Éloge funèbre de Johnny
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Putain, merde, c’est pas de notre faute, s’il s’est chopé un cancer! Je ne vois pas pourquoi ils nous le font payer en inondant les ondes des moindres épisodes de sa vie! Et, pire, encore, de ses chansons!

Son abandon par son père à six mois, pour commencer.
Remarquez, c’est vrai, c’est un peu dégueulasse de faire ça. D’autant qu’il ne chantait sûrement pas encore, à l’époque.
Trois présidents, un pullulement de «people» venant dire tout ce qu’ils lui devaient, (et, parfois, ce que lui leur devait, ce qui montre le niveau de conscience de certains de ses fans en principe les plus évolués). Et des milliers de quidams fanatisés, éplorés devant la mort du grand braillard planquant au fisc les fortunes que lui rapportaient les disques qu’il leur vendait.
Fisc qu’il accusait de, je cite, «le tondre.»
Mais, bande d’abrutis, vous réalisez que vous vénérez le mec qui soustrait aux écoles de vos enfants le pognon que vous vous êtes déjà ruiné en lui filant?
Et dire qu’il y en a qui votent Fi, dans le tas!

Et tout ce matraquage médiatique, sur son histoire glauque avec une jeune future actrice de quatorze ans fille d’un de ses amis, en 1985?
Ah, non, là, je m’emballe un peu. (Mais, ô ma lectrice, si je ne le fais pas, qui le fera?) Non, ça, les media, par ailleurs vendus à et achetés par le lobby crypto-sioniste internationalo-mondialisto-franco-maçonnique, n’en ont pas tellement parlé … Bizarre, d’ailleurs, en ces temps de balance ton porc.
Eh, oh, les gonzesses, faut vous réveiller, un peu, au lieu de mouiller en imaginant qu’il vous prend sauvagement sur le cuir de sa Harley!
Ben oui, «queue, je t’aime», vous croyez que ça s’écrit comment, à la base, bande de féministes analphabètes à la mords-moi le nœud? (Hé, ho, mors pas trop fort, quand même!)
Vous oubliez la virgule!
«Queue, virgule, je t’aime!!»

Même si, à ce que raconte Adeline Blondiau, l’appendice interjambaire du susnommé, (oups) était très loin d’y ressembler, à une virgule, quand le banané du jour l’aborda! A l’âge de quatorze ans! Elle, quatorze ans! Lui, il en avait quarante, vedette internationale, et trois grammes dans chaque bras!!
(Tiens, une petite parenthèse. «A la mords-moi le noeud», c’est une expression, que j’ai toujours trouvé assez marrante dans la bouche de ma grand-mère (re-oups) qui, vu ses réflexes quasi-épileptiques dès qu’on envisageait une réflexion portant à la génitalité, n’en connaissait vraisemblablement pas toutes les subtilités du sens!)

Il n’y a pas à dire, ô ma lectrice préférée, on constate une fois de plus sur les réseaux dits «sociaux» que le côté définitif de la mort libère grave le surmoi des thuriféraires de la personne qui en a été victime.
Et, mais c’est parfaitement logique, le positionnement sur l’étalonnage à conneries est proportionnel à l’écho que représentait la parole du décédé dans l’inconscient collectif de ce qu’on appelle «le grand public.»
Et, en l’occurrence, encore plus que la parole, les «chansons», puisqu’il faut bien appeler ça comme ça.

Avant de dresser un panégyrique des plus belles énormités commises  ces derniers jours, frémissons ensemble à l’idée que Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday se soient donné le mot pour quitter ensemble ce qu’il faut bien appeler, par les temps qui courent, cette vallée de larmes.
Ou, pire encore, que Yuan-Meng ait cassé sa pipe (de bambou) en même temps que les deux susnommés.
Si ces trois là étaient morts en même temps, Nicolas Demorand, Jean-Jacques Bourdin, Léa Salamé, Anne-Sophie Lapix, Jean-Pierre Pernod, Patrick Cohen et Yves Calvi auraient programmé de concert une ultime «conf de rédac» dans un chalet en montagne avant de s’immoler collectivement par le feu dans une clairière du Vercors en hurlant à l’enfant cosmique.

Finalement, sur les chansons, je ne dirai rien, il suffit d’en écouter une ou deux pour voir que les textes sont d’un niveau rédac d’un élève de quatrième des années 60, et les musiques «DEM moins douze» de conservatoire.
La voix, c’est une succession de braillements avec juste assez de pathos pour faire couler la ménagère.
Quand je dis «couler», je parle des yeux, voyons! Quoique …
«Johnny est une bête de scène.» Certes! Mais notre chat, à ma compagne et à moi, l’est aussi, quand il nous regarde nous envoyer des assiettes à la gueule! Rien de bien balèze.
Concernant les innombrables épanchages pitoyables qu’on a pu lire sur le net, Aurore Bergé a dit: «la France est en deuil. L’émotion qui traverse le pays suite au décès de Johnny sera comparable à celle qui a suivi le décès de Victor Hugo.»

Pauvre auteur de «la légende des siècles», qui n’avait pas la chance d’avoir «twitter» pour jouir de la prose de madame Bergé!
Mais, à tout seigneur (des anus) tout honneur, la palme (et aussi le masque et le tuba, pendant qu’on y est), revient à notre président jupitérien, qui a dit: «On a tous en nous quelque chose de Johnny.»
Si ça peut lui faire plaisir, allez, je veux bien.
Soyons magnanime.
Mais pitié, pas les poumons!

par Christophe Sibille

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