«Désolé, j’ai la rondelle en RTT»
Par Agathe André

On the road with Agathe ANDRÉ

charb-1992-2015«Charb – Charlie Hebdo- 1992-2015» aux Editions Les Echappés.

Un recueil de 1200 dessins, éclatés sur du beau papier et classés année par année. Une mise en page un peu foutraque, mais du Charb à l’état pur: un rempart contre la connerie ambiante, un coup de pied dans le derrière. Pour nous «désengluer», tu as raison, Luz.

Lire un dessin de Charb, c’est renifler le fion de l’humanité. Ca crache, ça mouille, ça se bouffe. Pour autant, ses personnages ne sont pas des jouisseurs. Mais des pitres accablés par le poids de notre médiocrité, des bouffons qui ont renoncé à l’intelligence et s’épuisent dans l’ignorance, des guignols qui cèdent à l’absurdité de la guerre, à l’inconséquence médiatique, au cynisme financier, à l’exploitation de l’homme par l’homme, à la lâcheté politique et au nihilisme idéologique.

En un trait, en un strip, en une frise, Charb détourne ce vaste chaos en un joyeux bordel ultra synthétisé, ultra scénarisé. Au fil des années, les jambes de ses personnages rétrécissent, le trait s’affirme et les punchlines font mouche.

Son dessin, comme celui de Cabu, de Wolinski, d’Honoré, de Tignous, est un discours intemporel qui oblige à se confronter à nos vils instincts, à nos réflexes d’enfoirés et à notre vacuité, mais qui ne prend jamais les lecteurs pour des cons, ni les croyants pour des indigènes de la République dénués d’humour.

Trash, irrévérencieux, audacieux, grinçant, Charb c’est l’anti-Plantu par excellence, le refus de l’esthétisme larmoyant, du symbolisme cucul, de l’empathie feinte ou de la condescendance de classe.

Qu’aurait-il dessiné aujourd’hui? Quel contre-pied aurait-il inventé pour rire de cette  pénétration du religieux partout, de cette saloperie des hommes lorsque le dogmatisme les tient par les couilles et les enrage jusqu’à les amener aux pires abjections?

En se plaçant du côté de l’émancipation, comme il l’a toujours fait. En ne s’excusant jamais d’être athée et perspicace.

D’ailleurs, il paraitrait que «les balles vont plus vite que le son. Ainsi ceux qui meurent sur le coup n’entendent jamais le bruit de leur mort. Elle les saisit au milieu d’une pensée, d’une parole ou d’un rire, et ils l’ignorent à jamais. » (Jérôme Ferrari, Dans le secret)

par Agathe André

Agathe Andre by Espe

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