundi 4 février dernier. Qui chante, on le rappelle, l’inoubliable: «t’es la plus bonne bonne bonne de mes copines», grande favorite des victoires de la musique. Desquelles elle est d’ailleurs revenue bredouille, comme quoi les boules Quiès vissées-collées dans les esgourdes des sélectionneurs de ce raout d’horreur se sont mises en grève pendant les quelques minutes de l’écoute de son tube à vécés. Deux fois quelques minutes, même, puisqu’il paraît qu’Eddy de Pretto n’a rien eu non plus! (Tu vois, je n’ai pas regardé, pour ne pas gâcher un bout de santé mentale, mais je me tiens quand-même au parfum! Rien que pour toi!)

Je précise que: «en vrai, faut pas s’mentir», répétés par elle à peu près vingt-cinq fois au cours de l’émission, ont donc constitué 60% de ses propos. Et que c’était d’ailleurs, et de loin, ce qu’elle a pu articuler de moins inintéressant. Ce à quoi Augustin Trapenard m’a répondu: «Vous faites preuve de mépris social; vous  imposez la violence sociale du parler bien.»

Oh, ma lectrice, je t’avoue que je me suis un peu gratté les pellicules devant cette formule. Après avoir compris que «parler bien» était une expression, (qui aurait donc dû en tant que telle être mise entre parenthèses), je m’apprêtai à répondre, mais un «twittos» qui me suit me devança;  «Ça m’a travaillé votre affaire. J’ai encore relu ce fil. Et je m’aperçois que c’est vous, Monsieur Trapenard, qui parlez le premier de mépris social. Comme si ce même type de production serait attaché à une classe sociale qu’on mépriserait en trouvant ça nul et indigent. Qui méprise?»

Ce à quoi notre animateur du matin abandonna sa fixette sur mon «mépris social» à moi, qui consistait à pointer du doigt la manière indigente de la plantureuse Aya de s’exprimer, et me répondit. En s’intéressant enfin au fond du dossier, à savoir «l’artiste» elle-même, et son cacaprout de disque: «Ce n’est pas forcément faux, (qu’on invite des artistes commerciaux), mais ça n’est certainement pas VRAI. Dans la mesure où c’est un point de vue (le votre, forcément subjectif) et un jugement de goût (une imposition morale, sociale, culturelle)… Ne me cherchez pas !»

La partie la moins imbittable du tweet, ici, c’est l’émoticone final. Ça dit, en gros: «vous considérez Aya Nakamura artistiquement en dessous de Georges Brassens, vous êtes subjectif, hihihi.» «Vous êtes persuadé que je me fous de votre gueule en vous abêtissant, au lieu de rentabiliser les thunes avec lesquelles vous me payez en vous enrichissant les neurones et en vous faisant jouir les esgourdes, vous faites une faute de goût, hahaha.»

Non mais, Augustin, vous imaginez Georges Brassens en train de dire: «en vrai, on va pas s’mentir, ma copine c’est la plus bonne de toutes les meufs»? Et pourtant, le grand Georges bénéficiait au départ du même genre «d’imposition sociale et culturelle» que la bécasse.

par Christophe Sibille

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