Les empouvoirés du Planning familial
Par Christophe Sibille , le 9 octobre 2018

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Ô ma lectrice, toi dont l’intelligence n’est plus à prouver, (ben ouais, forcément, tellement ça fait longtemps que tu me lis, justement), je voudrais savoir ce que tu penses des phrases qui vont suivre:
«La nudité empouvoire certaines femmes.»
«La modestie empouvoire certaines femmes.»
«Des choses différentes empouvoirent des femmes différentes.»
«Le féminisme représente leur droit de choisir.»

Bien que tu sois aussi absente de mon voisinage qu’un neurone de la boîte crânienne d’Aurore Bergé, j’entrevois extrêmement distinctement, à cette lecture, la moue d’incompréhension qui déforme très légèrement les lèvres purpurines de ton sourire horizontal. (Pour ce qui est du vertical, étant pudique de nature, je m’abstiendrai.) Ceci-dit, t’inquiète, moi non plus, je n’ai pas tout compris, au début. Et pourtant, j’avais les planches dessinées sous les yeux.

«La nudité empouvoire certaines femmes», en l’occurrence, ce sont les mots qui accompagnent une représentation de femme aux multiples bourrelets, et aux traits et à l’expression de visage qui m’ont irrésistiblement évoqué Jacqueline Gourault, la ministre auprès du ministre d’état de l’intérieur.

Et pour illustrer: «la modestie empouvoire certaines femmes», on voit, dessinée, une magnifique africaine, totalement enveloppée par un voile qui ne laisse apparaître que son visage. Aussi jolie que bien foutue, (on le devine, parce que je ne sais pas mieux lire sous le hijab que sur les lèvres. Pour te prouver que ma mauvaise foi habituelle n’a pas cours dans ce papier, tout est là.

Alors, quelques questions descellent le peu d’entendement dont je dispose encore à force d’être cloîtré dans mon maudit corset en plastoc rigide thermoformé. Qui, peut-être, à force de me comprimer le tronc, a fini par inhiber aussi l’irrigation de ce qui me sert de système cognitif.
-La nudité en deux pièces est-elle prétentieuse?
-L’emploi du mot: «empouvoirer» est-il moins con, un tout petit peu moins con, aussi con, ou encore largement plus con que celui de l’écriture inclusive?
-Qu’est-ce qui empouvoire le plus la misogynie manifestement intégriste de l’abruti qui a commis cette planche: exposer dans un maillot de bain très moche des rondeurs avachies stigmatisant putativement la prétention aux joies prétentieuses de l’amour physique, ou bien évoquer des formes gracieuses et puissamment érogènes sous une vêture manifestement faite pour les brimer, et avec elles celle qui en est pourvue, sous son hijab qui l’incite à la modestie? Je te laisse choisir, ô harmonieuse lectrice, bonjour, Anne-Laure, au passage.

Ô planning familial, toi qui, après des débuts chaotiques qui t’ont fait flirter dangereusement, (aux «States»), avec des thèses eugénistes pro-nazies, tu t’es bien rattrapé, à partir des années 60, par ton travail titanesque d’information veillant scrupuleusement à ce que la plus belle moitié de l’humanité ne soit pas potentiellement exposée aux aiguilles à tricoter ou au céleri en branche des faiseuses d’anges. Et à ce que mettre bas ne soit pas le corollaire obligatoire de niquer. Mais là, avec ce que je viens d’évoquer, tu déconnes. Et ce n’est pas tout!

Franchement, ne sens-tu pas que ton féminisme tourne légèrement au faisandé quand tu écris, en réponse à un questionnement adressé sur ton site des Bouches du Rhône, je te cite: « Se maquiller, mettre des talons hauts, s’arrêter de travailler lorsque l’on a un enfant, c’est aussi répondre à des pressions sexistes; la liberté c’est selon la personne pas selon ses propres valeurs. La notion de liberté n’est pas universelle, le féminisme ne défend pas des valeurs universelles, il défend la liberté de toutes les femmes à faire le propre choix, et le Planning familial aussi?»

Et, à la question qui s’ensuit naturellement chez le lecteur, je re-cite, «donc, vous défendez aussi les femmes qui militent pour donner une bonne image de l’excision?», mon optimisme m’a fait parier que que tu n’allais pas oser répondre: « Comme déjà dit, on milite pour le libre choix de chacun-e, et que nous puissions chacune faire ce que nous voulons de notre corps sans projeter nos choix sur les autres ».
Perdu.

Et, pendant que tu justifies à demi-mot la plus grande barbarie dont l’homme puisse se rendre coupable sur la femme, Christine Angot, chez Ruquier, demande à Boualem Sansal s’il n’a pas peur de faire le lit de l’extrême-droite et du populisme. Heureusement, il y a eu le prix Nobel de la paix pour me faire faire une économie d’anxiolytiques. Mais maintenant, il va me vraiment falloir de sacrés exercices de musculation des doigts, si je veux réussir à me pincer le nez assez fort pour rester à gauche.

par Christophe Sibille

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