Doigt de vote
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE l’homme au micro

«Il ne faut pas avoir une vision idéologique des choses… »

A ton avis, ô ma lectrice, qui a prononcé ces paroles?
– Alain Madelin, tout en parcourant, pendant ses années d’étudiant chatouilleux de la matraque, son édition de «Das Kapital», de Karl Marx, illustrée par Philip Geluck?
(Tiens, au fait, en parlant de ça, j’ai appris que ce brave «chatteur» dessinait avec un tampon. Après application duquel il inscrivait un phylactère, souvent inspiré d’ailleurs, en fonction de l’actualité qu’il voulait illustrer).

– Mahomet soi-même, en répondant à sa deux cent-cinquième femme, âgée de quatorze ans, qui se plaignait qu’il ne s’occupe pas assez d’elle et de leurs cinq enfants?

– L’archevêque de Lyon, Monseigneur Barbarin, en essayant de convaincre une des anciennes victimes du père Preynat que ce n’était pas du tout ce qu’il pensait, que c’était l’encensoir de l’abbé dur, (et non pas l’abbé mol), qui avait pris une mauvaise direction après qu’il ait lui même perdu l’équilibre, pour atterrir en plein dans l’anus de l’enfant de choeur tel une vulgaire matraque de CRS? (O ma lectrice, tu remarqueras que, n’étant pas adepte de la théorie du genre ni des «lapsi», je me suis abstenu d’écrire: «vulvaire».)

Hé ben non. Tu as tout faux. Rien de tout ça.

C’est François Fillon, qui a prononcé ces paroles. En s’adressant à un groupe d’infirmières totalement épuisées qui lui exposaient le fait que trente-neuf heures, c’était décidément trop, et que, moins mal payées ou pas, il allait de leur santé et de la sécurité de leurs malades qu’elles puissent avoir accès à leurs RTT.
O sale mec, qui argue, face à la souffrance et au dévouement, de la dette de la France à rembourser. Du haut de tes costards qui valent à l’un d’eux seuls cinq mois du salaire de ces héroïnes du quotidien, et en leur jetant un œil aussi distrait que dédaigneux, l’autre étant scotché sur ta montre à neuf mille boules pour pouvoir leur échapper le plus vite possible.
Oui, en vérité, je te le dis, tu as intérêt à surveiller de près le remplissage de la perfusion, si par hasard tu as un jour l’inopportunité d’avoir un séjour à faire dans le service de ces dames.
Ou dans n’importe quel autre, d’ailleurs, elles sont solidaires, elles.
Ah, ben non, j’suis con, il doit bien y avoir des cliniques privées de premier choix où deux soignantes, affectées à chaque lit de riches, et à peine mieux rémunérées que leurs collègues, se précipitent vers le patient dès qu’il bouge un sourcil, telles les loufiats chez «Maxim’s.»
Mais, mais, mais, pour qui je vais voter, moi?

Quand je vois qu’un des soutiens de Benoît Hamon, enseignant, puis inspecteur, puis socialiste, puis secrétaire à l’éducation de François Hollande, puis conseiller général, député, est capable de «tweetter», je cite: «je veux que les parents soient considérés comme de véritables acteurs de la coéducation», je me dis que ce n’est pas demain la veille que notre gauche pédagogole redonnera leur vraie prérogative aux professeurs, (qu’elle est censée laisser bosser), à savoir: «être les véritables acteurs de l’enseignement.»
Hé oui, ça paraît con, comme ça.
Hé ben, ça l’est.

Bon, pour ne pas changer de sujet, je suis allé samedi soir dernier voir «que demande le peuple», le spectacle du «poto» Guillaume Meurice.
Excellent en scène, il nous campe Xavier, un chef communicant de droite, (admirez le double pléonasme), qui joue pendant presque deux heures avec la salle, avec des moments d’interaction où il détermine, en fonction de réactions suscitées de ci, de là, par ses saillies, un «quota socialiste», un «quota macroniste», un quota écolo», et plein d’autres.
L’étrillage de la classe politique actuelle, (ainsi que, il faut bien le dire, certains travers sociaux), y est aussi permanent que jubilatoire. Mais, visiblement, les gens aiment bien se faire engueuler, car la leçon que donne Guillaume, (enfin, qu’il vend, je suis sûr qui l’est aussi riche que Jean-Luc Mélenchon, le sagouin), contrairement à la classe politique suscitée, est toujours acclamée. Et la chanson, composée en «rappel» du spectacle avec la complicité du public, (et réciproquement), est un petit bijou.
Bon, même si ce n’est vraisemblablement pas ça non plus qui va vous aider à trouver pour qui voter, courez-y séance tenante!
De toute façon, je suis comme Fillon avec le cabinet noir. J’ai les noms.

par Christophe Sibille

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