Confessions d’un parano
Par Naqdimon Weil , le 27 février 2018

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause, je n’ai pas toujours été ce subtil intellectuel au goût esthétique très sûr. Par exemple, étant môme, vers les 15 ans, au lieu de me concentrer sur The Clash et le Glasswork de Philip Glass, avec un poil de Beatles et de Brassens, comme tout le monde, j’écoutais aussi des conneries. Et comme beaucoup de mes copains, je bramais, fort et faux, les paroles sucrées de Plamondon sur la musiquette vaguement rock de Michel Berger de Starmania surtout « Quand on arrive en ville », ce qui était fort con, car mon internat se trouvait à 3 minutes à pieds du centre de Strasbourg. Mais bon, si à 15 ans on n’a pas écouté ça et Abba, on le fait plus tard, trop tard, c’est vachement plus dangereux, on finit par trouver que The Voice est une bonne émission et que, tout de même, Alain Barrière, ce n’est pas si mal, après, on va au concert Œil de verre et Gueule de bois pour voir si les seins de Sabrina défient toujours la gravité et si Début de Soirée ont toujours des tronches de cul, en somme, on visite l’EHPAD de la musique française et c’est la fin…

Tout ça pour dire que dans l’opéra-rock – rock, sérieux ? je pouffe… Notez bien, opéra, je ne vois pas non plus, y a pas plus de rapport entre Placido Domingo et Daniel Balavoine qu’entre France Gall et Siouxie Sioux… – des deux comiques il y avait une petite chanson qui me revient en tête ces derniers temps, Paranoïa, que ça s’appelait. Ca donnait ça « Paranoïa, paranoïa/Au pays d’ la paranoïa, paranoïa/On se sent tout de suite comme chez soi/Paranoïa, quand on part pour ce pays-là/Paranoïa, on est sûr qu’on n’en revient pas » – je vous rassure, j’ai dû chercher sur Gougueule, je ne me souvenais pas exactement des paroles, même si ma cervelle est un vrai juke-box à conneries – car les vers de mirliton franco-québécois me semblent correspondre salement à l’époque qu’on vit. La preuve ? Pas plus tard que y a pas longtemps, Ranson – que par ailleurs je hais car il est laid et malfaisant – produit un petitmickey un peu rigolo, normal, c’est son job, il est petitmickeyeur à vocation rigolote. Et comme c’est assez poilant  – pas trop non plus, il n’est pas franchement super drôle, ça se saurait et Casanova l’augmenterait – les courageux twittos – putain !, que je hais ce mot ! – de la LICRA ont partagé son dessin. Déclenchant l’ire d’une députée LREM et de deux ou trois courageux anonymes de l’oiseau bleu, plus une pataude réaction pleine de sentiments froissés de Libé – et même une éructation de Soral, mais ça, c’est juste pour la déconne – car le dessin du gros Ranson aurait été raciste…

Raciste ? Ben voyons. Parce que le patapouf dessinant représente un djihadiste et sa gonzesse en abaya, voilà un dessin raciste et discriminant TOUS les musulmans… Pas les religieux qui s’habillent comme ça, non, pas les nénettes qui préfèrent s’emballer dans un sac-poubelle manches longues que de s’emballer pour la dernière collection Victoria’s Secret, non, tous qu’on vous dit. Donc un dessin d’un rabbin barbu jusqu’aux burnes, c’est moi, une caricature d’un lorrain alcoolique, c’est moi, un crobard d’un vieux geek bedonnant et râleur, c’est moi – quoi que là… – bref, plus de caricatures, c’est raciste, vu que tout le monde va s’y reconnaître. C’est à se vomir dessus de bêtise ! Si tous les dessins des djihadistes sont racistes, pourquoi pas les reportages à leur propos, les documentaires, les films, les articles, hardi petit, on va bien finir par trouver le moyen de faire fermer sa gueule à la pensée critique ! Donc, si j’entends le mot « juif » dans une phrase, je peux gueuler à l’antisémitisme, sur un malentendu, ça va passer et deux ou trois micro-personnalités en manque de reconnaissance vont m’emboiter le pas. On n’a pas fini de ne pas rire…

Au final, pour éviter les emmerdes, la LICRA, qui n’est pas qu’un tissu extensible, a supprimé le lien avec le dessin de Ranson. Et comme je l’avais partagé sur Fatchbouc, il a disparu de ma page et mon commentaire avec. J’ai aussitôt hurlé à la censure, au matraquage des esprits libres et à l’assassinat de Voltaire. Avant de me rendre compte que je faisais moi-même une jolie crise de parano, car quand l’origine d’un lien disparait, ses répétitions disparaissent aussi, c’est bêtement mécanique.

Bref, ce n’est pas parce que l’époque est paranoïaque qu’il faut aussi croire que tout le monde nous en veut.

Moi, à part Ranson, je ne déteste personne.

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

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