Faites l’amour, pas des gosses!
Par Agathe André

On the road with Agathe ANDRÉ

Agathe Andre by Espe

Ainsi, l’étude «Regretting Motherhood: A sociopolitical Analysis» de la sociologue israélienne Orna Donath déclenche ici et là quelque polémique: il y aurait des femmes qui regrettent d’être mère.

«J’ai vu immédiatement que ce n’était pas pour moi, témoigne l’une d’elles, c’est le cauchemar de ma vie», «c’est un poids permanent sur mon âme» poursuit une autre. «C’était le rêve d’une autre» conclut une troisième.

La maternité n’épanouirait pas spécialement toutes ces dames? Tu parles d’un scoop! Mais c’est bon de l’entendre: ras-le-bol des boniments sur le bonheur d’être mère, ce prêt-à-penser fabriqué de tout pièce.

La maternité n’est qu’une possibilité de la vie d’une femme. L’instinct maternel, une pure construction sociale, voire une vaste blague ontologique. Comment ne pas éclater de rire face à cet étrange paradoxe: élever un gosse dans les règles de l’art, c’est rendre indépendant une progéniture totalement dépendante et ingrate, un «petit pervers polymorphe» qui vous sucera jusqu’à la moelle et gâchera vos plus belles années pour qu’il vous quitte et vous conchie sur le divan d’un psy!

Un chiard est un obstacle à tout -à l’épanouissement amoureux, sexuel, intellectuel,  artistique, professionnel, économique- autant qu’un bouche-trou existentiel bien commode. A l’heure de la PMA et de la gestation pour autrui, vouloir se reproduire est d’une banalité consternante. Désormais, les gosses sont en libre fabrication. Et servent de faire-valoir et de béquilles narcissiques. Il suffit de jeter un œil sur les réseaux sociaux et sur les photos postées par des parents en manque de reconnaissance, pour s’en convaincre.

Or, il est une question qui demeure impensée, comme si le désir d’enfant était une évidence, comme si avoir un enfant allait de soi : y’a t-il une seule bonne raison de vouloir un môme?

Face au vertige de l’existence, nous faisons des gosses, pour un tas de mauvaises raisons: se rassurer, se prolonger, réussir à travers eux ce qu’on a raté, combler un vide, faire comme tout le monde, répondre à un désir de tout puissance.

Ecrasante responsabilité de donner la vie à un être qui n’a pas demandé à naître. Etre parent est une expérience, une épreuve irréversible qui exige une abnégation et une  force psychique hors du commun pour être digne de relever le défi. Une fois l’enfant mis au monde, il reste à l’adopter.

Aussi, interrogeons, en amont, l’expérience de la parentalité, questionnons les motivations qui nous poussent à devenir parents -cette enquête renvoie la question des enfants aux seules femmes, comme si les hommes n’étaient pas concernés par le sujet- et tentons de prévenir les basculements psychiques qui mènent à noyer, congeler ou traumatiser la chair de sa sa chair. Faute de quoi, nous continuerons à jouer les vierges scandalisées à chaque infanticide.

Sans oublier que, finalement, les seuls dont on soit sûrs qu’ils font un choix délibéré et rationnel sont ceux qui n’en font pas. L’avenir appartient aux nullipares: il est bien plus divertissant de jouer au docteur qu’à la poupée…

par Agathe André

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