Didier Porte ou le Plenel du rire
Par Anthony Casanova , le 16 janvier 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Lorsqu’on parle des gauches irréconciliables, il faut comprendre que la discorde vient d’un sentiment que l’on pourrait apparenter à de la trahison. Les gauches se sont trahis, et il arrive que la rancœur soit si lourde que l’on ne puisse même plus se retrouver dans «l’autre camp» ne serait-ce qu’un temps. Les sujets qui, à gauche, nous divisent catégoriquement sont au nombre de 3: Les questions sociales, l’antisionisme, la laïcité.

Ce triptyque d’engueulade est d’autant plus clivant qu’il associe -avec plus ou moins de nuances- chacune des catégories avec une famille qui n’est pas à gauche.
– Les sociaux-démocrates sont des traîtres qui s’associent à la droite libérale, et leurs adversaires sont des traîtres irréalistes qui veulent mener le pays à la ruine.
– Les antisionistes sont des traîtres qui masquent comme ils peuvent leur antisémitisme, et leurs adversaires sont des traîtres colonialistes qui se fichent des Palestiniens.
– Les laïcs sont des traîtres racistes qui stigmatisent les musulmans, et leurs adversaires sont des traîtres qui collaborent à un totalitarisme religieux.

Voilà le tableau, voilà l’ambiance, et c’est pourquoi l’on en vient à reprocher aux uns et aux autres non pas leurs positions intellectuelles sur je-ne-sais quel sujet mais tout bonnement leur entourage. A titre d’exemple, je n’irai pas chercher bien loin: je suis un fervent «laïcard» avec un zeste de bouffeur de curés et d’imams, je suis un sioniste inoxydable, et sur les questions sociales je fais partie des «irréalistes» qui pourraient cosigner tous les discours de François Ruffin.

Ces combats, ces oppositions, furent débattus depuis 25 ans au sein de la rédaction de Charlie Hebdo. Or, il eut toujours un sujet où la très grande majorité du journal fut en harmonie: la défense de la laïcité et la lutte contre les intégrismes religieux. Ceux qui ne l’étaient pas, mais nul n’est à l’abri des erreurs de casting, (j’en compte 2 de mémoire: Olivier Cyran et Mona Chollet) ont fini par se barrer, et c’est tant mieux.

Bien évidemment, depuis le 7 janvier 2015, les débats autour de la laïcité se sont tendus au point que nous sommes passés de l’irréconciliable à la haine, et d’anciens «amis» se sont changés en nouveaux «ennemis». Le cas de Didier Porte, ancien journaliste et depuis plus de 20 ans chroniqueur satirique, est assez révélateur. Lui, l’humoriste lettré, jamais avare d’une indignation, irrévérencieux envers les «fausses valeurs et des vrais pantins», a glissé dans cette gauche qui au nom de l’amalgame entre le racisme et le blasphème méprise Charlie Hebdo.

Voici ce qu’il déclarait le 7 janvier 2018 sur les réseaux sociaux: «A Charlie, ils n’ont pas abusé, ils ont déconné à plein tube en suivant le pernicieux Val dans sa croisade démagogique et cryptoraciste. Ils se sont fait rouler dans la farine et ça s’est terminé dans le sang. Mais Val s’était déjà fait la malle…»

Charlie Hebdo aurait déconné à plein tube? Et dans l’Hyper Cacher, au Bataclan, à Bruxelles, à Nice, à Berlin, à Tunis… ça déconnait à plein tube? Mais c’est insupportable tous ces gens qui cherchent la culpabilité des victimes en s’empressant de rendre honorable leur propre lâcheté. Et je passe sur les points de suspension concluant «mais Val s’était déjà fait la malle» qui sous-entendent sans se mouiller qu’il manque une victime au carnage! C’est répugnant, c’est minable. Eh oui, pour Didier Porte défendre le droit au blasphème serait un racisme déguisé. Parce que, vous comprenez, pour Porte et ses copains de Médiapart et du Monde Diplomatique, avant de s’attaquer à une idéologie totalitaire qui menace tout ce qui bouge sur la planète, il faut d’abord s’assurer que la couleur de peau des salauds se rapproche plus de celle de Jean-Marie Le Pen que de Tariq Ramadan. Cette engeance qui est passée de la main de Touche pas à mon pote» à la main de Fatma sans sourciller me dégoûte.

«J’ai moins peur des extrémistes religieux que des laïques qui se taisent (Charb)»
. Charb avait raison, la preuve en est que Didier Porte et sa clique n’ont aucune honte en crachant à la gueule de Charb et de ses potes qui eux sont morts ou menacés de mort. Les gauches sont irréconciliables, et au fond ce n’est pas plus mal.

par Anthony Casanova

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