Décoloniser les arts
Par Christophe Sibille , le 23 octobre 2018

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Ma chère lectrice, connais-tu Isabelle Barbéris? Moi non plus. Enfin, si, mais c’est vraiment tout récent. Par le biais d’un réseau social qui, à défaut d’être mon préféré, est celui avec lequel je suis quotidiennement assez stupéfait de côtoyer de loin tout un tas de personnes absolument passionnantes. Oui, je te l’ai déjà dit. Pour moi, cracher sur «facebook» revient à se cracher dessus, puisque, comme toute invention humaine ou presque, c’est l’usage que j’en fais qui en fait ce qu’il est: utile, ou ignoble.

Tiens, regarde, par exemple, tout con, un piano. Si tu joues du Yann Tiersen dessus, c’est un instrument de torture. Si tu interprètes Chopin, hé ben, c’est le paradis. Haha, j’t’ai couillonné, je n’ai pas pris l’exemple de l’énergie nucléaire! Bon, je ne sais pas si je t’ai convaincu, mais je m’en fous.

Isabelle Barbéris est formidable. Elle est normalienne, agrégée de lettres, maître de conférences des arts de la scène, et chercheur associé au CNRS, mais ce n’est pas pour ça. Enfin, pas que, attends, ne sois pas si pressée! Déjà, au moment de l’affaire Mennel, elle avait fort justement pointé l’entrisme d’une idéologie totalitaire par l’instrumentalisation d’une petite chanteuse assez douée. Si, si, tu te rappelles, je m’étais accroché avec mon poto Guillaume Meurice au sujet de cette tweeteuse injurieuse au moment des attentats de Nice, sous prétexte que, je le cite, «je ne supportais pas qu’une femme se couvre la tête comme elle l’avait décidé en tant qu’elle-même.» Donc, merci, Isabelle. Pour ça, déjà.

Et voilà qui nous amène à la suite. As-tu entendu parlé d’un mouvement qui se nomme: «DLA»? Non, rien à voir avec la DMLA, la «Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge!» Quoique «Décoloniser Les Arts», puisque c’est de ce mouvement qu’il s’agit, n’est peut-être pas si éloigné d’une sorte de promotion de cécité des neurones. Attention, ô ma lectrice, guillemets à suivre! Et des gros!

«Décoloniser dans l’art, c’est opérer une action positive contre les discriminations dont sont victimes les racisé.e.s , (les non blancs. Rappelons que le racisme anti-blancs est une pure invention des identitaires), en n’oubliant évidemment pas le «racisme par omission», qui se différencie du racisme de haine. Ce dernier est difficilement visible, tant notre regard s’est habitué à la neutralité du blanc. Il nous appartient donc de modifier notre regard, formaté par des siècles de pensée coloniale. Nous sommes nombreux dans la société française à y participer sans en avoir conscience. Ne pas faire attention à ceux qui manquent participe, malgré nous et par effet de retranchement, à cet effet de racisme.» Fin des guillemets.

Isabelle Barbéris, outre ses immenses connaissances, s’astreint, elle, à lutter réellement contre les discriminations de toutes sortes. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner qu’elle se soit un peu élevée contre cette idéologie qui consiste à voir, avant un être humain, (et souvent contre les autres), un arabe, un noir … Oups, pardon, un «racisé», eux, ils ont le droit de dire: «noir», mais pas moi, une femme, une femme noire, une femme métisse, un transgenre non binaire à pois jaunes, un raton laveur, oups … pardon, non, pas un raton.

David Bobée, lui, est metteur en scène. Il est membre actif de «DLA». Qui défend cette vision évoquée ci-dessus de la culture essentialiste, proche de certains lobbys comme le P.I.R., dont j’ai souvent parlé ici, ou le C.R.A.N., qui sont les mêmes en plus foncés … Ah, non, merde, c’est vrai, eux ont le droit de le dire, mais pas moi. Bref, David Bobée aime tous ceux qui semblent tellement apprécier l’état de victimes qu’ils s’inventent des bourreaux avec le talent nécessaire pour ça.

Isabelle Barbéris a vivement critiqué, et avec les arguments d’une solidité qu’on imagine, le travail théâtral un tantinet idéologique de Monsieur Bobée. Comme ce n’est pas une triste, elle le moqua, aussi. Gentiment. En des termes extrêmement mesurés et courtois, termes qui multiplient en général l’agacement du visé, que des injures bien senties désarment souvent nettement moins. Ce en quoi tu ne me contrediras pas, ô ma lectrice préférée, puisque tu sais que je suis d’une courtoisie omniprésente aussi. Et tu ne devineras jamais comment lui et son fan-club ont réagi? Par des bonnes grosses insultes bien senties. Gagné.

C’est embêtant, car Isabelle est maintenant menacée avec d’autant plus de violence qu’un article est paru dans «l’Humanité» prenant fait et cause pour ce moqué, article tellement violent qu’on aurait pu le croire écrit par Houria Bouteldja elle-même. Ben oui, plus la manière qu’on a de sucer les opprimés potentiels est voyante, plus on a des potes à l’extrême-gauche. Regarde, le conflit en Palestine… Bref.

Une note un peu gaie, peut-être, pour terminer avec ces clowns sinistres.

Par Léonora Diallo, une autre égérie décoloniale: «je me souviens petite des dessins animés Walt Disney. On tendait un drap blanc et on regardait tous les Disney de l’époque. Des trucs que tu n’as aucune raison de regarder en Afrique, et qui te flinguent la tête et ta conception de l’amour et du couple. On doit demander réparation, pour ça» Réparation pour ça, putain … Ou remplacement, comme chez Carglass?

P.S. : pour soutenir Isabelle Barbéris contre les insultes et l’entrisme essentialiste à l’université, c’est là !

par Christophe Sibille

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