En musique
Par Christophe Sibille , le 21 juin 2016

Christophe SIBILLE l’homme au micro

C’est vrai, les grèves de train, c’est chiatique.
Mais bon, après tout, on n’est pas toujours obligé de prendre le train.
Pas plus que d’aller à Paris.
« Même quand on est passionné de musique ? », me demanderas-tu sans doute, ô ma lectrice ?
« Ben oui», te répondrai-je.
Comme je l’ai déjà dit dans le passé, à Châteauroux, on a la chance d’avoir deux événements majeurs que les parigots têtes de veaux nous envient !
En Novembre, les « Lisztomanias ».
Puis, six mois pour récupérer, et, en mai, le « festival de la voix ». Puis …
Non, pas six mois, cette fois.
Un seul, à peine. En juin, on a aussi « le festival de Nohant ».
Celui-ci, ils nous l’envient tellement, les parisiens, qu’on n’y voit qu’eux !
Les artistes sont internationaux, mais le public, lui, vient bien de la capitale.
Et pour cause ; Arcadi Volodos, qui nous a donné un récital exceptionnel le samedi 4 juin dernier, ne joue pas à Paris. Et toc !
Seulement à Nohant et à la Roque-d’Anthéron, les deux destinations fétiches des martyriseurs d’ivoire.
Arcadi Volodos, c’est, comment dire sans hyperboliser … Les moyens pianistiques pour tout jouer avec une facilité incroyable, et une sensibilité musicale qui lui fait transcender absolument tous les répertoires qu’il aborde. La technique, et la tactique, comme diraient les ratiboisés de la cognition qui commentent la baballe. Son disque consacré à Franz Liszt est absolument exceptionnel.
Le samedi 18 juin, Kristian Zacharias, interprète d’exception lui aussi, a proposé au public de Nohant une deuxième partie de récital funambulesque, où on a pu entendre deux « Scherzi » et quatre « Mazurkas » de Frédéric Chopin jouées comme rarement j’ai pu les entendre. Son intégrale enregistrée des « Concerti » de Mozart, où il dirige l’orchestre depuis le piano, frise la perfection.
Et, cerise sous le gâteau, (oui, c’était un peu avant, dans l’après-midi), l’exceptionnel documentariste musical Bruno Monsaingeon nous faisait revivre Yehudi Menuhin, aussi grand homme que violoniste. Autour d’un film « d’entretiens » traitant de tous les sujets de la vie, qu’ils soient musicaux ou quotidiens. Même si, pour cet humaniste universel, les deux se confondent évidemment assez souvent, avec bonheur, et depuis sa plus tendre enfance.
Dans un des chapitres de ce film, Bruno demande malicieusement à Yehudi quelles sont, pour lui, les mauvaises musiques ; « les Rolling Stones », répond sans hésiter ce dernier. «Très pauvre mélodiquement et harmoniquement, on a seulement l’impression qu’ils tapent sur la tête du public pour l »abrutir, comme on fait pour les vaches avant de les abattre. Heureusement, il ne meurt pas, comme elles ».
Les Rolling Stones ? Je ne suis pas fan, mais l’immense violoniste, mort trop tôt pour n’avoir pas connu Didier Varrod.
Didier Varrod ! Qui a obséquieusement sucé Jean-Louis Foulquier, immense et courageux débusqueur de talents sur France-inter, pendant plusieurs décennies. Avant de lui piquer la place. Et de nous imposer les flatulences de sa « playlist », à côté desquelles la pire des chansonnettes des « Stones » nous évoque irrésistiblement l’Ave Maria de Schubert.
Didier Varrod, aux goûts tellement frelatés par son ignaritude.
Didier Varrod, une vacuité abyssale, qu’il essaie vraiment de planquer derrière un langage tellement filandreux et ampoulé qu’il ferait passer les programmes de l’éducation nationale pour une page de Prévert.
Imaginez l’interview ; à peine romancée :
Un chanteur inane, mis bas par Didi : « on va maintenant vous interpréter un titre acoustique.
Didier Varrod : non, pas acoustique !!! A Franfe inter, dans vun ftudio. Mais ve veux vufte vous dire que v’admire la rondeur de votre timbre de voix. Pas : « de voie », pas « la voie » de Fpinoza, même fi on la retrouve aussi fé vous, « de voix » ! Rondeur qui n’a d’égale que la fouplesse de la nuanfe du phravé des nappes de Finthétiveur fondus dans la masse d’un arranvement qui fait un petit peu penfer à Vean-Mifel Varre dans fa période rove bonbon.»
Varrod, dehors. Alex Beaupin, dehors. Biolay, Miossec, dehors.
Vive la musique.
Bruno Monsaingeon, à France-inter !
On écouterait Menuhin, Zacharias, Geoffroy Couteau, Volodos.
Oui à la Musique, pour nous enchanter.
Non à l’amusique, pour nous effondrer.
Je suis élitiste ?
Non.
J’ai des oreilles, c’est tout.

par Christophe Sibille

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