Front de veau contre crâne de bœuf
Par Naqdimon Weil

NAQDIMON fait son malin

D’habitude, moi, la politique, ça m’intéresse. Et quand ça ne m’intéresse pas, au moins, ça me fait marrer. Ça doit être ça, « Être Charlie » et le demeurer, c’est prendre les choses sérieusement à la déconnade, c’est rire de ce qui nous semble important, de peur d’avoir à s’en émouvoir trop. Bref, en gros, la politique, jusque là, j’aimais bien.

D’ailleurs pour les réseaux sociaux, c’est tout pareil, j’adore ça. Pour être honnête, je n’apprécie que Facebook, les 140 signes de Twitter et sa cohorte de débiles profonds qui avancent masqués et qui ne pratiquent que l’insulte, moi, ça m’emmerde. Mais sinon, sérieux, j’aime beaucoup les discussions sans fin, les arguties à tort et à travers, les bagarres de comptoirs et les analyses à la truelle. Franchement, ça détend, après une journée de boulot. Enfin, ça détendait.

Parce que là, tout le monde est de devenu taré, dingue, malade, hystérique, revanchard, haineux, méprisant et encore, je reste poli. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais ce qui est certain, c’est que c’est arrivé. Tenez, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai lu sous la plume électronique d’une hamoniste déchaînée le terme « franquiste » pour désigner Valls. Franquiste ? Elle a fumé toute la moquette ou quoi, la dame ? Et encore, je pouvais toujours me dire que c’est une quiche, une tourte, une folle furieuse. Mais quand une camarade de soirée part dans le même genre de délire, envoyant les soutiens de l’ancien Premier Ministre aux enfers, on voit que le cloaque bouillonne. Notez, ce n’est pas tellement mieux de l’autre côté, avec des amis de Droite – oui, j’ai des amis de Droite, je trouve ça chic – qui m’expliquent que nous sommes au bord du chaos, de la ruine, de la guerre civile et que Hollande, après avoir tiré à vue sur tous les chefs d’entreprise, fait la chasse à la médecine libérale par haine de celle-ci tout en libéralisant la Sécu par détestation des pauvres. Et je vous passe l’ensemble des cris de haine qui fusent sous les hurlements de mépris et les vagissements de puissance. La Gauche d’où je viens – et dont je me barre en courant vu que je n’ai pas de passion pour les dîners de famille qui tournent au pugilat alcoolisé – ressemble à une solderie où les camelots les plus bruyants vendent du Marx décati à l’encan, pendant que la Droite fait la danse du scalp autour du tombeau de De Gaulle, tant elle manque d’idées, d’avenir et de principes. Non, contrairement à l’antienne des amis de l’extrême-Blonde et des amateurs de Trotsky, ils/elles ne sont pas tous pourris, absolument pas. Ils/elles sont simplement tous imbéciles. On attend Richelieu, on espère Mazarin, on se retrouve avec le curé de Camaret, et encore, pas en grande forme.

La preuve ?

Le Pen est annoncée au second tour. Et à qui s’attaquent Fillon, Hamon, Mélenchon ? À Macron. Pour être sûrs d’y être à ce foutu second tour et de devenir le bouclier républicain et le sauveur de la Démocratie. C’est navrant de stupidité politique. Et donc, les joyeux militants de la militanterie militantiste militantisée se répandent sur les réseaux sociaux comme des merdes molles sur des pierres chaudes afin de montrer du doigt l’adversaire en ignorant superbement l’ennemi. En utilisant le fond de bidet des arguments les plus sales et les plus bêtes contre X, Y ou Z, afin de faire le buzz. Et en vomissant les soutiens d’en face, forcément menteurs, traîtres, salauds et pourris. Et surtout, en évitant de parler de Le Pen.

Il y avait une vieille vanne qui racontait que Dieu réunit Staline, Truman et De Gaulle et leur accorde un vœu, n’importe lequel. Staline exige la destruction immédiate des ignobles impérialistes américains, Truman répond par une exigence de l’annihilation totale des Rouges. Et De Gaulle, constatant que les deux vœux étaient réalisés, demande juste un petit café.

Marine Le Pen sirote son café. Et c’est nous qui le lui sucrons.

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

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