Double peine
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

À la faveur du croisillon « balance ton porc » qui s’est multiplié sur Twitter comme des pains à Nazareth ou dans une manif, on sait depuis quelques temps que les hommes sont des porcs. Certaines féministes, qui lancent l’alerte depuis les Trente Glorieuses, applaudissent à tout rompre cette prise de conscience et s’en délectent tel le « je te l’avais dit » goguenard que la mère dégaine à son fils qui vient de mettre les doigts dans la prise. Avant, certaines femmes pouvaient être des cochonnes, aujourd’hui beaucoup d’hommes sont des porcs : on avance sur le chemin de l’égalité, c’est superbe. Il ne manque plus qu’on nous ponde une petite loi pour baisser les salaires masculins de 30% et ce serait une grande victoire féministe. Et actionnariale. Pour réduire les inégalités, c’est toujours plus facile de pousser vers le bas que de tirer vers le haut.

L’histoire d’un quadragénaire, expert en informatique et bigame en amour, ne fait que confirmer ce triste constat. Tout commence en 2003 à Annecy. Précisons en préambule que les noms ont été inventés de toutes pièces et que toute ressemblance avec des personnes connues est purement volontaire. Notre homme, Hervé, décide de se marier avec une femme, Rose, après lui avoir révélé qu’il était un agent de liaison pour la DGSE, en sus de ses obligations d’informaticien. Si tu veux noyer ton chien, fait croire qu’il a la rage. Si tu veux esquiver ta femme, fait croire que t’es un espion. Ça libère le weekend pour aller à la pêche et ça permet de ne pas se cloquer la majorité des inconvénients du couple de type ragots du bureau, partage des tâches ménagères ou fidélité.

Pendant plusieurs années, Hervé fait donc la tournée des grands ducs et se contente de rentrer à la maison quelques heures par semaine histoire d’inséminer la Rose et bêcher les pétunias. 8 ans et 3 enfants plus tard, Hervé rencontre une autre femme à qui il aimerait bien enfiler une bague sans avoir à divorcer de Rose mais c’est interdit par la loi, notamment parce qu’à l’instar du gâteau au yaourt, il faut aussi en laisser aux autres. Mais Hervé ne le voit pas de cette oreille et décide de passer outre, ce qui tend à démontrer certains travers de porc qui le poussent, au soir des printemps fleuris, à se vautrer avec bassesse dans le virilisme le plus abject. Grâce à ses compétences en photoshop, Hervé crée alors de faux papiers de divorce sans toutefois prendre la peine de les rédiger en écriture inclusive. Encore une preuve de son mépris pour le sexe faible et tout ça commence à fleurer mauvais la misogynie oppressive, si tu veux mon avis.

C’est en allant un beau matin à la CAF la plus proche que Rose découvre le poteau. En effet, on lui apprend qu’elle est divorcée depuis 2 ans et personne n’a pensé à la prévenir sinon évidemment, elle aurait fêté la nouvelle en grande pompe comme n’importe qui. Elle rentre alors fissa à la maison et fouille dans ses affaires histoire de trouver des indices, comportement typiquement féminin notamment quand l’homme est sous la douche. Elle découvre alors une déclaration d’impôt co-rédigée avec la deuxième femme, ce qui laisse à penser que les agents de la DGSE sont pas très fut-fut.

Hervé comparaissait donc logiquement ce 21 novembre pour bigamie, faux et usage de faux, entre autres, et il n’a même pas cherché à mentir alors que c’est sa spécialité. En dépit de sa double vie, on apprend par ailleurs qu’il continuait d’entretenir Rose et les enfants ce qui, décidément, nous fige d’effroi en nous rappelant les heures les plus sombres du patriarcat.

Après, peut-on vraiment accabler Hervé ? Je veux dire, c’est déjà une épreuve de supporter un mariage, alors deux… Deux fois plus de frais, deux fois plus de soucis, deux fois plus de repas de famille.

Pourquoi s’infliger ça, je te le demande ?

(l’info originale sur le site de 20 Minutes)

Par Romain Rouanet

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