La coupe (du monde) est pleine
Par Myriam , le 11 juin 2019

Les humeurs de MYRIAM

Cette semaine, j’ai envie de causer sport. Enfin, envie, envie, c’est vite dit. C’est plutôt que je me sens obligée, pour cause d’actualité féminino-cramponesque. Non pas que les Anglais aient débarqués (encore que si, d’ailleurs, et ce n’est pas la première fois que ça arrive, mais nous causerons Normandie et vétérans une autre fois),  mais les Coréennes du Sud, si.

C’est que je me suis fait engueuler, cette semaine. A un diner en ville tout ce qu’il y avait de plus banal, avec des chips de légumes oubliés (malheureusement pas autant que leur recette), du steak de soja accompagné de riz «trois couleurs» (qui devrait plutôt s’appeler le «trois cuissons», la texture de cette arnaque basmatique oscillant entre le pas-assez-cuit, le trop-cuit et le mi-mou), et un gâteau choco-stévia sans gluten et sans goût –bref, un diner typiquement parisien.

J’y étais bien, le vin bio était bon et abondamment versé, l’assemblée réunie devisait gentiment de sujets brulants d’actualité –la déroute des Républicains, la biroute de Neymar, l’envahissement de l’espace public par les idées nauséabondes et par les trottinettes- ,  tout était normal, donc, et tout à coup, pif, paf, la question à mille baballes : «Tu reviens à la maison vendredi? On va regarder le match!».

Et c’est là que mes ennuis ont commencés. Enfin les gros, vu que jusque-là,  je n’avais pris qu’une toute petite part de gâteau. Car, gourde que je suis, au lieu de faire semblant de m’étouffer (ce qui aurait été facile à jouer vu la consistance de ladite part, et m’aurait permis d’émettre une réponse suffisamment évasive du type «argllmmrrrfpppf»), je me suis entendu répondre: « Quel match? Ah, le foot féminin! Bof, non merci, je m’en fous.».

La boulette, on vous dit.

J’ai alors appris d’une des convives –encore plus con que vive, c’est vous dire- que d’une, il fallait regarder pour les soutenir parce que sinon ça voulait dire qu’on était pas féministe, et que de deux, s’en foutre c’était faire le jeu du patriarcat dominant.

J’aurais pu préciser que je me foutais de ce sport, qu’il soit joué par des hommes ou par des femmes. Mais j’ai préféré aggraver mon cas en répondant que ce qui me semblait important, c’était qu’elles aient des spectateurs qui aiment leur jeu tout court sans avoir la prétention de contrer celui de machos de tous poils – parce que des femmes qui ne s’épilent pas, j’en connais aussi-, mais qu’au besoin, je voulais bien prêter mon soutien-gorge pour les soutenir.

Dommage qu’elle soit partie si vite, je lui aurais bien demandé si sa grand-mère faisait du vélo. Parce que la mienne, il se trouve qu’elle savait pédaler sec, mais qu’en plus, elle faisait du foot. Depuis 1928. Une sacrée femme, qui savait mettre des coups de tête sur un terrain, mais qui ne me l’a jamais prise parce que je ne voulais pas regarder les matchs avec elle.

Par Myriam

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