Un enfant de 8 ans injurié sur Facebook
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Aider son prochain est un phénomène de plus en plus rare dans nos sociétés évoluées, et peut parfois s’avérer dramatique pour la santé. Une héraultaise, que nous appellerons Jennifer notamment parce qu’elle est femme de ménage, l’apprit à ses dépens alors qu’elle officiait dans une école locale.

Il était midi ce jour-là et entre deux coups de balai, elle remarqua un petit garçon dans un fauteuil roulant qui n’arrivait pas à accéder aux carottes vichy de la cantine. Sans rien attendre en retour, elle décida de lui prêter main forte mais se fit un tour de rein dans l’opération. Résultat un mois d’arrêt. Ce fut un coup dur pour le mari de Jennifer qui allait devoir partager le canapé pendant les Feux de l’Amour.

Passablement agacé à ce propos, il s’engagea dans une conversation explosive sur le net et du haut de sa maturité de quadragénaire pimpant, expliqua que c’était à cause d’un gros porc caca boudin pas beau que sa femme était en arrêt-maladie, avant de rajouter une couche de mépris pour faire viril. La saillie facebookienne fut likée plus d’une centaine de fois et l’homme devint un phénomène dans les rues de Agde alors qu’il n’est même pas nudiste. Là-dessus, décomplexés et solidaires entre eux, les élèves de l’école se liguèrent tous ensemble contre le petit garçon, désigné à l’unanimité bouc émissaire officiel et surnommé «gros porc» même en dehors des repas.

Au bout d’un moment, et même s’il était fort, ça devint lourd à porter pour le petit garçon qui commençait à se dire que le calibre 12 de son père serait du plus bel effet pendant le cours de maths. Puis il réalisa qu’il ne vivait pas aux États-Unis, alors il se contenta de ne plus vouloir retourner à l’école.

Après avoir mimé les symptômes d’une gastro-entérite pendant cinq jours, les intestins occlus après une surdose de laxatifs, il confessa la supercherie à sa mère puis expliqua le vrai pourquoi du comment. Elle prit alors connaissance du lynchage de son fils, le genre de lynchage vicieux si commun dans nos écoles qui ne laisse pas de bleu sur les côtes mais qui fait quand même mal quand on appuie dessus. Et à l’origine de tout ça, le mari de Jennifer, a priori adulte malgré la teneur de son commentaire qui frise le bac-à-sable, ou le sketch de Gad Adams sur les chinois c’est pareil. Après avoir attendu des excuses qui ne vinrent pas, notamment parce que les cons ne changent pas d’avis, la mère porta plainte sous X pour que l’identité de son fils reste secrète en dehors de la région Occitanie.

Pendant les semaines qui suivirent, le petit garçon arrêta de se nourrir et finit par perdre huit kilos, ce qui tend à prouver qu’on mincit quand on ne mange pas. La Somalie opine. Les mannequines osseuses qui servent de porte-manteaux dans les défilés auraient quant à elles d’ores et déjà adopté l’astuce du petit garçon pour conserver leur taille 24. L’avantage de la technique, c’est qu’elles ont plus besoin de se faire vomir.

Un an plus tard, c’est-à-dire vendredi dernier si tu veux bien, le mari de Jennifer a été condamné à verser 4 000 euros de dommages et intérêts au petit garçon. Cet argent pourra être astucieusement réinvesti en séances de psy pour guérir ses nouveaux complexes et lui apprendre à ne pas trop haïr l’humanité. N’empêche dans l’histoire, il aura perdu huit kilos et gagné 4 000 euros alors que pour un régime lambda salle de sport-nutritionniste, c’est l’inverse.

Une alternative originale à la gastrectomie définitive.

(l’info à la source sur le site 20 minutes.fr du 20/01/17)

Par Romain Rouanet

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