Dommages et désintérêt
Par Guillaume Meurice

Guillaume MEURICE défraye sa chronique

Un cambrioleur rentre chez lui après une nuit fructueuse et ferme sa porte à double tour. Le butin ainsi recueilli lui permettra de vivre un long moment à l’abri du besoin. Pour les personnes flouées, ruinées, le seul recours sera de contracter des crédits auprès… du cambrioleur lui même. Et ceci dans un cadre strictement légal. Ce cambrioleur s’appelle « les pays riches ». Ces cambriolés s’appellent « le reste du monde ».

Des siècles de dévastations, de colonisations, de pillages, dont les conséquences se mesurent aujourd’hui à l’écart dramatique des conditions de vie entre certains États. Lorsqu’un citoyen français s’estime fier de son pays, ignore-t-il les conditions dans lesquelles il fut permis à ce dernier de se développer et de prospérer ? Les dorures des palais où siègent les représentants de la démocratie en témoignent. La provenance abjecte des ors rutilants de la République est garantie à sang pour sang.

Dès lors, comment envisager « la dette des pays du Tiers monde » autrement que comme une dette vis à vis de ces pays là ? Comment continuer à réclamer de l’argent à des populations tout en étant amplement responsable de leur état de pauvreté ? Comment s’étonner que des milliers de migrants fuient la misère à bord de leur bien mal nommée « embarcation de fortune » ?

Les naufrages meurtriers à répétition au large de Lampedusa devraient alerter l’opinion publique occidentale sur l’urgence à intercéder en faveur des plus démunis. En lieu et place, la majorité des habitants de ces pays dits « civilisés » continuent à percevoir l’étranger uniquement comme une menace. Et imaginent s’en protéger en élisant des représentants prédateurs et carnassiers qui à chaque drame, pleurent des larmes de crocodile.

Des élus qui se réfugient derrière la loi pour expulser des milliers de famille en situation précaire vers une situation bien pire. La loi. La même derrière laquelle se réfugiaient les administrateurs du régime de Vichy. La même derrière laquelle se réfugient tous les régimes totalitaires pour travestir la Justice en cachant sous ses robes tout désir de légitimité.

Pourtant, la véritable justice serait de permettre à chaque individu de ne plus être contraint de quitter famille et amis pour simplement survivre. De dédommager les victimes des errements des précédents gouvernements autrement qu’avec de la condescendance et du mépris. De décréter qu’un homme ou une femme ne se réduit ni à sa nationalité,  ni à son identité.

Ainsi, en observant la guerre que l’être humain mène contre lui même, il serait temps de se souvenir de cette réflexion du regretté Albert Jacquard, lors d’une manifestation lors de laquelle le slogan était Des papiers pour tous ! : « Ce qu’il faudrait réclamer, c’est des papiers pour personne ! ».

par Guillaume Meurice

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