Droits de l’homicide
Par Guillaume Meurice

Guillaume MEURICE défraye sa chronique

La fin de la trêve hivernale. Le moment redouté par des milliers de familles aux situations précaires, aux logements provisoires, à l’avenir aléatoire. Dès les premiers rayons du soleil annonçant le printemps triomphant, elles sentent poindre sur elles la menace pesante d’une expulsion lourde de conséquences. Car lorsque le climat se radoucit, la loi se durcit.

Une loi qui oublie pourtant que les décès de sans-abris demeurent plus nombreux l’été que le reste de l’année. Une loi qui oublie qu’un abri n’est pas simplement une garantie de protection face aux frimas hivernaux, mais également l’assurance d’une intimité, d’une adresse pour trouver du travail, d’un endroit calme pour se protéger de la violence de la rue. Une loi qui oublie simplement qu’elle s’inscrit sous l’égide d’une Constitution française qui déclare dans son article 25 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement ».

Pourtant, lorsqu’un corps de SDF est retrouvé sans vie, le journaliste mentionnant cette énième tragédie ordinaire oubliera de préciser cet état de fait. En lieu et place, quand il prendra la peine d’évoquer la cause du décès, il préfèrera un laconique « victime du froid » ou « de la canicule ». La température serait donc responsable ? Autrement dit, la météo, les conditions climatiques ? Le fameux temps qui assassine ne serait donc pas seulement celui qui passe, mais celui qu’il fait ?

Un type que l’on jetterait dans un fleuve pieds et poings liés  mourrait donc d’avoir « respiré de l’eau » ? En feignant d’ignorer que les vraies causes sont à chercher ailleurs, la situation perdure. Pourtant elles ne manquent pas : l’individualisme croissant, la faillite de la solidarité nationale, la logique libérale de compétition permanente entre citoyens. Car si l’on meurt dans les rues du pays des droits de l’Homme, ce n’est évidemment pas par faute de logements disponibles. C’est simplement que, s’il est difficile de réveiller quelqu’un qui dort, il est impossible de réveiller quelqu’un qui fait semblant. Qui plus est s’il est à l’Assemblée Nationale ou sur un plateau de journal télévisé.

Pourtant, il serait temps d’ouvrir les yeux sur l’hypocrisie collective qui sévit sur l’ensemble de la planète. Par exemple, ne plus jamais entendre dire qu’au Sahel, un enfant est mort « de soif ». Mais exiger d’entendre que cet enfant est mort d’avoir vu les richesses de son pays pillées, au profit de quelques individus, qui préfèrent investir dans les yachts et la coke plutôt que dans les puits d’eau potable. Une attitude qui donnerait un autre éclairage au terme de « victime ». Et qui permettrait de, sereinement, chercher les coupables.

 

par Guillaume Meurice

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