De l’or pour presque rien
Par Anthony Casanova , le 17 décembre 2013

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

Il est des marronniers auxquels on peut difficilement échapper, les fêtes de fin d’année en font partie. Ah Noël et le jour de l’an, ces moments magiques où le bonheur général nous rapproche un peu plus de notre malheur. Parce que Noël c’est le jour où beaucoup d’entre nous sont confrontés au fait de ne pas avoir assez d’argent pour faire plaisir à ceux qu’ils aiment… et d’autres sont malheureux de n’avoir personne à combler. Alors comme tout problème a une solution plus ou moins potable, je vous propose de vous donner des idées de cadeaux à bas prix, pour faire ou vous faire plaisir.
Bien sûr vous pouvez aussi aller piocher dans la boutique du journal où vous trouverez livres, CD, DVD qui pourront amplement régaler les amoureux de la satire de qualité que vous êtes !
Mais puisque c’est le dernier numéro de l’année, je me fais plaisir en vous causant un peu de ma « bibliothèque imaginaire ».

Des DVD :

« Nous nous sommes tant aimés » d’Ettore Scola
C’est l’histoire de trois amis qui se sont battus pour la libération de l’Italie lors de la seconde guerre mondiale. On suivra leurs aventures, leurs rêves et leurs désillusions durant 30 ans… 30 ans d’amour, d’amitié, et de solitude où ces hommes qui voulurent changer le monde s’apercevront que c’est le monde qui les a changés. Le film parfait pour comprendre les différents idéaux de la « gauche », et les paradoxes qui en découlent.

« Le Lauréat » de Mick Nichols
Benjamin Braddock vient de réussir ses études. Il rentre chez sa famille pour l’été. Il se questionne sur le sens à donner à sa vie, il s’ennuie, il rencontre Mrs Robinson. Le film idéal pour se rappeler qu’on est pas plus sérieux à 21 ans qu’à 17 ans, et se remémorer le bonheur d’envoyer valser les conventions, et le tout pour être décisionnaire de sa vie. La bande originale est signée par Simon et Garfunkel

« Un jour sans fin » de Harold Ramis
Un présentateur de la météo sur une chaine locale, Phil Connors, est envoyé dans un bled perdu pour couvrir une tradition locale. Mais le lendemain, puis le surlendemain, et les autres jours s’avèrent, pour lui seul, être toujours la même journée. Le film au poil pour se dire que l’Homme, avec le temps, peut essayer de s’améliorer, d’avancer même si, paradoxe à part, il est condamné à faire du surplace.

« La vie de Brian » de Terry Jones
Brian est né le même jour, et à la même heure que Jésus. Lui aussi deviendra prophète sans le vouloir, lui aussi finira crucifier sans trop comprendre pourquoi. Le film « awesome » pour rire de l’absurdité des croyances, de la foi, de la vie. Les Monty Python au sommet de leur art pour démontrer que même cloué à une planche, il faut voir la vie du bon côté.

Des CD :

L’intégral de Brassens
Les chansons de Brassens vous serviront de canne pour arpenter le boulevard du Temps qui passe. Brassens ne vous dit pas quoi faire ou que penser, qui vous êtes et où vous allez… non, les oeuvres de Brassens sont, comme tous les trésors de l’humanité, une succession de petits bonheurs. Une invitation à suivre vos désirs, un clin d’oeil malicieux qui vous fait prendre du recul même quand vous êtes au pied du mur, une légère ode à la vie de 135 chansons regroupées en 14 albums

« Ils finiront sur l’échafaud » de Patrick Font et Philippe Val
Des chansons, des sketchs, une ambiance, une pochette dessinée par Cabu, une fontaine de jouvence pour la chanson française. un vinyle aussi indispensable qu’introuvable

« La Contre-histoire de la philosophie » de Michel Onfray
Le philosophe hédoniste a créé en 2002 une Université Populaire à Caen. Il y raconte l’histoire de la philosophie, et met à la portée de tous ce qui n’était accessible qu’à quelques uns. L’idée est belle, le philosophe est bon, le résultat est à leur hauteur.

« Arturo Benedetti Michelangeli plays Chopin »
Mazurkas, ballade, valses, berceuse… récital donné par l’immense pianiste Michelangeli en 1962. Unique, exceptionnel… une œuvre et un artiste qui donne à eux seuls la définition du mot « divin ».

Des bouquins :

 « Mon Oncle Benjamin » de Claude Tillier
C’est l’histoire d’un menteur, d’un coureur de jupons, d’un faux médecin, vrai charlatan, faux noble et vrai homme d’honneur… bref un superbe ivrogne vêtu de rouge. Chaque ligne, chaque pensée, est un coup d’épée dans le conformisme, un aphorisme libertaire, un hymne à la joie.

« Phantasmes » de Reiser
Bon, comment choisir un seul livre de Reiser ? C’est impossible. Reiser exprimait en trois coup de crayons mille et une choses. Un dessin de Reiser, c’est redéfinir la perception du « beau ». Il disait ne pas savoir dessiner, il avait raison, il ne faisait que philosopher.

« Le théâtre de Maurice Boissard » de Paul Léautaud
Léautaud fut critique de théâtre pour la revue du Mercure de France. Il prit pour pseudonyme le nom de Maurice Boissard. Ces critiques sont des bijoux de vacheries, une véritable leçon d’indépendance intellectuelle, de liberté de ton unique, un style épuré, moderne, piquant, élégant. Un bonheur pour gourmet. Je précise que Léautaud était cinglant avec ses contemporains en toute bonne foi. La preuve, un jour il tomba sur quelques lignes d’un total inconnu, il fit tout pour que ce recueil soit publié alors qu’il fut refusé maintes fois. Cet auteur lui dédia un poème, il s’agit de « La Chanson du mal aimé », l’auteur n’était autre que Guillaume Apollinaire.

« L’aurore de l’Humanité » de François Cavanna
Trois tomes en un seul bouquin, dont rien que les titres mettent le Saint Emillion à la bouche : « …Et le singe devint con », « Le Con se surpasse » et « Où s’arrêtera-t-il ? ». Le cofondateur d’Hara Kiri et de Charlie Hebdo, revisite Darwin pour nous expliquer sa version de l’évolution. Toute la verve de Cavanna, tout son talent sublimer dans une seule œuvre.

Et puis en DVD, CD ou en livre

Desproges
Pierre Desproges c’est comme Montaigne, il est souvent cité… mais à en croire ceux qui le citent, ils ne l’ont jamais lu. Desproges lui ne disait pas que philosopher c’est apprendre à mourir, mais simplement de « vivre heureux en attendant la mort », et ça c’est vivifiant.

Voilà, c’était mes modestes conseils… et n’oubliez jamais qu’un CD de Johnny Hallyday vaut le même prix qu’un CD de Nat King Cole, tout simplement parce que le coût est dans le support et non dans l’œuvre. Alors, il est pas beau le monde capitaliste où la daube ayant la même valeur que le grandiose, on peut se permettre d’offrir un présent inestimable ?
Bonne fêtes à vous, on vous retrouve en 2014, et vous n’êtes pas obligés de laisser le monde dans l’état merdique où nous l’avons laissé.

par Anthony Casanova

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