Un fromager attaqué à la bombe veggie
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Qu’est-ce que le terrorisme ?

Vaste et épineuse question qui pourrait tout à fait figurer comme prochain sujet de philosophie du bac à la place de «qu’est-ce que la morale?» ou «pourquoi faut-il citer vingt-huit auteurs pour un sujet de philosophie du bac?», questions existentielles auxquelles on peut aisément répondre par: «pour faire rien qu’à nous embêter». Bien entendu, si l’on s’en tient à BFM entre la mâche et le plat de flageolets, ou aux discours de son garagiste pendant qu’il change le joint de culasse alors qu’on a juste crevé dans un rond-point, le terrorisme est facile à définir puisque ce sont les barbares arabes à barbe qui rendent gloire à Allah avant de se faire sauter le bas-ventre à la ceinture explosive pour la modique somme de 72 vierges et une chicha fraise-pomme. Comme me l’a justement fait remarquer un illustre personnage de mon entourage par alliance qui a oublié d’être con sinon il serait pas dans la police: «tous les musulmans ne sont pas terroristes, mais tous les terroristes sont musulmans». Le FLNC, l’ETA, Action Directe, l’OAS ou la LDJ seront ravis de l’apprendre.

Dans la nuit du 18 au 19 mars dernier, un attentat à la bombe de peinture a été commis dans le Vieux Lyon sur la vitrine innocente d’une fromagerie, la Crèmerie Lyonnaise. Daesh aurait bien revendiqué mais comme on ne fait pas de fromage avec du lait de truie et qu’il n’y a eu aucun porc mécréant démembré pendant l’opération, ça aurait été contre-productif pour leur image de marque. C’est une autre organisation qui s’en est chargée en noir sur crépis, à même la façade du commerce; l’ALF, le Front de Libération des Animaux, entre autres mots vindicatifs tels que «lait = meurtre», «lait = viol» ou «go vegan» qui est l’équivalent du Allah Akbar pour le mangeur de racine. On notera que le vegan, comparé à l’islamiste, a au moins le savoir-vivre élémentaire de ne pas faire de boucan après 22h quand il commet ses crimes, ce qui permet aux voisins de continuer à dormir sur leurs deux oreilles plutôt que d’être réveillés par des mitraillages intempestifs d’AK47 tapageur.

On apprend que l’ALF est une organisation antispéciste ; pour leurs membres, la vie d’une drosophile a la même valeur que celle d’un épagneul breton que celle de leur grand-mère et, le cas échéant, s’ils venaient à être en train de crever de faim, ils préfèreraient se laisser mourir plutôt que bâfrer une entrecôte ou un filet de rouget. On peut gager que le vegan n’a jamais vraiment été, de près ou de loin, en train de crever de faim. Tous les vilains carnistes d’Afrique Noire opinent, en rousiguant un tibia d’antilope en décomposition. En gros, le vegan file du tofu et des courgettes à manger à son chat. Que fait-il quand son chat lui ramène une souris morte en cadeau, c’est un mystère aussi insondable que les trous noirs ou le 25% d’Emmanuel dans les sondages.

L’ALF serait également une organisation classée éco-terroriste, c’est-à-dire qu’ils font du terrorisme bio dans le respect de tous les animaux inférieurs à l’homo sapiens et ce, sans émission de gaz à effet de serre. Depuis janvier, plusieurs dégradations sont à mettre sur leur compteur personnel avec notamment deux boucheries bordelaises et une autre lyonnaise, soit essentiellement des commerces de proximité qui bossent avec les producteurs locaux et fournissent des produits de qualité issus d’animaux traités avec respect. En revanche, aucune attaque contre les immenses abattoirs qui broient bovidés, ovidés et volailles par paquets de mille pour fournir les supermarchés en viandes maltraitées. Faut reconnaître que c’est plus facile de s’en prendre à un petit commerçant qui ne peut rien plutôt qu’aux magnats surpuissants d’Auchan ou de Leclerc. On risque moins de prendre une balle dans la nuque. De la même façon, c’est plus facile de s’en prendre à des gens qui boivent un verre en terrasse plutôt qu’à ceux qui ont directement décidé de ravager ton pays.

Au final, un terroriste, c’est juste un mec qui taille le haut de la canopée pour s’en prendre à la racine d’un problème.

(l’info originale sur le site de Rue89)

Par Romain Rouanet

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