Dessine-moi Mahomet

par | 20 Oct 2020

Cette chronique je l’ai déjà écrite. Pas une fois, pas dix fois peut-être cinquante fois. Elle parle d’assassinat, de terrorisme. Elle parle de croire ou de ne pas croire. Elle vante un peu la liberté, mais surtout l’expression de cette liberté.
Cette chronique est en lien avec Charlie Hebdo. Elle parle de courage mais aussi de lâcheté, de complicité et de complaisance. Dans cette chronique, il n’y a pas de place pour la haine car elle n’est que rage. Cette chronique, si vous l’entendiez entre les lignes, elle hurlerait. Elle ne se différencierait des autres chroniques que par le nom de la victime, la date et le lieu de l’horreur. Les coupables sont les mêmes. Les raisons sont identiques. Il y a des «je suis…» et il y a des «oui, mais…». Toujours les mêmes qui disent «je suis…» toujours les mêmes qui n’ont pas honte de tempérer par des «oui, mais…».

Cette chronique parlerait pour la première fois d’un homme qui s’appelait Samuel Paty. Cet homme dont nous ne savons plus si nous aurions préféré qu’il reste toute sa (longue) vie dans l’anonymat ou si nous aurions voulu que ses ennuis depuis le 5 octobre 2020 soient rendus publics pour que la société le protège efficacement. Cette chronique interrogerait peut-être le slogan «Je suis prof» parce que je doute que tous les profs aient eu le courage de défendre Samuel Paty. D’ailleurs beaucoup de profs se sont retrouvés bien seuls lorsqu’ils ont fait le même boulot que Samuel Paty. Cette chronique se questionnerait aussi pour savoir si l’Éducation nationale est digne d’avoir eu dans ses rangs Samuel Paty.
En France, nous avons le droit de blasphémer, il nous est permis de faire preuve d’hérésie mais l’islamisme et le terrorisme qui en découle font tout pour transformer le licite en illicite, et ainsi rendre tabou l’exercice d’une liberté.

Samuel Paty n’était pas un héros, c’est la lâcheté des uns et la saloperie des autres qui l’ont rendu héroïque. Oui, nous en sommes là. Aujourd’hui, l’héroïsme consiste à ne pas avoir peur de montrer un dessin de Mahomet. 
Si je comprends parfaitement que Charlie Hebdo ait attendu presque 5 ans pour représenter Mahomet en couverture car, selon Riss, il fallait «une raison qui ait un sens et qui apporte quelque chose au débat», je n’arrive pas à concevoir l’autocensure qui règne dans tous les médias. Car cette autocensure ou censure «qui ne jette pas d’huile sur le feu», elle fait de toutes les personnes qui bravent cet «interdit» une cible.

Puisque vous lisez ces lignes rendez-vous compte d’une absurdité: Au sein de ce modeste journal satirique qu’est le Coq des Bruyères, des dessinateurs représentent Mahomet lorsque l’actualité s’y prête. Ce qui doit faire du Coq une exception mondiale.
Une mention spéciale à Ranson qui a fait de Mahomet l’une de ses têtes de con de prédilection comme Cabu a pu le faire avec son beauf. Ranson ne se prive d’ailleurs pas d’aller à la télé, à la radio et partout où on l’y invite pour dire qu’il n’a pas peur de dessiner Mahomet, et qu’il ne s’en prive pas. Depuis janvier 2015, Ranson a mis Mahomet à l’honneur dans 27 dessins pour le Coq des Bruyères. Ce qui fait de lui, depuis cinq ans, le dessinateur en France et donc dans le monde à avoir le plus souvent dessiné ce prophète de merde. Il n’est pas héroïque, il est libre mais en ces temps où l’obscurantisme souhaite jouer au rédacteur en chef universel, la liberté est héroïque. Le courage est héroïque. Refuser de céder est héroïque.


Samuel Paty est mort parce qu’il montrait des dessins de Charlie Hebdo. J’aimerais, si possible, que vous relisiez cette information quelques fois en faisant une petite pause entre les mots: Samuel Paty est mort parce qu’il montrait des dessins de Charlie Hebdo… Samuel Paty est mort parce qu’il montrait des dessins de Charlie Hebdo
Samuel Paty est mort…
parce qu’il montrait des dessins…
de Charlie Hebdo

Merde! Quand l’objet d’un délit s’achète pour 3 euros chez un marchand de journaux, on ne s’en prive pas. Acheter Charlie, le lire et le faire lire. Parce qu’on en est là, et qu’il faut bien faire quelque chose.
Ce journal de 16 pages est toujours la cible des terroristes, il nous appartient donc à tous d’en faire le journal le plus lu, le plus vendu. Cela fait 5 ans que l’on dit «je suis Charlie», il est peut-être temps de rajouter joyeusement: «je suis abonné à Charlie».
L’héroïsme est à la portée de tous, ce serait dommage de ne pas en profiter. 

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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