De Mao à Mahomet
Par Anthony Casanova , le 29 mai 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

En dépit de ce que nous pourrions penser, 50 ans après les événements de Mai 68, la jeunesse de 2018 fut à la hauteur de ses aînés. Le temps enjolivant les choses, les nostalgiques de Mai 68 ne se souviennent que de la libération des mœurs et d’une certaine envie de changer le monde. Les détracteurs du joli mois de mai, eux, ne se souviennent que de ces gamins irrespectueux qui voulurent chasser de Gaulle du trône. Au final, ces deux souvenirs sont erronés parce qu’ils imaginent une jeunesse homogène.

De la fac de Nanterre à celle d’Assas tout en passant par la Sorbonne, au sein des jeunes de 1968, il y eut des libertaires lisant Wilhelm Reich, des anarchistes récitant Proudhon, des réactionnaires souhaitant réhabiliter Pétain et des totalitaristes louant Mao Zedong. Eh oui, 68 rima aussi avec Maoïste. Pour avoir toujours raison, nul besoin de Schopenhauer, il suffit de psalmodier le Petit livre rouge comme d’autres le font avec la Bible ou le Coran. Un seul et unique livre, c’est suffisant et bien moins encombrant pour marteler la « vérité ». La jeunesse ne veut pas le désordre comme le redoutent tant les vieux, elle veut un nouvel ordre.

En 50 ans, ce n’est pas le sectarisme qui a disparu mais le nom de la secte. Après avoir voulu interdire la lecture d’un texte de Charb à la Sorbonne, l’UNEF continue sa dérive en ayant à sa tête, Maryam Pougetoux, qui a la particularité d’être vêtue de sa belle prison. Il y eut deux types de réactions: l’effarement des uns et la justification des autres avec une simple interrogation à la clé: « le voile n’est pas interdit, alors pourquoi ça vous dérange? »

Tout est histoire de représentation. Cette jeune femme voilée ne représente pas que sa propre personne, elle est aussi la porte-parole d’un syndicat étudiant. Depuis que le monde est mode, l’habit n’est pas qu’un moyen de se protéger du climat, il est aussi une façon d’annoncer qui l’on est. Si dans les années 80, les étudiants portaient un bandana rouge en hommage au chanteur Renaud, depuis les années 90, des étudiantes portent le voile islamique en signe de soumission envers l’obscurantisme religieux.

Le hijab n’est pas un bandana. Le hijab est politique au sens premier du terme. C’est un accoutrement religieux, semblable à celui des nonnes catholiques, qui affirme l’inégalité entre les hommes et les femmes. Le problème n’est pas que Maryam Pougetoux soit musulmane mais qu’elle place sa religiosité comme une règle fondamentale. Si la représentante de l’UNEF avait été au premier rang de la Manif pour tous, l’indignation aurait été la même.

Ce débat n’est pas nouveau. Lorsqu’en 2010, le NPA présenta une candidate voilée aux élections régionales, Jean-Luc Mélenchon déplorait cette « erreur » en disant: « Le mouvement ouvrier a toujours payé le passage à la religion et à l’ostentation ». Rappelons aussi que l’ancien militant du NPA, Fabien Engelmann, fut exclu de son poste de délégué CGT, en 2011, après avoir rejoint les rangs du Front National. Il est aujourd’hui le maire (FN) d’Hayange.

Il est logique que l’on demande aux représentants d’un parti ou d’un syndicat d’être en accord avec l’idéal qu’ils sont censés défendre. Une personne qui, via son uniforme religieux, consciemment ou inconsciemment, va à l’encontre de la lutte contre le sexisme et de l’émancipation des femmes, est-elle la bonne personne pour personnifier un syndicat de gauche? Le problème n’est pas que Maryam Pougetoux milite à l’UNEF mais qu’elle en soit la porte-parole.

Réagissant à la couverture de Charlie Hebdo sur la nouvelle figure de l’UNEF, Alexis Corbière a déclaré qu’il trouvait cette une « dégueulasse » car la jeune femme était représentée comme un «chameau ou un singe». Décidément, Corbière a beaucoup de mal avec les images. Déjà qu’il confond la victoire d’une équipe de foot avec une manifestation contre Macron, le voilà qu’il n’arrive même plus à regarder un dessin sans y voir ses propres névroses. Riss est un dessinateur, c’est même un très grand dessinateur, alors si Riss veut dessiner un chameau ou un primate ça ne laisse aucun doute ! Là, il dessine une débile. Riss attaque le voile islamique mais le Rantanplan de Mélenchon fait semblant d’y voir du racisme zoomorphe vis-à-vis de cette jeune merdeuse. Et ça, oui ça, c’est profondément dégueulasse.

N’en déplaise à Corbière le fait qu’elle n’ait que « 20 ans » ne change rien à l’affaire. La jeunesse, comme la vieillesse, n’est ni une excuse ni un argument. L’absence de ride ne veut pas dire l’absence de tare. Son visage n’a peut-être que 20 ans mais son esprit, sa vision étriquée du monde est tristement millénaire. Ce n’est pas le sang frais qui fait les idées neuves, les jeunes sont souvent des vieux comme les autres.

par Anthony Casanova

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