Fume, c’est du grec
Par Chraz , le 12 mars 2013

CHRAZnique

Samedi après-midi, Jeannette a joué « J’veux du bonheur ! » au premier Festival « autour de la femme » de Montélier, dans la Drôme (programmé par Hassan), devant une bonne centaine d’enfants de 4 à 84 ans, ça s’est super bien passé, merci. Et le soir, on est resté pour assister au spectacle de Louise Bouriffé, « La cigale a le tournis », un petit bijou de fantaisie survoltée, un voyage en Amérique totalement loufoque agrémenté d’imitations et de bruitages hyper réalistes, à la fin duquel elle nous offre en bonus une leçon d’histoire vulgarisée, en nous mimant la guerre de Troie, un pur moment de bonheur.

Merci Louise, et en plus, tu m’as donné envie de ressusciter la mémoire d’un riche athénien, Thucydide, homme politique et historien, né vers 460 avant JC, ou vers 2390 avant Jacques Chirac, selon que vous préfériez le clouté du 1er ou l’escroc du 20ème. Ce qui est incroyable, c’est que ce grec avait non seulement prévu la crise, mais aussi anticipé l’attitude de Gérard Depardieu avec 24 siècles d’avance ! Et pas seulement celle de Gérard, mais aussi celle de tous les bons français qui le traitaient de salopard parce qu’il était prêt à tout pour éviter de payer ses impôts en France -même à cirer les pompes ensanglantées de Poutine-, et qui n’attendent que le feu vert de Bruxelles pour se ruer en Espagne ou en Belgique acheter des cigarettes détaxées, merci l’Europe !

Comment ça, ce sont des enfoirés aussi, comme Gégé ? Mais pas du tout. Selon qu’on soit riche ou pauvre, l’honnêteté, ça n’est pas pareil. Un mec pété de tunes qui préfère mettre les quelques centaines de millions d’euros dans un yacht ou un jet privé plutôt que de les donner au fisc, c’est une ordure, mais un pauvre, ou disons, une personne pas vraiment riche qui essaye de gratter, c’est normal. A un petit niveau, le vol n’est pas du vol, c’est de l’économie. Il va d’ailleurs sans dire que tous ces simili pauvres-là, s’ils deviennent un jour aussi riches que Depardieu –à force d’économiser sur leurs clopes, par exemple-, c’est avec plaisir qu’ils verseront une bonne partie de leur fortune à l’Etat pour partager, en souvenir du temps où ils en avaient besoin. Pas vrai, les gars ? Mieux que ça : s’ils attrapent un cancer en fumant du tabac ramené d’Espagne ou de Belgique, ils mettront un point d’honneur à refuser de se faire soigner chez nous, puisqu’ils n’auront pas contribué à l’équilibre de la Sécu. Bravo, on écrira sur leurs tombes « Mort pour la France ».

Comme le disait Thucydide : « Tout homme tend à aller jusqu’au bout de son pouvoir. », ou « Le fort fait ce qu’il peut faire et le faible subit ce qu’il doit subir. », ce qui revient au même. Et comme on va pouvoir le constater bientôt, en voyant les bons français faire la queue aux frontières er ramener de pleines bagnoles de cartouches après avoir fait leur plein moins cher, chacun fait ce qu’il peut selon ses moyens. Le problème, c’est de trouver la frontière entre le bien et le mal. C’est jusqu’à combien, qu’un bon citoyen a le droit d’essayer d’échapper au fisc sans passer pour un égoïste ?… Euh, jusqu’au montant que je gagne. Au-dessus, ce serait dégueulasse.

Et il ne disait pas que ça, Tutu, il faisait l’éloge de la résistance : « Il est dans la nature de l’homme d’opprimer ceux qui cèdent et de respecter ceux qui résistent. », ce qui était courageux pour un fils de propriétaire de mines d’or et de forêts, c’est-à-dire du côté du manche. Il faisait aussi l’éloge de l’intrépidité : « L’épaisseur d’une muraille compte moins que la volonté de la franchir. ».

Au passage, il encourageait tous ceux qui se remuaient pour essayer de faire bouger les choses, et il méprisait déjà les fainéants vautrés devant leur télé à ne rien faire : « Un homme qui ne se mêle pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile. ».

Par contre, Tutu n’a pas été tout à fait visionnaire quand il a déclaré : « Il est dans la nature de l’homme d’opprimer ceux qui cèdent et de respecter ceux qui résistent. ». C’est sans doute vrai, mais pas pour lui, parce qu’à force de résister, il a fini assassiné. Mais on ne sait pas si c’est par le MEDEF, par Michel Drücker ou par Jean-Pierre Pernaud.

Merci à Louise Bouriffé pour cette page pédagogique, qui nous a permis d’aller nous faire voir chez les grecs, et vive la culture d’Arte déguisée en divertissement ! A propos de la Journée de la Femme, je viens d’apprendre une chose passionnante : figurez-vous que quand elles sont enceintes, leurs pieds s’allongent.

Par contre, quand les rédacteurs de « Féminin actu » ne savent plus quoi écrire, ou quand ceux du Figaro lancent des questions à la mord-moi le nœud comme « Pensez-vous que Nicolas Sarkozy va revenir en politique ? », histoire de couvrir le bruit des casseroles qu’il a au cul, leur envie de fermer leur gueule ne raccourcit pas.

par Chraz

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