Les couleurs de la mémoire
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Le dessinateur Espé publie, aux Editions Glénat, une bande-dessinée, inspirée de son vécu, intitulée «Le Perroquet». En 136 pages, il nous plonge dans les souvenirs de Bastien qui, de ses 8 ans à ses 10 ans, vivra en équilibre auprès de sa «maman» atteinte de «troubles bipolaires à tendance schizophréniques».

A l’inverse de la jolie chanson de Souchon où ce dernier nous parle des rétines et des pupilles de ceux qui ont les yeux qui brillent, Espé dessine plutôt des personnages aux pupilles sans rétine… ce genre de regard propre à ceux qui contemplent les yeux grands ouverts un monde trop sombre. Si l’on devait donner une définition aussi émotive qu’irrationnelle à l’injustice, nous écririons peut-être: le malheur d’un enfant. Car si tant est qu’il y ait un âge où le malheur est acceptable, quoi de plus révoltant que les douleurs vécues par un être qui n’est pas encore décisionnaire de sa vie?

Pour raconter le quotidien de Bastien, Espé lie un objet, un lieu, une personne à une simple couleur. Une seule teinte pour amener le lecteur à ressentir psychologiquement l’aspect éphémère d’un souvenir d’enfance. Du vert, du marron, du violet, du bleu… des coloris souvent paisibles qui ne sont bouleversés que par l’arrivée de la couleur rouge qu’Espé associe à une tempête émotionnelle… c’est-à-dire aux crises les plus violentes de la «maman» du petit Bastien.

Dans «Le Perroquet», Espé nous fait partager le bonheur fragile d’un enfant au sein de sa famille. Un bonheur passant par les jeux avec les copains, la littérature des super-héros, une balade en forêt, un cirque de passage, un baiser posé sur la joue par une copine d’école… toute l’insouciance de l’enfance constamment contrariée par le monde des adultes. Ces enfants qui sont toujours confrontés à un univers mystérieux où les pouvoirs magiques sont aussi réels que les monstres vivant sous le lit ou dans la cave. Si les drames n’arrivent qu’aux adultes, les tragédies, elles, sont le lot des enfants car il n’y a finalement qu’eux pour s’approprier l’irréel et le mystique que les «grands», par simplisme et sans doute par peur, nomment Dieu.

«Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter ça?!!» s’écrie d’ailleurs la «mamie» du petit Bastien. Car, «Le Perroquet», c’est aussi l’histoire de l’impuissance face à une maladie qui ne se voit pas, qui ne s’explique pas, qui ne se comprend pas, ce sentiment de solitude en assistant de près ou de loin à un combat que nous serions forcés de déserter.
La raison du titre du livre d’Espé, «Le Perroquet», que vous découvrirez je l’espère en le lisant, résume à lui-seul toute la pudeur et la justesse que l’on retrouve dans ces vers de Jacques Brel:

«L’enfance
Qui nous empêche de la vivre
De la revivre infiniment
De vivre à remonter le temps
De déchirer la fin du livre

L’enfance
Qui se dépose sur nos rides
Pour faire de nous de vieux enfants
Nous revoilà jeunes amants
Le cœur est plein la tête est vide»

Au final, comme l’insinue l’épouse d’Espé dans la préface: peu importe les joies et larmes, pour enfin vivre et avancer, il faut briser les tabous. Puisque de toute façon, et c’est tant mieux, ce n’est qu’en étant heureux que l’on accepte d’avoir été malheureux.

PS: pour vous procurer le livre «Le Perroquet» d’Espé, cliquez sur le lien!

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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