Con, pas raison
Par Naqdimon Weil , le 24 septembre 2019

NAQDIMON fait son malin

Vous me direz, la période est fertile. Dans la série « les sujets de mise en rogne chez l’humain en phase de misanthropisation », vraiment, ces jours-ci, y a de quoi faire, entre les politiques qui nous ressortent les conneries les plus racistes et réactionnaires sur les migrants, les moutards – et pas forcément de Dijon – qui se croient désormais en charge du bouzin qu’ils qualifient d’écologie au point de sécher l’école sous le bienveillant regard de leurs vieux énamourés, les habituelles conneries des people et mon PC qui rame plus fort que D’Aboville – hé oui, faut pas lire ma chronique quand on a moins de 40 piges – en son temps, vraiment, c’est du velours. Tiens, moi qui vous cause toutes les semaines de mes agacements, j’ai de quoi faire mon beurre, mes épinards, et même les œufs mollets qui vont avec, histoire de se faire des œufs Bénédicte de l’actualité.

Mais comme vous commencez à me connaître, vous savez que je démarre sur un truc, je fais le malin au milieu du papier, et hop, roulé-boulé, saut carpé et reprise d’équilibre, je finis sur autre chose, car j’ai le sens du suspens. Ben, vous savez quoi ? Cette semaine, on va faire différent, tant pis pour la tradition et donc j’attaque bille en tête dès le deuxième paragraphe. C’est comme ça que pas plus tard que ce lundi matin, j’écoutais d’une oreille plus distraite qu’un eunuque dans un sex-shop l’émission L’Instant M qui traitait d’une nouvelle série qu’elle est terrible, et même qu’elle s’appelle Les Sauvages. Et comme c’est avec Roschdy Zem, qui, à mon pas si humble avis, est un putain d’excellent acteur de première bourre, je tends un peu plus mes esgourdes.

Oh, le con, j’aurais dû savoir que sur Inter, la radio qui croit qu’elle pense, y aura toujours une connerie qui me collera la rate au court-bouillon et la rage de bourre-couillon ! (Ah oui, je sais, je pourrais écouter autre chose qu’Inter, Culture pas exemple. C’est vrai. Mais j’ai du mal à me détacher de mes habitudes et puis France Cu, c’est bien, mais c’est comme la Forêt Noire, un peu lourd, à la fin. Quant aux autres radios, de RTL à RMC, en passant par Europe, c’est simple, je ne peux pas. Et c’est encore pire avec les robinets à infos ou à musiques… Mais bref, revenons à notre sujet tout de go, en refermant la parenthèse). Et ben ça n’a pas manqué, voilà l’auteur, Sabri Louatah, qui se met à dégoiser sur Obama, premier Président noir des USA et que ce ne serait pas possible en France qu’un Arabe soit élu, et patin couffin ad libitum. Et là, je m’agace. Non pas qu’il n’y ait pas de racisme en France, loin s’en faut et prétendre que tout va bien dans le meilleur des mondes est une connerie à la limite de l’escroquerie. Je sais les difficultés, et c’est un euphémisme, pour faire son trou quand on s’appelle Djamel ou Malika, je connais des français arabes qui planquent leurs origines sous des diminutifs pour ne pas faire tache dans le paysage, j’ai entendu des immondices sur les CV écartés, les demandes de stages ignorées, les appartements vides qui soudainement sont loués, bref, le tableau n’est pas flambard et il y a encore nettement du boulot pour supprimer ces pratiques gerbatoires.

Mais comparer la destiné réelle d’un élu métis étasunien dans un pays qui fut esclavagiste pendant 200 ans, lequel élu l’est 150 ans après l’abolition de l’esclavage, et après un passage par une ségrégation violente et brutale et la potentielle histoire d’un hypothétique élu arabe en France, originaire d’Algérie – c’est-à-dire dont les ancêtres viennent d’Algérie -, pays colonisateur et pays décolonisé par une guerre d’indépendance, il y a environ 50 ans, est une connerie sans nom. Vouloir à toutes forces plaquer une vérité américaine sur une possibilité française est une ineptie. Que demain, un homme du calibre de Malek Boutih – j’avoue, j’adore cet homme politique, le seul que je soutienne pleinement – se présente et on verra bien ce qui se dégage de ça. Les racistes vont hurler ? Oui, bien sûr, cette bonne blague. Mais si demain, une femme, une personne LGBTI, un Juif se présentait à la présidence, les plus moisis de nos concitoyens en tousseraient des genoux, évidemment. Mais est-ce que ça empêcherait son élection ? J’en suis nettement moins sûr.

Dans un pays où Ahmed n’arrive pas toujours à trouver un job à cause de son prénom, mais où le Français préféré des Français est soit Zinedine Zidane, soit Omar Sy, il faut peut-être essayer de faire confiance à l’avenir.

Pour une fois…

 

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

# [Les derniers articles de Naqdimon Weil]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette