Ervé Monde
Par Christophe Sibille , le 7 avril 2015

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Alors, comme ça, une (petite) écrivaine nous fait un caca nerveux ? « Ecrire des chroniques, ça sert à rien ».

D’accord. Alors, posons les vraies questions. Tiens, ma chère lectrice, puisque c’est toi, je vais mettre le package. Deux questions en une, donc,  pour le prix d’une. Ne me remercie pas, c’est cadeau.  Et c’est d’autant plus donné que c’est gratos.

Qu’est-ce qui sert à quoi ?

A l’heure où j’écris cette chronique, qui ne servira vraisemblablement pas à grand-chose non plus, j’exerce en même temps ma vraie activité. Dont je me demande, à certains moments, si elle sert à autre chose qu’à me faire bouffer.

Ce qui n’est déjà pas si mal, sauf pour tous ceux qui veulent ma mort, mais je ne sais pas si l’ensemble de mon activité ou ma simple existence sont suffisamment nuisibles pour qu’ils soient assez nombreux et actifs pour limiter ainsi ma capacité de nuisances à leurs yeux.

Je suis en visite pédagogique. Une stagiaire. Brillante. En face d’élèves de maternelle. 27. Des petits, de trois ans, et des moyens, de quatre. Dont une petite moitié, (une petite moitié de 27, calculez vous-mêmes, je ne vais pas tout faire non plus), est soit légèrement, (voire moyennement) perturbée, soit tout simplement en léger déficit d’éducation. Je le dis comme ça parce que, moi, je suis bien élevé, et je considère que ça sert à quelque chose d’employer un langage policé. Si j’étais, soit plus mal élevé, soit moins faux cul, à vous de choisir, (ben oui, c’est l’heure ou le cognitivisme laisse chez moi la place au constructivisme, mais rassurez-vous, c’est rare), je dirais beaucoup plus simplement qu’au moment où il a éjaculé, le père d’une bonne partie d’entre eux aurait mieux fait d’avoir du plastoc au bout de la bite plutôt que prendre le risque de faire chier une étudiante talentueuse avec son jus de burnes avec un peu d’ovaires qui, mélangé à neuf autres nistons tout aussi sous-policés, vous transforment le sanctuaire de l’apprentissage que doit être une salle de classe en succursale de l’assemblée nationale quand on y abandonne le micro à nos deux braves branleurs, Gilbert Connard et Marion Maréchal-Nouvoilà.

Bon, je dis : « aurait mieux fait d’avoir du plastoc au bout de la bite » comme j’aurais dit : « aurait mieux fait de se faire sucer », pas obligé d’être grossier, non plus !

Et, là, se pose la question : à quoi sert de faire des enfants, à part à faire chier les profs ?

O mon auditrice, tu as certainement déjà eu cette discussion, avec un pote. Une pote, d’ailleurs, plutôt, c’est en général un point de vue plus partagé par nos moitiés. Même s’il en est par ailleurs de normales.

Discussion qui se résume d’ailleurs, en général, à un seul argument. De poids. De petit pois. Dans la tronche. « Comment çââââ, tu ne veux pas de gamins ? Maiiiiiis t’es rien qu’un égoïste ».

« Mouarf », comme dirait Nadine Morano quand elle trouve les mots.

Et toi, connasse, pourquoi t’en veux, des chiares, si ce n’est tout d’abord, pour la joie de prendre des airs de martyrs avec ton tour de taille de colonne Morris prête à chier son pavé. Avant de t’éclater à en faire le roi du monde, donc le futur roi des cons, en toisant tous ceux qui sembleraient émettre le moindre doute quant à son génie, obligatoirement incommensurable, puisque c’est toi qui l’a mis bas !

Résumons-nous : faire des enfants, ça sert, soit à renforcer son ego en jouant avec, soit à mettre du beurre dans les épinards si on ne le fait que pour les allocations, soit à mettre de la mayonnaise dans les escalopes à moustaches. Mais ça ne marche que si la sauce arrive jusqu’à l’œuf. Oui, ô ma lectrice, c’est un peu dégueu, mais, si je ne le suis pas, qui donc, ici, le sera, hein ?

Et, en plus, là, je te signale que je ne suis pas en train de rédiger un manuel scolaire.

Mais, en aucun cas, ce n’est en aucune façon  se sacrifier à mettre un petit être au monde pour son bonheur à lui.

D’ailleurs, au départ, rien de ce qu’on fait n’est pour le bonheur des autres. C’est avant tout pour sa gueule, qu’on fait les choses. Que ce soit participer à la surpopulation, ou quoi que ce soit d’autre. Même si, pour certains, c’est le bonheur d’enrichir son paradis en aidant son prochain et, pour d’autres, celui d’enrichir son compte en banque en l’enculant. Son prochain, pas son compte en banque, même si c’est du liquide aussi.

Hé ben non, évidemment non, l’égoïsme de l’abbé Pierre n’est évidemment pas celui de Bernard Tapie, si c’est ce que vous espériez me faire dire.

Je voudrais finir en tirant … Mince, j’ai perdu ma ligne … Pardon, en tirant  mon chapeau à tous les humanitaires. Qui savent à la fois conjuguer le verbe « servir » sous ses formes à la fois transitive et intransitive. « Servir » les gens, et « servir  à » quelque chose.

Et profiter de ces quelques lignes pour une mention toute spéciale à « Ervé Monde », association qui promeut l’ouverture d’écoles de réflexologie dans des endroits du monde où cette discipline bienfaitrice a le pouvoir de servir. En palliant une bonne partie des symptômes qu’entraînent  les malheurs endurés dans un passé récent par les habitants qui essaient d’y vivre. Dans le cas présent, au Kosovo. Et si vous ne connaissez pas la réflexologie, allez sur leur site !

http://www.erve-france.org/erve-monde/

Et le premier qui associe réflexo et charlatanisme, c’est mon pied dans la tronche ! Ah, non, pardon, ma main dans la tronche, mon pied est en séance.

Bon, je ne sais pas si j’ai répondu aux deux questions que j’ai moi-même posées au début.

En tous cas, la seule chose dont je sois certain, c’est que la vie, ça sert au bout du compte au moins à une chose : à nourrir des bloches ; alors, aimez tout ce et tous ceux que vous pouvez avant que ce soient eux qui vous aiment.

par Christophe Sibille

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