En direct du troquet du troc (part.7)
Par Ze Fred , le 21 mai 2013

La crotte-nique à Ze FRED


« Bientôt, en France, il n’y aura plus d’emplois  et tout le monde passera la journée assis dans les cafés à boire du vin rouge ». Maurice Taylor dit Titan

Rappel : Nous sommes en mai 2018. La CJL (coordination des joyeux lurons) a déclaré, non pas la grève générale, mais un arrêt total et définitif du travail. C’est un succès ! En effet, cet arrêt est suivi par tout le monde ! On peut mettre fin à un mouvement de grève mais stopper un arrêt…Bref, l’argent n’existant plus, on ne parlera plus de café du commerce mais de troquet du troc. Ce sera, dorénavant, le lieu de tous les débats…

Bébert, sans grand enthousiasme, a ouvert, ce matin. Rachid lui propose de le remplacer au comptoir, avec Joséphine…
-Bébert : Depuis l’temps que j’ rêvais d’êtr’ de l’autr’ côté du comptoir, ben j’vais pas m’priver !
-Rachid : Profites en !
-Bébert : Mets-moi un p’tit blanc ! Pis, Joséphine, tu peux la r’garder mais pas plus, hein !
-Joséphine (en train de nettoyer des verres) : Hé ! Ho ! J’suis encore assez grande pour savoir par qui j’dois m’fair’ tripoter !
-Rachid : T’inquiètes ! En ce moment, j’ suis dans ma période tante. Quoique…

Là-dessus, débarquent Jean-Jacques (le facho), Jean-Pierre(le rugbyman), Alex (un plouc alternatif), Bubul (un plouc pas alternatif) et Yvon (l’instit’)

-Jean-Jacques : Alors branleurs, ça va-t-y donc ?
-Bébert : Ca peut aller, c’est pas moi qui sert aujourd’hui !
-Jean-Pierre (A Rachid) : Tiens, mets un’tournée générale.
-Rachid (en train de servir, s’adressant à Jean-Jacques) : Alors, ça t’ fait quoi de t’ faire servir par un crouille pédé ? T’es d’bonnehumeur ! Dis donc ! Ca nous change !
-Jean-Jacques : Bougre de con ! Viens donc m’aider, j’ai un’ poubelle remplie d’choucroute, dans l’ remorque, pour amuser lagal’rie. J’ai croisé Jacky, y vient avec les cubis d’rouge et d’rosé.
-Bébert : Ca tombe bien, le stock commence à s’ faire mince, ici.
-Alex : J’ai une annonce à faire. J’ai 2 hectares de légumes sous serre, j’sais pas quoi en foutre, vu qu’ plus personne achète plus rien. Avant, j’faisais d’la vente directe pour pas passer par ces enculés de distributeurs ! Paraît qu’la terre appartient à ceux qui la bossent. Alors, si y en a qui veulent venir mettre la main à la pâte, ils pourront se servir en légumes. T’façon, va falloir tout mutualiser…
-Bubul : Mon cul ouais ! J’me suis assez fait chier à les acquérir, ces putains d’terres. Faudrait qu’maint’nant, n’import’ quel glandu vienne se servir chez moi ! Manqu’rait plus qu’ça !
-Alex : Tu vas faire quoi de tes 70 hectares, de tes 3 tracteurs, de ta moissonneuse, de tes 50 vaches à viandes, de toutes tes céréales ? ! Tu vas tout bouffer tout seul ? Plus personne ne t’achèt’ra quoi que ce soit ! T’as pas encore compris ?
-Bubul : Parfait’ment, j’garde tout pour moi ! Le premier qui tente que’qu’chose chez moi, j’lui fous du plomb dans l’cul !
-Rachid : T’en fais pas, on n’ira pas chez toi ! Quoique j’irais bien te chourer une vache pour faire mon beurre. Faut toujours s’ méfier des gris ! Même quand ils servent à boire, en déconnant.

Jacky débarque avec les cubis.

-Jacky : Ca cause sérieux, à c’que j’vois !
-Yvon (en rigolant) : Y a une discussion musclée entre un paysan et un exploitant agricole.
-Jacky : Faut reconnaître qu’il y a une nuance. L’un est un capitaliste traditionnel et l’autre est un altercapitaliste. Mais maint’nant, la conjoncture actuelle met tout l’monde d’accord.
-Alex : T’es gonflé ! On a essayé de faire du bio, d’ la qualité, sans passer par les grandes surfaces ! Et l’dév’lopp’ment durable, c’était pas pour les chiens ! Tu peux parler, toi ! Tu continuais d’aller chez Carr’fouette, ache’ter d’la merde !
-Jacky : Mais ta clientèle, c’est qu’une meut’ de zombis pleins aux as qui jouent les rebelles, dans les marchés bios où pour l’prixd’un’ carotte toute tordue, tu t’achètes un kebab-frites bien pourri mais vach’ment bon quand-même, chez un escrocs Turc !
-Alex : C’est sûr qu’avec des nihilistes dans ton genre, on risque pas d’ changer grand-chose…
-Jacky : Concrèt’ment, toi, t’as changé quoi ? T’étais dans la même logique que ceux contr’qui tu gueules ! A part que t’ votais Frontd’gauche et qu’tu mettais des autocollants antinucléaires au cul d’ton 4X4…Quand j’étais mioches, mes vieux avaient des potes qui avaient fait des fermes collectives, en Ardèche et dans les Cévennes . Y voulaient plus entendre parler du pognon, ils faisaient autrement. Même le cul était collectif ! C’est p’têtr’ pour ça que pas mal de ces projets ont foiré…Mais, ils ont essayé. Perso, le collectif, ça m’aurait vite brouté…

Le saviez-vous ?

On sait maintenant pourquoi ce célèbre jeu collectif que fut la trapiète (tra venant de traître et piète de piétiner), a été abolie, le 4 août 1914. Revenons à l’essence même de ce sport.

Pierre-Joseph Dugroin fut un génie Alsacien qui passa une partie de sa vie à tout rater, pour faire chier sa brillante famille réputée pour ne produire que des tronches hautement diplômées. Mais cette haine de la réussite n’est pas seulement liée à une rébellion contre ses proches. Ses parents le félicitaient quand il était 1er de sa classe et le punissaient sévèrement quand il était seulement 2ème. Mais, à l’école, s’il avait le malheur d’être 1er, il devait faire une pipe au second soutenu par tout le reste de la classe. Les 30 autres élèves avaient pour habitude de le traiter d’intello et de lèche-cul. On peut dire qu’il a sucé pas mal de queues, avant de se résoudre à se faire punir par Papa !

Lors de ces interminables périodes de punition, il eut le temps d’inventer un jeu qui ressemble au rugby mais dont la règle est : « C’est çui qu’a gagné qu’a perdu ! ». Donc, pour remporter le match, il fallait le perdre. Celui qui se faisait toucher par le ballon, devait le prendre et le poser entre ses propres poteaux, afin de faire gagner ses adversaires qui, eux, devaient l’empêcher de perdre. Lors des mêlées, il n’était pas rare que le possesseur du ballon fût piétiné à mort par la partie adverse, ce qui engendrait des pugilats. Certaines parties finissaient avec un ou deux survivants. Mais la trapiète avait cette vertu d’unir les 2 parties, aux seins des supporters. En effet, si le survivant du match faisait partie de l’équipe gagnante, les fanatiques pouvaient, ensembles, manifester leur hostilité envers cet individu louche, singulier, marginal voire ambitieux, en balançant des quolibets tels que : « Intello ! Lèche-cul ! Arriviste ! Poète ! Saltimbanque ! Tafiole pensante ! Etc…». Banni par les 2 camps, il devait fuir le pays et devenait ainsi apatride. On peut dire que, dans son malheur, le pauvre vainqueur avait tout de même de la chance. Vous allez comprendre toute de suite pourquoi :

Constatant le succès grandissant de ce sport, les dirigeants Allemands et Français, par souci de donner de l’oxygène à leur économie respective, s’unirent pour abolir la trapiète locale afin d’  organiser une trapiète géante, à Verdun, le 4 août 1914. D’un côté comme de l’autre, les hauts gradés organisaient des assauts afin d’avoir plus de cadavres que l’armée d’en face. Ainsi, ce sont ces salauds de Prussiens qui l’emportèrent, en perdant la guerre. De nos jours, il n’est pas rare, en Allemagne, d’entendre une comptine visant à narguer les Français : « Nananère, c’est nous qui avons le plus de noms sur les monuments aux morts,nananè…reuh ! ».

A l’heure actuelle, on trouve de plus en plus de nostalgiques de la trapiète géante. On peut les retrouver, à droite comme à gauche, dans des colloques qui ont pour intitulé : « Comment sortir de l’union européenne? »…

par Ze Fred

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