Eric Toulis
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Amie lectrice, cette fulgurance absolument géniale fut prononcée par l’immense Claude Debussy pour qualifier un des plus grands chefs-d’oeuvre de l’histoire de la musique, à savoir le ballet: «le Sacre du Printemps», de son collègue tout aussi génial Igor Stravinsky; créé en 1913 au théâtre des Champs-Elysées.
En 1913, les vélos avaient des pneus pleins, les vélos aussi, et les cyclistes ne roulaient pas avec un lecteur de mp3 sur les oreilles.
En 1913, on ne pouvait pas mettre son lave-vaisselle en marche à distance avec son téléphone.
Et, surtout, en 1913, sujet qui me préoccupe particulièrement à l’instant où je sue sang et eau pour tenter de te divertir en écrivant ces lignes, c’était en créant des œuvres aussi sincères qu’historiques que les artistes contemporains scandalisaient le bourgeois. Pas en se branlouillant l’ego dans l’espoir de le faire réagir en confectionnant des merdouilles qui n’avaient pour but avoué que de faire monter les enchères en calquant leur goût artistique sur celui du portefeuille d’actions de Bernard Arnault.
Tout ce préambule pour te dire que, il y a maintenant quelques jours, je suis allé voir le tour de chant d’Eric Toulis, à Issoudun. Sous-préfecture d’un département trou du cul hexagonal.
Mais ce n’est pas le sujet.
Et, en plus, ce n’est même pas vrai! La preuve par suite.Eric Toulis est auteur, compositeur, interprète.
Et musicien.
Normal, me diras-tu, ô ma lectrice amoureuse de La Palisse, puisqu’il se produit en scène pour chanter ses chansons.
Eric Toulis est drôle, il chante bien, il confectionne de petits bijoux, nous parlant de nous et du monde qui nous entoure. Et de la manière d’éventuellement le changer, sans donner de leçons, grâce à des ellipses et des métaphores riches d’un vocabulaire très imagé, souvent fleuri.
Comme Brassens, oui, c’est un peu ça.Sa palette de styles est protéiforme. D’ailleurs, avec son groupe, «les escrocs», dans les années 1980 – 1990, chacune des chansons revêtait un écrin différent. Et Country, reggae, funk, disco, valse musette, java, j’en passe et des meilleures, y sont «vrais de vrais», comme sur les disques archétypiques de ces genres.
«De la chanson de sauvage, avec tout le confort moderne», donc.
Sans jamais oublier cette denrée rare qu’est l’humour purement musical, (le solo avec un son pourri d’orgue Farfisa dans «Mauvais garçon», sur leur deuxième album «C’est dimanche», est, pour moi, un summum absolu de génial mauvais goût assumé.)
Naguère accompagné par l’excellent Brahim Haïouani à la contrebasse, Toulis se présente maintenant sur scène avec le vibrionnant et formidable pianiste Rémi Toulon, son double parfait, qui sait à peu près tout faire sur un clavier.
Dans un monde à peu près normal, Eric serait le «dessus du panier» des chansonniers modernes. Mais, en des temps où ce sont des Didier Varrod qui déversent la soupe insipide mixée par des Biolay, Murat, Vianney, «Christine and the queens», et consorts, sur une des seules antennes susceptibles de conduire le public sur les voies de la chanson qui s’écoutent, c’est simplement un des quelques ovnis jubilatoires qui nous restent.Bon, pour revenir, (et terminer), sur Claude Debussy, à peu près tout le monde sait qu’il fut un des plus grands compositeurs de musique français. Visionnaire, impressionniste, symboliste, et qui mit si merveilleusement en notes, pianistiques ou orchestrales, les tableaux de Turner ou de Monet.
Enfin, tout le monde … disons, tous nos contemporains non décérébrés par la télévision d’Hanouna et la radio de Didier Varrod.
Ce qui est un peu moins connu, par contre, c’est qu’il fut un écrivain à l’humour dévastateur, féroce, comme le prouve, entre autres, la citation qui initie ce papier. Je te conseille, à toi, qui aime lire, (la preuve, c’est que tu es «ma» lectrice), l’ouvrage intitulé: «Monsieur croche et autres écrits». Un bijou de critiques de concerts et œuvres divers, et de considérations musicales sur les compositeurs et le public des concerts de son époque.
Du Desproges, dans l’esprit et dans (mais avant) la lettre.

par Christophe Sibille

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