Une émission de con
Par Christophe Sibille , le 14 janvier 2020

Pianotages de Christophe SIBILLE

Je vous aurai prévenu dès les premières lignes. Et même avant, puisque mon titre est déjà à lui seul un résumé assez complet et objectif de «touche pas à mon poste.»Voici donc son premier épisode du nouveau millésime, du jeudi 9 janvier dernier.

Je plante le décor; l’inénarrable (bien que trop narré) Cyril Hanouna tutoie une partie de ses invités, leur donne du «mon chéri», fait la bise à Geneviève de Fontenay, (ce qui prouve que ses joues sont à l’épreuve des taches, «taches» sans accent circonflexe, quoique), et veut marier Rose Amédiane avec Eric Naulleau, en profitant de la présence de l’abbé de la Morandais. Voilà pour la finesse.

Mais, après, ça se gâte. Un petit défilé des «Une» de Charlie qui ont extrêmement choqué, (dixit le beauf, qui ne choque, lui, évidemment personne). Et c’est là que l’animateur à son seul vrai bon mot (involontaire) de la soirée, puisqu’il dit: «j’en ai fait quand-même trois, c’est une petite fierté.» Bizarre, pour un trou du cul, de se trouver fier d’être représenté en hémorroïde par Coco, mais bon.

Puis il demande à Geneviève de Fontenay si elle est «Charlie». Réponse de Miss Sikkens: «non, parce que je n’aime pas qu’on rie de la mort». «Bon», me dis-je, «encore une émission placée sous le signe du neurone tout puissant.» Mais je n’avais rien entendu, puisque la madone du répulsif a chouiné sur le fameux «bal tragique à Colombey» en disant: «pauvre tante Yvonne.» Et conclu avec: «je ne vais pas mourir pour Mahomet; Mahomet, il fait ce qu’il veut, du moment qu’il vient pas m’emmerder.» Je te jure!

Puis vint un médecin urgentiste, (non, pas Patrick Pelloux), qui nous dit, lui, qu’il «n’est pas vraiment Charlie parce qu’il n’y a pas de raison qu’on accorde plus d’importance à ses onze morts qu’aux autres, et que, d’ailleurs, «la limite de la liberté d’expression vient de ce qu’on ne voit pas ce qu’ils cherchent à dénoncer.» «Merde», me dis-je, «je me doutais qu’il n’y avait pas d’unité d’enseignement «lecture de caricatures de presse», en fac de médecine, mais j’étais persuadé du fait qu’il fallait deux ou trois neurones en état de marche pour en réussir le concours d’entrée.

Raquel Garrido, elle, est «Charlie». Mais seulement le 7 janvier. A l’image des mecs qui font la vaisselle le 8 mars ou qui gratifient leur moitié d’une douceur buccale le 14 février. En tous cas beaucoup plus qu’elle l’était le 10 novembre dernier pour aller manifester avec le CCIF. Ou quand elle dit, je la cite, «si Blanquer avait dit pas de Kippa en sortie scolaire, il ne serait plus ministre.» Donc, elle sera définitivement «Charlie» quand «Charlie» sera antisémite, comme elle. Jamais.

Mais zut, je vois que l’espace m’est imparti.

Alors, sachez tout d’abord qu’on nous a martelé pendant cette première partie d’émission ce que tout le monde savait déjà avant; qu’«être Charlie» peut avoir deux sens: être pour la liberté d’expression, et être en accord avec la ligne éditoriale de nos amis. Et, surtout, que certains de nos braves invités ont savamment profité de cette ambivalence pour masquer leur dégoût pour les caricatures derrière un faux accord de façade avec la vraie liberté des caricaturistes.

Et, qu’ensuite, la deuxième partie de l’émission a permis aux téléspectateurs de voir une caricature, une vraie de vraie, pendant une heure. Une caricature d’humoriste, qui a pu dire (sans d’ailleurs être repris par qui que ce soit de l’assistance) que, je cite, «Cavanna, qui était mon ami, est mort dans les attentats», que «ex-musulman, qu’est-ce que c’est que ça?», et justifier un tweet dans lequel il avait dit: «Inch’allah, Zineb, t’es plus là en 2020.» Zineb, qu’il avait dénommée quelques minutes auparavant comme étant sa «cousine du bled.» il s’agit de l’autoproclamé humoriste Yacine Bellatar.

En remerciant Eric Naulleau, et encore plus l’amie Fatiha Boudjalat, d’avoir été, eux, brillants tant dans une partie de dans l’autre. Et, surtout, et toujours, «Charlie Akhbar!»

par Christophe Sibille

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