Erostrate II, le retour

par | 6 Oct 2020

Comment ça, ça ne vous dit rien, Érostrate ? Mais si, c’est certain, vous le connaissez, enfin, vous avez certainement entendu causer de lui ! Non ? C’est con, pourtant, il a tout fait pour qu’on se souvienne de son blaze, lui. C’est même d’ailleurs la seule chose qu’il ait faite.

Je résume. Le 21 juillet 361 avant JC –JC, pour Jésus-Christ, pas pour Jean Casteix, faut pas confondre, ce serait ballot que l’actuel premier ministre finisse cloué à deux planches entre Balkany et Cahuzac– ça devait être un mercredi, c’est une journée de merde, le mercredi, un certain Érostrate, pas de nom de famille, c’était pas la mode à l’époque, rentre dans le temple d’Artémis à Éphèse. Et là, il fait quoi, ce con ? Il prie ? Il fait un sacrifice à la déesse ? Non. Il prend son Zippo hellène et hardi, petit !, il fout le feu au bâtiment, l’une des Sept Merveilles du Monde, pas le genre maison Bouygues en plâtre mou. Pourquoi ? Parce qu’il était fâché avec la Déesse ? Par militantisme athéiste ? Non, non, rien de tout ça, juste pour, et c’est ça le plus farce de l’histoire et de l’Histoire, laisser une trace de lui.

Donc, voilà un pékin, illustre inconnu de son état, qui pour faire parler de lui dans les siècles des siècles comme disait l’autre, ne trouve rien de mieux que de foutre en l’air une merveille architecturale. Ben ça, si c’est pas l’archétype du couillon ultime, ça y ressemble furieusement. Tiens, à propos de furieux, moi qui vous cause dorénavant bimensuellement des aléas de ce bas monde, y en a un que je classe dans ce genre de personnages, c’est le nouveau maire vert de Bordeaux, le dénommé Pierre Hurmic, venu jouer son Érostrate 2020. Tout plein de sa fureur morale post-moderne en carton-pâte, ce rigolo a décidé d’interdire le Sapin de Noël municipal dans sa ville, parce que c’est un arbre mort. Ah, ben ça, c’est plus fort que le roquefort, comme disait Séraphin Lampion. 

D’abord et pour commencer, évidemment que c’est un arbre mort, mais vu les pratiques de la sylviculture – qui n’est pas la connaissance encyclopédique des chansons de l’ex de Johnny Hallyday, mais la culture et la gestion du domaine arboricole – en France, quand on coupe un arbre de ce modèle, on le remplace illico par une jeune pousse, il n’y a pas de déficit en termes de puits de carbone. Ensuite, pourquoi il n’a pas proposé d’en déraciner un, plus petit, évidemment, de le coller dans un pot géant et de le refoutre sur son lieu d’origine après les fêtes, histoire de faire causer, ça aurait été malin, ça. Et puis, des arbres morts, on en fait plein de choses, des meubles, du pellet pour le chauffage, de la pâte à papier. Il veut quoi, le comique bordelais, des tables en plastique et des chauffages au fuel ? Faudrait savoir, non ?

Je me dis que ce gland à paillettes n’a pas la moindre idée de comment fonctionne la filière sylvicole française, qui pour mieux gérer le développement des arbrisseaux est souvent obligée de couper des arbres trop grands qui finissent par empêcher la pousse des plus petits. Il doit aussi ignorer, cette tronche de Touquier-Tinville en fer-blanc que jamais il n’y a eu autant de forêts, de pépinières, d’arboretum en France et que ce n’est pas avec un pauvre sapin de Noël, même de 40 mètres, que tu vas mettre en danger les arbres de la planète.

En plus, ce digne couillon part du principe que la démocratie participative, c’est le rêve. Sauf sur le sujet. Par de consultation citoyenne à propos du sapin, ça, c’est pas de la bonne démocratie directe. Et si t’es pas d’accord avec lui, t’es un facho. Pas moins que ça. Un pur fasciste. Ben voyons.

Alors, je ne sais pas si Pierre Hurmic est un futur Érostrate, et s’il s’est attaqué au sapin de Noël de Bordeaux juste pour qu’on cause de lui, mais je suis certain qu’à l’instar de l’autre pignouf grec, ce n’est pas pour ses œuvres qu’on se souviendra de lui.

PS : oui, je sais, moi, le mécréant, le laïcard, le défenseur mordicus de la loi de 1905, je prends la défense d’un arbre de Noël, ah ah, je suis démasqué, je protège un symbole religieux ! Ben non. Le sapin est tout sauf religieux, en tout cas, il n’est certainement pas un symbole chrétien, pas plus que ne l’est le Père Noël. La preuve ? Jetez voir un coup d’œil en cliquant ici !

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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