Fleur, reine des pommes
Par Virginie , le 4 novembre 2014

Virginie, mais que diable allons-nous faire dans cette galère?

Virginie par Babouse

Dans la hiérarchie des représentants de l’Etat, ministre c’est tout de même le dessus du panier, un peu l’équivalent de cardinal chez les culs-bénis. Et sauf à vouloir se faire tirer des tomates à la figure, à l’exemple de Fleur Pellerin, notre actuelle ministre de la culture, il lui faut logiquement composer avec les règles du système qu’il incarne, ou dans une perspective plus cynique, sauver, au moins, les apparences.

« Le paraître du prince » -de la princesse-, comme dit Machiavel, Fleur semblait pourtant maîtriser quelque peu. En substance, ça fonctionne ainsi : on parade, on décerne des récompenses, des honneurs, on sert des paluches, on cire pas mal de pompes, on ignore discretos la masse silencieuse, et pour ceux qui braillent trop, blâmer, s’insurger et éventuellement pardonner. Bref, pas beaucoup plus compliqué qu’à l’école primaire, le rêve et les illusions en moins.

C’est ainsi qu’après avoir butiné de fleur en fleur, ou plus exactement de ministère en ministère, Fleur a décidé d’asseoir son nouveau et prestigieux statut de cultureuse en chef. « La fin justifie les moyens » dit aussi Machiavel, et Fleur, en toute hypocrisie, de se faire passer pour une femme de lettres doublée d’une esthète : « Emue, heureuse et fière de ce magnifique Prix Nobel, tweete-t-elle l’œil humide. Profonde admiration pour l’œuvre de Patrick Modiano, si justement récompensée. »-alors que bon faut pas déconner non plus, comme tout un chacun elle a autre chose à foutre, entre les notes, les dossiers et les dépêches AFP, que de se farcir les problèmes existentiels de scribouillards à la con.

Mais les plaisanteries les plus courtes sont toujours les meilleures. Et après ses foutaises sur son admiration profonde pour l’œuvre de Modiano, Fleur n’a rien trouvé de mieux que de remettre le couvert. Las! le couplet sur « l’étonnante rencontre » avec l’écrivain lui-même au cours d’un déjeuner où elle s’est, précise-t-elle, particulièrement fendu la poire, lui est, en tout état de cause, resté en travers de la gorge. Et la fleur de nave a dû cracher le morceau et accessoirement, dans la soupe. Poussée par une journaliste dans ses derniers retranchements, mise en demeure de citer une œuvre du merveilleux Modiano, le-dernier-prix-Nobel-français, la ministre de la culture dut avouer que son admiration, c’était bel et bien du flan. Une de ces mesquineries politiques ordinaires pour se hausser du col et briller auprès des crédules. Enfin, médiocrité suprême, Fleur, telle une élève n’ayant pas appris sa leçon, a trouvé pitoyablement une excuse pour justifier son ignorance crasse. Débordée, voyez-vous, par ses obligations professionnelles, elle n’a même plus une minute pour ouvrir un bouquin. Si je peux me permettre un jeu de mots, c’est tout de même le bouquet ! Car, ironie du sort, c’est précisément par ce genre d’excuses bidon que la littérature et la culture dans son ensemble, sont reléguées au rang de simples divertissements auxquels on s’adonne uniquement faute de mieux. A tout prendre ce serait pourtant pas une si mauvaise idée de laisser un peu de côté les réseaux sociaux, les buzz, les télé-réalité, lâcher un peu l’iPhone, l’actualité, l’immédiat, le jetable, le consommable au profit de valeurs autrement plus solides et enrichissantes (c’était ma minute ministre de la culture relou). Bad buzz donc pour Fleur qui loin de promouvoir la culture en question, la vide, par son manque d’intégrité et de panache, de toute consistance.

Moralité : contrairement à ses petits copains du gouvernement, à n’en pas douter tout aussi faux-culs que lui, le ministre de la culture part avec un sérieux handicap. C’est que, dit l’adage, « la culture c est comme un parachute, quand on n’en a pas, on s’écrase ».

C’était mon coup d’épée dans l’eau, plouf!

par Virginie

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