Déçu, déçu, déçu!

par | 5 Mai 2020

NAQDIMON fait son malin

Et donc, nous revoilà. Nous revoilà à une semaine du Grand Déconfinement, le moment le plus attendu de l’année, ce qui est somme toute logique, vu que tout le reste a été annulé. Il faut bien reconnaître qu’après plus de 8 semaines coincés chez soi, avec comme seules activités une balade d’une heure max ou une visite chez l’épicier du coin, avec en prime pour les plus solidaires les trois minutes d’applaudissements pour les soignants, les caissières, les éboueurs et les autres, on a des envies d’ailleurs, même si l’ailleurs n’est que de l’autre côté de la ville. On s’en fait déjà une fête, malgré la morosité ambiante, on se dit que ça va être libératoire, même sans les parcs et jardins, on se projette déjà au milieu de ses proches que le confinement avait transformés en lointains, et tant pis si nos embrassades se feront à 10 pas. Bien sûr, on a un petit pincement au cœur en se disant qu’il va encore se passer du temps avant de pouvoir s’asseoir au soleil, à la terrasse de son troquet favori, que ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on pourra dîner dans le petit restaurant de notre pote, à goûter sa cuisine et la présence des copains, mais on fait avec.

En fait, nous sommes comme les internes à la fin de l’année scolaire, impatients de sortir des murs du bahut, pour enfin faire tout ce qu’on a prévu, on veut se saouler de liberté, les cahiers au feu et la maîtresse au milieu. Quoi que, vu la situation, on va tout de même éviter de jeter profs et instits dans un bûcher, ils sont plutôt du genre denrée rare, surtout si on veut dédoubler les classes. Je sens que ça va être un grand moment d’amusement et de rigolade, l’organisation selon les normes prophylactiques – Et je suis très fier d’avoir enfin trouvé l’occasion de placer prophylactique dans une chronique du Coq. Prochain défi, utiliser « l’épididyme », organe qui permet la maturation des spermatozoïdes vers le canal déférent, en parlant d’économie. » – faire respecter les gestes barrières à des gamins certainement surexcités de ne plus avoir leurs parents dépassés comme profs. Je sens que ça va être coton. Et quand les plus grands, les ados, reviendront en classe, ce qui va être encore plus complexe, ce sera de les empêcher de se coller les uns aux autres, de s’aboucher dès que possible, ce n’est pas leur faute, ils ont la bêbête qui s’agite à ces âges-là, entre poussées d’hormones et validation empirique des cours de biologie. Ce n’est pas une nouveauté, on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, Rimbaud l’avait déjà dit. C’est un poil agaçant, l’adolescence, mais ce n’est qu’un moment à passer, après, ils feront comme tout le monde et auront une pensée ouverte et plus rationnelle en vieillissant.

Quoi que.

Quoi que, pour horripilants que soient les ados, ils le seront toujours moins que les adultes qui pensent et agissent comme eux, qui s’exaltent à la moindre occasion et partent dans des tirades ineptes en s’enferrant dans des raisonnements fumeux. Alors si ces derniers ont l’avantage sur les plus jeunes d’avoir largué les boutons et la voix désastreuse derrière eux, en plus, ils gagnent leurs vies et conduisent leurs bagnoles, ils ont quand même des postures qu’un 12/18 ans trouverait outrées. Je ne parle pas des conspirationnistes, eux, c’est à l’année, ce genre de spéculations, pas la peine d’attendre le coronavirus pour ça, dès qu’un évènement survient, c’est forcément la CIA, le Mossad, Bill Gates ou le CRIF, selon l’humeur ou la saison. Pour ces braves gens, la complexité du monde se résume à « Qui est derrière ça ? », on dirait qu’ils pensent que le Monde fait la chenille et qu’il y a toujours quelqu’un derrière quelqu’un, c’est la victoire finale de la Bande à Basile, ce qui est tout de même mieux que celle de la Bande à Baader.

Non, ce n’est pas aux arrachés du complot auxquels je pense, ce sont en fait les apocalyptiques déçus qui me font franchement rire actuellement. Et me donnent aussi envie de balancer de grands coups de pelle, ne croyez pas que 8 semaines de confinement aient changé mes bonnes habitudes. Vous ne voyez pas de qui je parle ? Mais si, ceux qui sont désappointés du bilan final, du body count à peine supérieur à celui d’une grosse épidémie de grippe, on leur avait promis Mad Max II, les chiens faméliques courant dans les rues désertes des villes fantômes et ils ont la fin d’un téléfilm médical sur M6. Faut comprendre que ça déçoit. Vous allez au cinéma – ce qui n’est pas demain la veille, coucou le gouvernement, la culture, elle peut crever, c’est ça, il vaut mieux sauver Renault que le cinéma, le théâtre, la danse, les arts vivants ? Ah, ok, je le note… – pour voir Rambo 12 contre Terminator 7, festival de bourre-pifs et de mandales à répétition, sur fond d’explosions cataclysmiques, une orgie de muscles, de sueur et de testostérone, et vous vous retrouvez avec Bienvenue chez Covid-19. Ce sont des coups à quitter la salle et à résilier son abonnement, ça !

Et donc, ils en arrivent à demander « Non, mais, sérieusement, est-ce que ça valait le coup de s’enfermer pas loin de 60 jours pour ça ? », c’est vrai quoi, 25, 26 000 morts, ce n’est rien, une paille, une statistique, il y a beaucoup plus de morts de la cigarette et de l’alcool tous les ans, est-ce bien raisonnable ? Et vous aurez beau leur expliquer que c’est justement parce qu’on a été confiné qu’on n’a pas atteint des paliers plus hauts, grâce au temps donné aux toubibs et aux équipes de soins pour gérer le chaos, vous sentez bien qu’ils s’en foutent, ils n’ont pas eu leur apocalypse, ce n’était pas assez terrifiant pour être considéré comme une vraie catastrophe, on ne va quand même pas confondre un épisode d’Urgence ou de Grey’s anatomy avec la saison 1 des Walking Dead – l’avantage du confinement, c’est qu’on peut voir des séries. Beaucoup de séries. Trop de séries… -, il ne faudrait pas déconner. Et ils quittent la discussion en disant « Prouve-moi que j’ai tort ! ». Comme un adolescent qui veut avoir le dernier mot. Ce qui a tendance à me foutre hors de moi.

D’accord, je l’admets, je n’aime pas les adolescents.

Surtout quand ils sont adultes.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
D'autres Chroniques

Dessine-moi Mahomet

Cette chronique je l'ai déjà écrite. Pas une fois, pas dix fois peut-être cinquante fois. Elle parle d'assassinat, de terrorisme. Elle parle de croire ou de ne pas croire. Elle vante un peu la...

Les Viviant et les Morts

L’assassinat effroyable d’un professeur d’histoire, énième victime d’une guerre qui ne dit pas son nom et que nous ont déclarée les fanatiques islamistes, nous a de nouveau plongé dans la stupeur,...

Encore plus jamais

«Toujours et jamais, c'est aussi long l'un que l'autre» Elsa Triolet Et ça recommence, encore et encore, comme le chantait Cabrel. Un assassin islamiste massacre un prof d'histoire pour une...