Decathlon, le fond de la forme
Par Anthony Casanova , le 5 mars 2019

Anthony CASANOVA est politiquement correct

A l’instar de la chaleur estivale qui amena la polémique du burkini, l’arrivée du printemps nous offre celle du «hijab running» de chez Decathlon. Pour comprendre l’émoi plus ou moins surjoué des deux camps qui s’invectivent, il faut savoir que Decathlon est une enseigne française, que le mot «running» que l’on nommait jadis «jogging» veut dire course à pied, et qu’il existe déjà des hijab à cet effet chez Nike.

Parmi les mots utilisés dans ce débat, il en revient un qui n’a pas vraiment sa place: la laïcité. Car la loi de 1905 est aussi simple que limpide, c’est pourquoi il ne faut en aucun cas la triturer, l’adapter ou je ne sais quel termes voulant dire que l’on va mettre une grosse rature électoraliste sur un texte qui n’en a nul besoin. Si la laïcité anglo-saxonne s’embourbe dans le communautarisme, la laïcité à la française favorise l’universalisme et l’émancipation de toutes personnes vivant en France. C’est une loi écrite à une époque où les responsables politiques, malgré les tensions et les débats interminables, avaient à cœur de ratifier des textes qui ne souffraient pas de démagogie. On n’écrivait pas une loi après chaque fait divers, et on ne changeait pas d’avis en fonction des instituts de sondage. Ainsi, cette loi centenaire n’en est pas moins moderne.
Bref, rien, strictement rien, dans la loi de 1905 n’interdit de se baigner en burkini ou de courir en hijab, et, précisions-le on ne sait jamais, rien n’interdit à une femme voilée de se promener dans la rue, d’aller chercher son enfant à l’école, d’entrer dans un magasin ou une administration, voire de s’installer à la terrasse d’un café pour y boire une bière ou un thé.

Ce qui est reproché à l’enseigne Decathlon n’est donc pas de s’asseoir sur la loi concernant la séparation des Eglises et de l’Etat mais de jouer le jeu d’une idéologie prônant l’inégalité entre les genres. N’en déplaise aux amateurs de couvre-chefs, le voile islamique et ses dérivés ne sont pas des serre-tête ou des bandanas mais un uniforme théologique. La preuve en est que dans les pays où il est obligatoire, les femmes risquent la prison ou la vie en essayant de s’en affranchir. Poussons le raisonnement par l’absurde: si les rasoirs Gillette commercialisait un objet pour faciliter l’excision, ce ne serait pas non plus un problème laïque mais un crime puisque l’excision est interdite en France. Or, la polémique du «hijab running» de Decathlon ne pose aucun problème légal mais seulement un problème éthique: Peut-on collaborer avec une idéologie réactionnaire faisant des femmes les sujets des hommes?

La religion musulmane ne pose pas plus de problèmes qu’une autre religion, qu’il y ait des musulmans pratiquants en France ne pose aucun problème non plus mais -car il y a un mais- ce qui pose un vrai problème c’est la dérive obscurantiste que l’on nomme l’islamisme. Toutes les religions ont leur lot d’illuminés qui transforment leur croyance en sectarisme. Cependant, en ce moment, c’est au nom d’Allah et non au nom de Vishnou que l’on pose des bombes à travers le monde.

Les femmes voilées qui souhaitent faire leur running quotidien n’ont pas attendu Decathlon ou Nike. Elles portent un bonnet, une casquette, une cagoule, bref elles font comme tout le monde. Nike et Decathlon, en intitulant leur produit hijab, font ce qu’ils savent faire le mieux: être dans le cynisme mercantile le plus grossier. Ils vous parleront de droits à la différence, de respect des clientes et de tout un tas de conneries pour vendre leur camelote confectionnée, pour un salaire de misère, par des hommes, femmes et enfants à l’autre bout du monde.

Signe des incohérences de notre société, la polémique du hijab de Decathlon voit des capitalistes convaincus parler de morale à une entreprise qui crée l’offre en attendant la demande, et des anticapitalistes chevronnés prendre position pour une grande entreprise qui utilise le mépris des femmes pour faire du fric. Si dans le sport on ne fait pas de politique, n’oublions pas que le pognon en fait toujours.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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