Deux papas, un journal
Par Anthony Casanova , le 9 avril 2019

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anniversaire nous ramenant au passé, petite bougie que l’on rechigne et se résigne à souffler, cela fait maintenant un an que le Coq des Bruyères n’a plus de parent. Brassens, dans un texte posthume, disait qu’un orphelin n’émeut que lorsqu’il est enfant car tout le monde se fiche de «l’orphelin d’âge canonique» qui n’est au final qu’un «orphelin de la onzième heure»… alors, imaginez à quel point la pupillarité d’un hebdo satirique qui, du haut de ses treize ans, se retrouve sans ses fondateurs n’émouvra personne.

Dès que l’on est plus souvent invités aux enterrements qu’aux mariages, la mort des uns nous renvoie sans cesse à la nôtre, et c’est à ce moment-là, lorsque le temps vient à nous manquer, que l’on saisit à quel point la vie est foutrement brève. Ce chagrin que les poètes comparent à des doigts pesant deux cents tonnes au piano ou à un trou dans l’eau qui ne se referme jamais est un signe de bonne santé puisque la mort ne concerne que les vivants. Mais l’empathie n’est parfois qu’un égocentrisme déguisé et, avouons-le, à la mort des autres on ne pense qu’à la sienne. D’ailleurs que pourrait-il y avoir de plus triste que notre propre mort? Nous n’aurions même plus la peine exquise de pleurer celle des autres. Quelle angoisse!

Le deuil, c’est aussi ce qui nous reste quand, ayant perdu l’illusion de croire en un Dieu, les misères et les splendeurs du quotidien finissent par nous paraître dérisoires le jour où l’on se retrouve face à cette seule certitude, celle que tout a une fin.

Dans L’an 01 de Gébé, il y a ce passage où un homme, regardant sa femme et son gosse à la plage, prend conscience qu’il est heureux. Mais ce constat l’angoisse tellement qu’il se sent obligé «d’immortaliser» son bonheur par une photo. Une photo qui, finalement, lui rappellera «à vie» que le bonheur est éphémère, et que les souvenirs servent le plus souvent de nid à la mélancolie qu’à la joie. Si tout le monde était réellement conscient qu’un jour ce sera la fin, passerions-nous vraiment le temps comme nous le faisons? A l’instar de cet employé, triste à bouffer de l’ennui, qui n’a de cesse d’attendre 18 heures pour essayer de vivre un peu, aurions-nous vraiment le cœur à gagner notre vie en perdant notre temps, si nous savions à quel point la vie est courte?

Gébé, bien avant l’existence des réseaux sociaux, concluait son dessin du photographe du dimanche en écrivant: «la technique est toujours présente pour porter remède à nos plus folles paniques comme à nos plus légères angoisses». Or, il y a une chose que la photographie ne «capture» jamais, et qui n’existe que dans la mémoire des «immortels» sur papier glacé… ce sont les rires et le bonheur dans les yeux de la personne qui tenait l’objectif, et qui aujourd’hui manque cruellement sur la photo. «Avec l’âge, c’est normal, les plaies du cœur guérissent mal» disait Brassens. Certes, le temps nous rattrape tout le temps, et nous en sommes, comme les quidams, à regarder les vielles photos pour tenter de sourire sur ce qui finalement nous fiche le bourdon.

En fondant ce modeste hebdo, elle fut peut-être là l’envie de Patrick et Denis: parler d’actualité pour en rire et se divertir dans l’espoir irréaliste mais chaleureux de changer le monde pour, comme le conseillait Desproges, essayer de vivre heureux en attendant la mort.

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par Anthony Casanova

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