En direct du troquet du troc (part.9)
Par Ze Fred , le 4 juin 2013

La crotte-nique à Ze FRED


Grand événement au troquet du troc ! En effet, L’arrivée de La Souche va mettre tout le monde d’accord.

« Bientôt, en France, il n’y aura plus d’emplois  et tout le monde passera la journée assis dans les cafés à boire du vin rouge« . Maurice Taylor dit Titan

Rappel : Nous sommes en mai 2018. La CJL (coordination des joyeux lurons) a déclaré, non pas la grève générale, mais un arrêt total et définitif du travail. C’est un succès ! En effet, cet arrêt est suivi par tout le monde ! On peut mettre fin à un mouvement de grève mais stopper un arrêt…Bref, l’argent n’existant plus, on ne parlera plus de café du commerce mais de troquet du troc. Ce sera, dorénavant, le lieu de tous les débats…

Récapitulons : (La fine équipe de l’ex PMU, le troquet du troc, est à table, le repas est bien arrosé…)

-Jacky : Eh Manu, tu veux pas chercher la gnole, à la maison ?

-Manu (soupirant) : Ok…

Il part chercher la gnole, en pétant une fois de plus, en disant :

-Manu : Je pense que ça va chlinguer.

-Bébert : Ramène du P-Cul, tant qu’t’y es !

-Jacky : Y en a plus ! Ramène les Libé et les Charlie-Hebdo. En s’torchant avec, y aura enfin du cont’nu, dedans !

-Bébert : Hé ! Hé ! Hé ! J’ai encore des Paris Turf.

-Rachid : Vain dieu, y a un char qui fait un d’ses barouf  dans l’coin !

Voilà que débarque un vieux fourgon J7 qui n’a plus de silencieux et qui sent la friture comme ce n’est pas permis car il roule à l’huile de friteuse. Il passe devant le bistrot.

-Bébert : Oh ben ! Mais c’est La Souche ! Il est sortit des bois. Ca fait ben plus d’vingt ans qu’il a pas foutu les pieds ici !

La souche se dirige, avec nonchalance, vers le troquet.

-Bébert : Ben alors ! Qu’est-c’qu’y t’amène ? D’habitude, c’est nous qui t’rendons visite !

-La Souche : Si tu m’app’lais Henri ou Riton, ça m’déplairait pas, sais-tu ! La Souche, pfff !

-Bébert : Chope un verre et viens t’asseoir ! Y reste de la choucroute.

-Jacky : Le fiston s’est endormi ou quoi ! J’l’ai envoyé chercher d’la gnole, il a pas l’air d’rev’nir.

-La Souche : J’ai d’la poire dans l’bahut. Et j’la fais moi-même.

-Jacky : Qu’est-ce qui t’amène dans l’ monde civilisé ?

-La Souche : Rien de spécial. J’ai juste cru qu’vous étiez tous morts, que j’étais seul au monde. Ca fait un mois que j’vois passer personne à la cabane, ni pour des pièces de bagnoles, ni pour des œufs ou des légumes, et plus une seule nénette de passage…Y s’passe quoi, c’est la guerre ?

-Jacky : T’es pas au courant ? Tout s’est arrêté, y a un mois, sur la planète. T’as pas entendu parler de la CJL ? La coordination des joyeux lurons ? Ils ont lancé un arrêt total et définitif du travail. Du coup, y a plus d’pognon non plus. Donc plus d’propritété. Ils ont même libéré les voleurs, vu qu’y a plus rien à voler. Y reste plus qu’deux chaînes de télé : une qui regrette l’ancien monde et l’autre, Télé mon cul, qui est à fond pour ce qu’y s’passe en c’moment.

-La Souche : Ah ! Tu r’gardes encore la télé , toi ? Comment t’arrives à gober leurs conn’ries?

-Jacky : Télé mon cul, c’est rigolo…

-La souche : Ah bon.

-Jacky : On t’ montrera…Sinon qu’est-ce t’en penses de c’ mouvement d’arrêtistes ?

-La Souche : Ca a beau êtr’ mondial, c’est juste une récré, si ça s’trouve. J’avais 13 ans, en 68. Mes frangines qui sont dev’nues des vieilles connes, y ont cru. « Rien ne sera plus jamais comme avant… », qu’elles disaient ! Tout ça pour finir dans la pub, à vendre de la merde au plus grand nombre. En 88, quand ils ont fêté les 20 ans, j’ me suis cassé dans une clairière et j’y suis resté. Tu sais, moi, les trucs d’anciens combattants…Depuis, je m’ marre bien. Le monde tourne sans moi et je fais ma gnole sans lui.

-Jacky : Ouais mais là, ce qu’y s’passe, ça vaut tout’s les luttes de classes, avec tous les inconvénients en moins.

-La Souche : Remplis donc ton verre et bois un coup, tu parl’ras moins.

-Bébert : Ben tu t’goures, quand il a un coup dans l’nez, y nous r’fait l’même monde, à chaque fois !

-La Souche : Si ça vous lasse pas…Il aurait tort de s’priver. Tiens (à Jacky), reverse moi un canon.

-Rachid (à La Souche) : En fait, toi, rien ne t’émeut !

-La Souche : Bof ! Tu sais, j’suis content de c’que j’vis. Je fume, je bois, je baise, j’m’en fous du lend’main. Pour moi, c’est ça la révolution permanente.

-Jacky : C’est un  point d’vue individualiste, quand-même !

-La Souche : Si chacun f’sait sa p’tit’ révolutiion dans son coin, sans faire chier son voisin, là, pour le coup, ce s’rait une vraie révolution. Votre arrêt définitif, c’est encore un truc à la mode et les modes, c’est éphémère. Quand ils ont inventé le pin’s, tout l’monde s’est j’té d’ssus et 2 mois après, plus personne n’en portait. Ben une révolution, c’est rien d’autre qu’un pin’s. Et plus tard , les Joyeux Lurons vendront leurs mémoires d’anciens guérilléros et on verra leur tronche sur des tee-shirts fabriqués par des mômes bénévoles, à l’autr’ bout du monde…

-Rachid : Putain, t’es horrible ! C’est sans espoir, en t’écoutant !

-Bébert : Ouais mais il a raison !

-La Souche : J’suis tout l’contraire d’un aigri. Là, pour l’instant, c’est cool, c’est bientôt l’été, puis quand l’populo réalis’ra que pour prendre sa vie en main, il faut avoir d’la matière grise, il va commencer à flipper. Pis, quand il flippe, il veut êtr’ sécurisé et on sait c’que ça donne après.

-Jacky : Ouais, mais avec un truc planétaire pareil, on peut pas rev’nir en arrière ! En plus, là, tu donnes ton avis, alors que t’ignorais tout de cet arrêt. T’es marrant !

-La Souche : T’as raison ! Tiens, regarde, en 2002, j’ l’ai su 1 mois après que Le Pen avait été au s’cond tour et ça m’a rien fait, figure-toi ! Son programme est au pouvoir, depuis longtemps, alors…J’suis pas une lumière mais y m’a fallu 5 secondes pour comprendre de quoi il s’agissait, cet arrêt. Est-ce que tes arrêtistes ont cramé les banques, Wall Street, les bourses de tous les continents et les parlements où se décident les pires horreurs ?

-Jacky : Ben non !

– La souche : Ben pose toi la question ! Y a de grandes chances que votr’ pin’s va tomber dans les oubliettes. Tout va reprendre comme avant, avec une CGT planétaire qui va vous vendre de ridicules et rigolos acquis. En c’ qui m’ concerne, ça chang’ra rien. Ca fait 30 ans qu’j’ai dit merde à tout…En tout cas, si j’ai raison, j’vous invite à une grande fête, à la cabane. Pas pour fêter la débâcle mais pour fêter qu’j’ai raison ! Allez, j’vais chercher la poire, c’est ma tournée !

(La suite au prochain numéro)

Les saviez-vous ?

Albert-Bruno Dévian, Albru pour les intimes, est connu pour avoir ouvert une librairie, à Pontivy, en Bretagne. Cet écrivain-libraire est singulier car il ne propose, à ses clients, que ses propres romans tirés à un exemplaire. Evidemment, ils ne sont pas à vendre puisqu’ils sont uniques. Alors, pour financer sa boutique, il vend des crêpes et une Bollée de cidre à qui veut parcourir ses chefs d’œuvre. C’est un succès total car elle est très fréquentée. Il faut dire qu’il a publié des bouquins originaux. Passionné de cinéma muet, il s’est mis dans la tête de produire des livres illisibles où ne sont écrits que le titre et le mot « Fin ».

Entre les deux, il y a, en général, 300 pages blanches qui permettent au lecteur d’imaginer ce qu’il veut. Il a sorti, dans ce genre littéraire, une œuvre en 10 tomes, intitulée « La blancheur immaculée » qui passionna le cinéaste Jacques Doillon. Ce dernier en fit une adaptation, pour le cinéma, qui fut projetée au festival de Cannes. Aucun acteur ne figure dedans. En fait, Jacques posa sa caméra sur la banquise et filma, durant 300 heures, en un seul plan, la blanche immensité. Télérama, le Nouvel Obs et les Inrockuptibles ont publié des critiques élogieuses qui n’en finissent pas de saluer « le génial avant-gardisme » du réalisateur et de l’auteur. Un DVD de ce long métrage est en vente. Il est doté d’un fabuleux bêtiser. En effet, au bout de 153 heures de tournage, survint la nuit polaire et la blancheur devint noire. Ce gag, que dis-je, ce trait d’humour eut pour effet de faire rire les pisse-vinaigre des hebdos branchés, ce qui est très très rare. Ce film est très souvent projeté dans des expos d’art contemporain, surtout lorsqu’elles sont consacrées aux monochromes. « La blancheur immaculée » est connue dans le monde entier car elle a été traduite en Anglais. La preuve : Elle se termine par « The End »…

par Ze Fred

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