Des potiches et des femmes
Par Anthony Casanova , le 31 mars 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

La grande avancée de ces élections n’est pas le recul intellectuel concrétisé par le vote Front national mais la parité dans les conseils départementaux. Quelles soient de gauche, de droite ou d’ailleurs, nous avons pu voir de nouvelles têtes, enfin !
S’il y avait bien une particularité dans les élections cantonales, c’est certainement le phénomène de réélection. Toujours les mêmes cravates, les mêmes roitelets locaux possédant leur lopin d’électeurs qu’ils se lèguent parfois de père en fils. La parité a imposé aux candidats de renouveler leur équipe. J’emploie le verbe « imposer » à bon escient car certains se sont plaints de cette nouvelle configuration. Des femmes politiques aussi se sont exprimées contre la parité, car en dépit d’une croyance populaire le féminisme n’est pas l’apanage des femmes. Être une femme ne veut pas dire être féministe, et ce ne sont pas les filles Le Pen ou Christine Boutin qui nous diront le contraire.

Parmi les commentaires s’opposant à la parité, on a entendu le fameux argument de ces femmes que l’on forcerait à faire de la politique. Voilà ces bons messieurs obligés de partager l’affiche avec de petites novices en jupon qui, les pauvres, n’avaient jamais pensé aux affaires publiques. Et qui dit nouvelle dit incompétente, n’est-ce pas ? Ben voyons. Certes, toutes les femmes politiques ne seront pas des Simone Veil ou des Christiane Taubira, il y aura des Nadine Morano de droite comme de gauche, mais on ne peut pas dire non plus que tous les hommes politiques sont des Robert Badinter ou des Philippe Séguin !
Être une femme n’est ni le gage d’une qualité ni l’assurance d’un défaut. Évidement, dans un monde parfait, nous n’aurions pas besoin d’en arriver à la « parité » pour forcer le monde politique à inclure les femmes aux responsabilités… mais c’est ainsi, depuis l’aube de l’Humanité, la marche du monde est façonnée par des hommes qui empêchent soigneusement les femmes de se mêler de ce qui les regarde.

La parité est une avancée considérable pour ne pas dire révolutionnaire, pour nous en rendre compte nous n’avons qu’à nous pencher sur la condition des femmes à travers le monde. Je ne vais pas vous faire un inventaire mais lorsqu’en Inde le pouvoir censure un documentaire, La Fille de l’Inde, sur un viol collectif ayant causé la mort d’une étudiante à New Delhi, où l’on y voit un des coupables expliquer que les femmes violées devraient « se taire et se laisser faire », propos soutenu par son avocat déclarant qu’il verserait du pétrole sur sa fille ou sa sœur et allumerait une mèche si elle devait avoir un comportement « non conforme »… on se dit que le parité c’est le minimum syndical !
Moins « exotique » lorsque les réseaux sociaux censurent les seins nus des Femen, le tableau de Courbet « l’Origine du monde », des femmes qui allaitent ou encore l’artiste Rupi Kaur dont un cliché montrait la jeune femme allongée sur un lit, pantalon et drap tachés par ses menstruations, nous font comprendre qu’il est plus que temps de mettre les femmes non pas au-dessus en dessous ou en levrette, mais simplement à la même place que les hommes.

C’est d’ailleurs l’objet de cette fameuse « théorie du genre », qui en vérité se nomme « étude sur le genre », qui fait bondir les partisans des valeurs ancestrales pour qui c’est assez simple : un homme ce n’est pas une femme. Face à tant de pertinence, on peut se demander, outre le vagin et le pénis, qu’est-ce qui différencie autant le mâle d’une femelle pour agir comme si l’apocalypse rimait avec féminisme ? C’est très simple : le mec a des couilles et la gonzesse non plus. Autre chose ? non. Et pourtant rien n’est plus important à leurs yeux, car leurs testicules sont les clés de leur liberté.
Pourquoi « courir comme une fille », « se battre comme une fille » ou « pleurer comme une fille » serait dénigrant ? A quel moment a-t-on jugé qu’être une fille c’est nul ? Pourquoi une fille ne pourrait prétendre être décisionnaire de ses choix, de ses envies, de ses rêves, de son avenir, sans qu’un bonhomme le lui autorise ?

L’étude du genre travaille aux raisons qui poussent la société à traiter les femmes comme des sous-hommes. Une femme c’est simple : ça doit être mignon, ça doit savoir cuisiner, faire la vaisselle, le repassage, ainsi soit-il, Dieu reconnaîtra les siens, et non les siennes qui à moins d’être vierges sont de véritables salopes; On vaut mieux que ça, non ? Alors peu importe qu’on élève les petites filles comme des princesses, le chromosome xx ne devrait pas en faire pour la société, inévitablement, de parfaites potiches.

par Anthony Casanova

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