Corporatisme, le mot qui fâche!
Par Thierry Rocher , le 2 décembre 2019

Thierry ROCHER renvoie la censure

Juste avant l’apocalypse française prévue pour le 5 décembre, je continue à être émerveillée par les informations contradictoires qui s’accumulent. En commençant par les sondages, les 3/4 des Français sont pour une réforme des retraites et pour la fin des régimes spéciaux et également 3/4 des gens soutiennent la colère populaire. Et l’érosion qui se constate dans le soutien à la grève pour ne plus être que de 53% à 4 jours de l’échéance, sans doute quand on prend conscience de la galère qui s’annonce et qu’il va falloir faire face à des questions pratiques que le flot des manifestants ne résoudra pas.

Alors évidemment, et ce n’est pas nouveau, pour les sondages, il faut d’abord s’interroger sur les questions posées et la formulation. En demandant si on est pour plus d’équité et de justice, on peut connaitre la réponse générale.

Ce qui est le plus criant dans l’histoire, c’est la façon dont les syndicats moribonds ont réussi à récupérer la main (que les gilets jaunes leur avaient capturée !) en faisant croire à une solidarité qui n’existe pas ou plus depuis des décennies mais qui reste un fond de commerce qui peut encore séduire des délaissés de la société ou qui croient l’être. Cette solidarité fictive avec le sentiment humain de penser que son voisin est chanceux et n’a pas idée des difficultés qui sont les vôtres est cultivée pour mobiliser les troupes. Bizarrement, le corporatisme, au lieu de diviser, est le signe de ralliement choisi. On ne devrait pas faire de différences entre ceux qui sont dans le privé, ceux qui sont dans le public, ceux qui sont défendus par une structure et ceux qui sont tenus d’avancer dans un dialogue individuel incontournable avec celui qui les emploie. La mauvaise foi syndicale s’accentue, à mes yeux, dans notre société individualiste. J’en veux pour preuve les grands mouvements sociaux où il s’agit d’affronter un gouvernement comme si ceux qui travaillent étaient salariés qu’il y ait une activité économique avec création de richesses ou pas. De nombreux petits commerçants et artisans qui peuvent actuellement se projeter avec l’espoir d’une retraite de 600 ou 700 euros par mois n’émeuvent pas les grands syndicats car depuis toujours ces petits entrepreneurs ont toujours été des nantis à leurs yeux, puisque le mot patron englobe tous les statuts aux yeux de certains, du CAC 40 au cordonnier du coin.

Appelez un chat un chat! On défend sa boutique pas celle du voisin de palier. Très difficile de se débarrasser des à-priori, des clichés. Et encore une fois, un mouvement social n’a d’intérêt que s’il est populaire au sens large et ne se trompe pas de cible. Alors, ça fait 50 ans que ça dure, on va continuer à subir des méthodes d’action d’un autre âge.

Alors, le point de repère, c’est la fameuse grève de 95 qui fait rebander certains en ce moment !. Grève de 95 dont les seuls résultats positifs auront été les naissances d’histoires d’amour dans les rencontres improvisées de co-voiturage.

Les gens qui subissent ne comptent pas pour les défenseurs syndicaux car c’est pour la bonne cause et qu’on fait pas d’omelettes sans casser des œufs.

«  Alors, vos gueules, les pauvres, on bosse pour vous et de toutes façons, on a fait des colloques et des séminaires, et on n’a jamais trouvé d’autres méthodes que manifs avec banderoles! C’est comme ça et pis c’est tout! Et pis si c’est la grève, les travailleurs en grève pourront toujours commander leurs cadeaux de Noël sur Amazon. Et puis , on est solidaires avec les pauvres puisqu’on à organiser la journée d’action après le Black friday. Parce que nous, les travailleurs, on est pour la consommation! On est de gauche, faut pas l’oublier ! »

La grande question: est-ce qu’un gouvernement déconnecté des réalités populaires et à la solde des banquiers génère inévitablement un peuple incapable d’une pensée globale, ou est-ce l’inverse?
A bientôt!

PS: Et pour les amis auvergnats, les trois dernières représentations de « Qi Shi Tsu et moi » à Clermont-Ferrand, au Petit Théâtre de Vallières, les 6,7 et 8 décembre.

Par Thierry Rocher

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