Gêne éternelle
Par Guillaume Meurice

Guillaume MEURICE défraye sa chronique

« Pouvait on éviter ça ? » s’interroge la rédaction du journal Le Parisien. Ça ? Le énième sans-abri mort dans les rues du pays des droits de l’Homme ? La pénurie de lits disponibles dans les hôpitaux de l’assistance publique ? Marc Lévy une nouvelle fois en tête des ventes ? Que nenni.  Bien pire. Le spectacle obscène et traumatisant d’une Laguna Turbo Diesel patinant frénétiquement sur la chaussée, d’une Scénic verte métallisée dérapant sur une plaque de verglas, ou d’une Twingo à crédit prise au piège d’un enfer pourtant venu du ciel.

Car c’est bel et bien la neige qui s’est à nouveau retrouvée au centre de toutes les préoccupations médiatiques. D’où une légère impression de déjà-vu pour le citoyen attentif et habitué à retrouver tous les ans cette actualité mise à l’honneur dans la presse.  Un marronnier bien vivace et apte à alimenter de nombreuses feuilles, même en plein cœur de l’hiver.

D’où  cette interrogation légitime sur l’éventualité d’anticiper ce genre de désagrément ? Pouvait-on réellement éviter ça ? La réponse est oui. Il suffisait d’équiper tous les départements de France d’un arsenal de chasse-neige et d’une armada d’épandeuses à sel. Ceci pour quelques jours par an, et le tout au frais du contribuable. Une priorité bien singulière dans un pays prétendu au bord de la faillite, et une décision qui aurait pour particularité de réjouir l’automobiliste imposable autant que de le contrarier.

De plus, devons-nous absolument nous priver de quelques jours de pause et des joies de la poudreuse ? Faut-il absolument vouloir toujours se positionner contre les éléments naturels, voire les considérer incessamment comme un problème. Trop chaudes, trop froides, trop humides, trop sèches seront toujours les conditions climatiques pour l’Homme moderne, éternel insatisfait par ce qu’il ne pourra jamais intégralement maitriser. Pressé par le temps qui passe. Stressé par le temps qu’il fait.

Pourtant, quel plaisir de le prendre comme il est. Et flâner le nez au vent d’hiver. Près des aéroports par exemple, pour contempler des merveilles de technologies aéronautiques, symboles de la victoire du génie humain sur l’apesanteur, clouées au sol par quelques malheureux flocons. Observer avec délice ces monstres immobiles et impuissants face au moindre caprice de la nature, en allégorie parfaite de l’état actuel de l’humanité. Et savourer le silence enneigé d’un colosse aux pieds d’argile sans semelle antidérapante.

Puis, plutôt que de se demander s’il eut été possible d’éviter ça, s’interroger plus sincèrement : « Fallait-il éviter ça ? »

par Guillaume Meurice

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