Entretien avec Alexandre Kantorow
Par Christophe Sibille , le 5 novembre 2019

Pianotages de Christophe SIBILLE

 

Alexandre Kantorow est, à 22 ans, le premier pianiste français de l’histoire à remporter le premier grand prix Tchaïkovsky, le plus prestigieux des concours internationaux.

Christophe Sibille: Alexandre, pouvez-vous nous redire, pour nos lecteurs, ce que vous avez joué pour le tour final?
Alexandre Kantorow: Le principe du tour final, c’est donc d’enchaîner deux concerti dans la même soirée; j’ai donc joué le deuxième concerto de Tchaïkovsky, et le deuxième concerto de Brahms.

Rien que ça! A la fois une performance musicale et une compétition de sport de haut niveau, donc!
Oui je n’ai pas réfléchi, et c’est vrai qu’une heure quarante-cinq à la suite, c’est dur physiquement… Mais enfin, on n’a pas tous les jours l’occasion de faire ce genre de choses!

Mais qu’a donc ce concours de particulier comparativement aux autres, comme Chopin, Marguerite Long ou Van Cliburn, par exemple?
En plus des moments de légende qui ont pu être vécus dans l’histoire de ce concours, il offre vraiment, par la liberté de son programme, le loisir à chacun des concurrents de montrer là où il est le meilleur; on a d’ailleurs eu des programmes ahurissants! La sonate de Barber, des transcriptions à peine connues de Tchaïkovsky, tout Rachmaninoff… Dans les autres concours, il y a nettement plus de choses imposées.

En discutant avec un ami pianiste, je lui ai dit: «tu te rends compte, le premier prix Tchaïkovsky pour son premier concours»! Il m’a répondu: «Et sûrement le dernier.»
(rires) oui, j’ai eu cette chance; maintenant, j’aurais effectivement tout à perdre à en passer un autre!

Avec la quantité de musique que vous avez maintenant dans les doigts, avez-vous un ou des compositeurs de prédilection?
Oui, je crois que j’ai un faible pour Brahms; à la fois pour la diversité de son répertoire, depuis le plus intimes comme le plus explosif, et également pour son rôle de passeur entre la rigueur classique et le foisonnement contemporain; me connaissant, il sera certainement un fil rouge au long de ma carrière, si j’en ai une!

Vous rappelez-vous à quel moment vous avez décidé que vous seriez musicien? C’est venu petit à petit?
Oui, c’est ça, petit à petit; je suis entré dans le lycée Racine, (un lycée d’élèves tous musiciens). On partageait musique de chambre, les premiers concerts avec l’adrénaline; avant, la musique, c’était mon petit truc à moi, là c’était en commun. J’ai d’ailleurs longtemps hésité entre les sciences et la musique…

Ah bon?
Oui, j’ai eu mon bac S., et je voulais tenter une «prépa», mais je suis entré au CNSM de Paris à ce moment-là, et on ne peut pas faire les deux …

En effet! Et j’imagine que le planning est déjà bouclé pour les dix prochaines années?
(rires) Non, quand-même pas, mais jusqu’en 2022, avec que des choses qui me plaisent bien; récitals, concerts avez orchestre, musique de chambre… J’ai beaucoup de partenaires avec qui je joue depuis quelque temps, et aussi une rencontre à prévoir avec des gens comme Gidon Kremer, par exemple, ou d’autres, qui sont des musiciens prestigieux que j’écoutais et j’admirais quand j’étais petit…

Il y a quelques années, on vous demandait sûrement si vous étiez le fils de Jean-Jacques Kantorow, (célèbre violoniste N.D.L.A), maintenant, ça doit être à lui qu’on pose la question à l’envers ?
(rires) Oui, d’ailleurs, il me fait la blague souvent!

Alexandre Kantorow, que diriez-vous à un jeune pianiste qui veut se lancer dans la carrière? «Fonce», ou «méfie-toi»?
Fonce! Mais en ne perdant jamais de vue ce qui t’a fait aimer la musique!

par Christophe Sibille

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