L’art toujours renouvelé de la dispute
Par Naqdimon Weil , le 18 juin 2019

NAQDIMON fait son malin

C’est pas pour dire, mais ça devient difficile de discuter ces temps-ci. Disons que sur une échelle de susceptibilité qui irait de 1 à 12, la moyenne des conversations atteint rapidement 37, surtout sur les réseaux sociaux, ce qui ne démontre pas vraiment une progression de l’esprit humain vers la grande communauté pacifique dont nous parlent les poètes et les visionnaires. Non, là, franchement, ça tourne au pugilat dès qu’un mot part de travers et encore, je ne parle que des discussions entre amis, je n’ose imaginer entre personnes qui ne se connaissent pas, voire pire, se haïssent. Tout ça va finir dans une grande bagarre générale avec les derniers non concernés autour qui beuglent « Du sang, du sang, de la chique et du mollard ! » sur l’air des lanternes –si vous n’avez pas chanté ça quand il y avait baston dans la cour, vous avez eu une triste jeunesse … -.

Pourquoi donc que je vous parle de la tension générale, moi qui vous cause toutes les semaines, alors que mes chroniques sont en général des attaques bêtes et méchantes contre la moitié des habitants de cette foutue planète ? Ben, parce qu’entre les conneries que j’ai lues sur le dessin de Biche dans Charlie – lire le papier de Casanova à ce propos – ou la crise de trouille du New-York Times International après une caricature foireuse, les réactions à la dernière sortie d’Angotou les invectives dès qu’une oreille dépasse, je commence à avoir les foies et je me demande si mon avenir ne serait pas de reprendre le rôle de Saint Siméon stylite -si vous ne connaissez pas, Gougueule est votre ami, je ne vais pas faire tout le boulot à votre place, non, mais, des fois !- mais plutôt dans un canapé que sur une colonne dorique et avec Netflix© et Uber Eats® à portée de main, faudrait pas déconner non plus. Ermite, je veux bien, martyr, non merci, je n’ai pas la vocation pour, ni le tour de taille en rapport.

Mais, me demanderont les plus aimables de mes lecteurs qui n’ont pas encore changé de chaîne parce qu’il y a Koh Lanta sur la Une, mais, donc, d’où te vient cette soudaine crise de misanthropie additionnée de cette amertume digne d’un mélenchoniste au lendemain d’une élection européenne ? Je vous explique. Y a pas plus tard que y a pas longtemps, je discutais avec un camarade de réseau sur l’air du temps et du fond de l’air qui est frais quand j’eus le malheur de signaler, comme ça, tout de go, non, pas le jeu chinois imbitable, mais passons, je signalais donc à mon interlocuteur que je trouvais l’équipe nationale féminine de foutchbole plutôt bien en jambe et agréable à regarder jouer. Il s’étrangla à moitié – ce qui est costaud par écrit, mais le gaillard est fort – et me demanda si j’aimais le foot. J’aurais dû sentir arriver la tempête, voir le boulet qui m’arrivait en pleine face mais, naïf et confiant, je poursuivis et lui explique qu’en fait, non, mais finalement oui, à condition qu’il s’agisse de l’équipe nationale et ce, uniquement dans les grands rendez-vous Mundial, Euro ou JO du pastaga.

La boulette.
La bonne grosse boulette.

Par la petite culotte de Clara Morgane, mais qu’est-ce que je me suis pris ! Aimer le foot et soutenir en plus la France, c’est le double effet Kiss-pas-Cool, beauf et nationaliste à la fois, à la limite du fascisme, si, si, osons le dire. J’ai vaguement tenté de souligner que, certes, il y a plus subtil que ça mais que tout de même je n’en étais pas égorger les supporteurs d’en face en gueulant « Ho hisse enculé » comme un crétin de fan de base, rien à faire, que dalle, nada, macache, je venais de m’effondrer dans son Hit parade – si vous ne savez pas ce qu’est le Hit parade, je vous hais, car vous êtes trop jeune – passant d’une honnête position dans les 10 premières places au fin fond du classement, juste après Marine le Pen et Guy Georges. C’est dur.

Je fis remarquer à cet énervé qu’il lui arrivait de dire et d’écrire qu’il avait honte de son pays et qu’avoir honte n’était que le revers de la médaille de la fierté, et donc, qu’il n’était pas moins chauvin que moi, il me raccrocha au nez. Si j’ose dire, vu que c’était via Messenger. Pour conclure, il me traita de connard.

Ce qui n’est pas très aimable, reconnaissons-le.

par Naqdimon Weil

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