La fille aînée de la laïcité
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Les musulmans ont un point commun avec les Alsaciens et les Mosellans: ils n’étaient pas tout à fait Français en 1905. C’est pourquoi, aujourd’hui, les trois départements n’ont pas une séparation marquée entre l’Église et l’État, et c’est aussi la raison pour laquelle l’islam n’est pas perçu comme une religion «française». Qu’est-ce qu’une religion qui n’est pas «française», me direz-vous? C’est une religion dont la critique peut venir aussi bien du mécréant laïc que du raciste nationaliste.

La religion «française» ou catholique, elle, passa naturellement par la loi de 1905. Pour cela, il en a fallu des blasphèmes, des dessins de Jésus empalé, des récits où la vierge Marie était sodomisée… oui, il en a fallu des actes impies pour qu’enfin on décide que les histoires de Dieu et du petit Jésus, eh bien on en avait assez chié avec ces conneries! Ainsi, en 1905, ils décidèrent que la religion n’avait plus à sortir de la sphère privée, car dorénavant il était hors de question d’avoir la «Trinité» comme «guide» politique.

Arrivé après ce débat sur la place de la religion dans la société, l’Islam apparaît aux yeux de la grande majorité de nos concitoyens comme une religion «étrangère». Bien que Mahomet et Jésus soient des prophètes originaires du Moyen-Orient, les catholiques sont persuadés d’être le berceau de l’Europe. Je sais que c’est con, mais quand on croit qu’un bonhomme marche sur l’eau, on peut comprendre que ses fidèles soient assez peu regardant avec le réel pour représenter, sur les croix, un Jésus aussi blanc que le cul d’un Norvégien.

Dans cet imbroglio de ressentis sur la religion musulmane, l’extrême droite via les nationalistes, et autres partisans du Front National, en appellent même à la laïcité. Ne nous leurrons pas sur cette laïcité de circonstance qui ne concerne que les abonnés des mosquées pour mieux s’arrêter aux portes des églises. L’extrême droite est toujours présente dès qu’il s’agît de «défendre» les «valeurs chrétiennes» de la France en menant par exemple des actions contre l’IVG, en luttant contre le «mariage pour tous»… le tout au nom des principes de l’église dont, parait-il, la France serait la fille aînée.

Puis viennent, à l’extrême gauche, ceux qui voient l’islam comme une religion «exotique». Eux aussi pensent que les «enfants d’Allah» ne sont pas comme les «fils de Dieu» mais pour d’autres raisons. C’est pourquoi ils souhaitent que la religion musulmane ait des traitements particuliers… qu’ils finissent par trouver normal qu’une femme soit voilée pour justifier la susceptibilité, et le côté soupe au lait, de certains musulmans. Curieux argumentaire néocolonialiste de la part de ceux qui, paradoxe à part, exècrent le colonialisme.

Il faut bien se rentrer dans la tête que les musulmans vivant en France sont Français. Ils ne sont pas des «invités», ou des gens que l’on tolère, non! Ils sont des nôtres, ils sont «nous!» Et c’est à ce titre que leur religion ou leur croyance ne doit pas être prise avec plus de pincettes que celle de la clique du Vatican.

Ce qui est à pleurer de rire, c’est lorsque les blasphémateurs sont accusés «d’islamophobie», comme si, par exemple, on pouvait dire d’un journal comme Charlie hebdo ou de l’essayiste Caroline Fourest qu’ils sont «christianophiles!»

Que les fanatiques accompagnés des «escrocs de l’islamophobie» comprennent bien que c’est au nom des Dieux que l’Homme pend, tue, lapide partout dans le monde. Alors quand vous voyez un dessin, un roman, une chronique, une pièce de théâtre, qui raillent les tabous religieux ou qui se fichent de ce qui vous est sacré… eh bien ce n’est pas moins le petit blasphème qui vous dérange que la probabilité qu’à force d’entendre crier que le ciel est vide, vos «brebis» ne finissent par vous rendre seuls responsables de vos abominations.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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