Étudiant, poil aux dents
Par Naqdimon Weil , le 24 avril 2018

NAQDIMON fait son malin

Si ça continue comme ça, je vais devoir consulter. Non, sérieux, j’ai beau essayer de prendre du recul, de ne pas garder le nez dans le guidon, de me consacrer à la sortie de mon bouquin – comment ça, vous ne saviez pas que j’avais sorti un recueil de nouvelles d’une grande beauté formelle qui s’appelle « Votre problème n’est pas résolu, et autres situations compliquées » aux Éditions Les Passagères, en vente dans toutes les bonnes librairies si le distributeur a bien fait le boulot, sinon, faut demander à l’homme de l’art, sortie officielle, heu ben ça dépend, mais disons le 2 mai au plus tard ? Rooooh, ben c’est dommage, car c’est un bien beau livre, même que ma mère elle l’a adoré, c’est vous dire s’il est bien ! Donc, n’hésitez pas ! Et je m’en retourne à mon sujet de la semaine. – ou ne penser qu’au travail censé me nourrir, je ne peux pas y échapper, l’actualité me rattrape.

Comme je suis un garçon prudent et que je déteste donner des verges pour me faire battre, n’ayant guère le goût du loisir favori de Léopold von Sacher-Masoch,  – 27 janvier 1836-9 mars 1895, auteur de la Vénus à la fourrure et fondateur du masochisme, il ne faut jamais perdre une occasion de se cultiver et de gagner des camemberts à la prochaine soirée Trivial Pursuit avec votre cousin Léon, celui qui est chiant car il connaît toutes les réponses -, j’évite en règle générale les sujets qui me sont sensibles, tels que l’antisémitisme qui explose en France, Israël-que-c’est-le-Mal-Absolu, les copains de mes amis qui écrivent dans Siné Mensuel et les endives. Bref, même si j’aime râler, je tends à me préserver et pas seulement avec les produits de la marque Durex©. De plus, il y a des sujets sur lesquels, franchement, je ne me trouve pas légitime à causer. Tiens par exemple, les grèves de la Seuneuceufeu. Comme tout le monde, ces retards et ces annulations m’emmerdent, faut bien le dire. Mais comme il me reste un vieux de progressisme, je soutiens les grévistes, par principe. Mais là, je ne suis pas certains que leurs revendications soient valables. Même si je défends le fonctionnement du service public. Et que je trouve que Jupiter Macron ressemble franchement à un libéral-tout-court plutôt qu’au libéral-social qu’on m’avait vendu. Et en même temps, il n’avance pas masqué. Bref, sur les grèves des cheminots, je suis comme un banlieusard se rendant à la gare du Nord histoire de vérifier si le RER B fonctionne, méfiant et précautionneux.

En revanche, fils de prof de fac, frère de prof de fac, ami de prof de fac et ancien étudiant moi-même – naaaan, j’déconne, j’ai bien été inscrit à la fac deux années de suite, mais je n’ai jamais étudié, j’avais beaucoup trop à faire avec le syndicat, les filles, le ciné-club, les filles, la cafét’, les filles, le jeu de rôles et les filles. Notez bien, pour les filles, c’était un peu comme pour les études, j’étais plus souvent en cours magistral qu’en travaux pratiques… -, je pense avoir le milligramme de légitimité pour m’intéresser aux réactions de nos jeunes amis les étudiants. Lesquels protestent avec véhémence et parfois violence contre le principe de sélection à l’entrée de la fac. Je crois bien l’avoir déjà dit ici, ce qui me navre, c’est que ces jeunes gens pleins de bonne volonté et d’idéaux semblent ignorer que cette sélection existe depuis longtemps, qu’on accorde aux fils de prolos l’autorisation d’aller glander un an ou deux en première année, mais dès la seconde année, schlaaak, le couperet tombe, et 75% d’une promo se vautre à l’examen, oh, comme c’est étrange, les chiffres se recouvrent quasiment à l’identique d’année en année… Alors, c’est vrai, la sélection sur le dossier, c’est vache, c’est méchant, c’est même dégueulasse. Mais ça ne l’est guère plus que cette sélection anonyme et masquée.

Quant à leurs représentants, à ces jeunes gommeux, comment dire ? Ils ont fait le concours du débile le plus accompli et ils ont choisi les gagnants toutes catégories ou quoi ? Parce que là, s’ils souhaitaient passer pour des comiques – en dehors du milieu de la Gauche de la Gauche de la Gauche de Mes Deux où la parole de l’étudiant est sacrée, sauf si l’étudiant est de Droite… -, ils ne pouvaient pas rêver mieux ! Entre la jeune péronnelle incapable d’aligner deux phrases, expliquant que les références au califat sur les banderoles sont un signe de créativité ou les cris ineptes de dictature macronienne, ben ils ne sont pas sauvés, les mômes ! Bah, ça leur fera les pieds…

Et on va encore dire que je n’aime pas la jeunesse.

par Naqdimon Weil

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