Deux gamines égales à six mois
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

À l’instar du policier que tout le monde déteste parce qu’il nous empêche de prendre les ronds-points en sens inverse, de fumer des clopes au bar et des joints devant le commissariat, ou qui fait rien qu’à passer son temps à nous zieuter la plaque au radar pour pas qu’on se prenne un platane à plus de 70 à l’heure sur une nationale bordée par une absence de platanes, tout le monde déteste les militaires. Quand on les croise par paquets de cinq dans les gares tout de kaki vêtu, on se croirait en plein état d’urgence. En attendant, ce sont les policiers et les militaires qui nous protègent puisque ce sont eux qui sont visés les premiers en cas d’attaque terroriste, à cause de leurs uniformes facilement reconnaissables et leur tendance maladive de riposter plutôt que s’enfuir en hurlant. Les collègues de Xavier opinent. Qu’il repose en paix. Ce sont aussi les militaires qui s’assurent de faire élire dans le calme le dictateur le plus démocratique dans les pays sous tension, qui essaient de vaincre les terroristes en jouant tous les matchs à l’extérieur et qui se font fumer par des Rafales Dassault Aviation dans des conflits politico-économiques qui les dépassent. Ce sont aussi eux, enfin, qui portent la grandeur nationale chez les peuplades primitives. Ce n’est pas Sébastien en poste à Ouagadougou en 2015 qui va me contredire.

Nous sommes en pleine opération anti-terroriste Barkhane, conduite par l’armée française au Burkina Faso il y a deux ans. 3 500 gus sont sur place pour maintenir la paix et combattre le terrorisme là où il germe. Seulement, entre une opération d’exfiltration d’un chef barbu et un bombardement chirurgical sur des villages supposés djihadistes, le soldat s’ennuie. Il s’ennuie et il est stressé, rapport à la pression constante de son train de vie à faire pâlir de jalousie un employé de France Télécoms. Le 28 Juin 2015, Sébastien, un soldat des forces spéciales, est tellement stressé qu’il se lie d’une amitié tactile avec une autochtone qui a tout juste l’âge d’intéresser Jean-Luc Lahaie, c’est-à-dire qu’elle sait à peine marcher et parler. La fillette connait bien Sébastien puisqu’il est devenu, au fil du temps, un bon ami de ses parents. Comme quoi, même en Afrique, les violeurs aiment faire ça à des gens qu’ils connaissent.

Bon, évidemment, l’histoire ne s’arrête pas là sinon ce serait juste une petite exaction des familles comme on en relève chaque fois qu’un Etat Major pose ses garnisons sur un territoire étranger, coucou les italiens et les italiennes du Monte Cassino. En plus de se livrer donc à de tranquilles attouchements sur une fillette aussi grande qu’un HK416 chargé, Sébastien se fait filmer par la caméra d’un frère d’armes, sûrement dans le but tout à fait louable de rapporter un souvenir en France pour la prochaine permission. Faut reconnaître qu’un petit film de vacances dans le barda, ça prend moins de place qu’une burkinabaise de 5 ans. Et ça gigote moins.

Mardi 18 avril dernier, Sébastien comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris, notamment parce que comme un con, il a oublié la caméra chez les parents de la fillette qui ont vu d’un mauvais œil le film à l’intérieur. Même si c’est qu’une petite africaine, la justice a décidé de sévir très fort et a requis 2 ans de prison dont 6 mois ferme, parce qu’il faut voir à être sévère de temps en temps en faisant un exemple. Au passage, on apprend également qu’il y aurait une seconde fillette victime d’attouchements, encore plus jeune que la précédente, et que l’excuse de l’alcool a été utilisée par Sébastien, c’est-à-dire l’équivalent du point Godwin pour celui qui colle sa bite dans des orifices interdits. Les infidèles opinent. Six mois pour deux fillettes, si tu calcules bien, ça donne 3 mois de vie française équivalente à une vie burkinabaise. Ceci étant dit, comme l’a signalé Sébastien au tribunal, il souffre lui aussi, je cite « c’est un cauchemar depuis le début ». Pour les deux gamines, qui ont d’ailleurs pu goûter à la civilisation de près, ça doit sûrement être une promenade de santé.

Sauf que maintenant, les monstres sous le lit la nuit, ils portent des uniformes de l’armée française.

(l’info originale sur le site de L’Express)

Par Romain Rouanet

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