Glissement progressif du politique

par | 26 Nov 2019

NAQDIMON fait son malin

Parmi les aimables lecteurs qui me font l’honneur de me suivre, il doit bien se trouver un ou deux cinéphiles assez enragés pour avoir compris la subtile allusion au film de Robbe-Grillet, « Glissement progressif du plaisir ». D’accord ça ressemble plus au titre d’une production Marc Dorcel qu’à celui d’une œuvre torturée du plombant écrivain, mais c’est comme ça. Et en plus, on s’en fout, vu que ce n’est que pour le titre que j’ai piqué la formule à l’auteur en question.

Bref.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les choses changent. Sous ce peu subtil poncif, j’entends que des invariants commencent à varier et que même avec la meilleure volonté du monde, il devient difficile de s’en tenir à ses repères habituels. Tiens, moi qui vous cause, pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, j’ai entendu sur une radio à la fois publique et généraliste un journaliste expliquer le programme de Boris Johnson pour les élections de décembre chez les Grand-Bretons. 50 000 infirmières de plus pour le NHS, la Sécu anglaise, recrutement de 6 000 toubibs généralistes supplémentaires, on rajoute aussi 20 000 flics, préservation du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, plus de cadeaux fiscaux aux plus riches, le tout sans augmentation d’impôts ou de TVA. Un vrai beau programme (presque) de Gauche. Sauf qu’il est de Droite, le gugusse, et pas de la Droite la plus humaniste, non, un bon gros libéral pas social pour un rond. Ça fait bizarre tout de même. Mais, bon, me diront ceux qui ont envie de causer, ce n’est pas pareil, c’est chez les Godons et ces gens-là ne sont pas comme nous.

Certes. Mais en France, ce n’est pas si différent. Après l’épisode « À Droite toute ! » du regrettable Wauquiez, voilà que les édiles de Les Républicains se défoncent le neurone à politique en pensant aux plus démunis et en hurlant à la haute trahison lors des privatisations d’ADP et de la Française des Jeux. On se pince pour y croire, mais la Droite française tient des discours sociaux-démocrates – tout en voulant toujours virer les étrangers en « situation irrégulière », faut pas déconner non plus, y a des sujets sensibles, tout de même – que n’auraient pas forcément désavoué la vieille garde de Solférino (oui, je sais, mais je ne connais pas l’adresse de l’EHPAD où grenouille ce qui reste du PS), enfin, celle qui n’est pas partie chez Macron avec armes et bagages. À la limite, ça fait peur.

Mais pas tellement plus peur que le virage religieux de la Gauche, surtout de la Gauche de la Gauche de la Gauche de Mes Deux, qui se précipite, drapeau rouge en avant pour aider le premier fondamentaliste qui passe. Les héritiers de Combes et de Jaurès pissent à vessie rabattue sur la Laïcité, qui serait, selon les plus psychopathes d’entre eux, un instrument raciste de division de la société, rien que ça. Et c’est les descendants de la Droite la plus conne du monde, voire de l’extrême-Droite catholique, qui viennent à la rescousse de la loi de 1905 ! On croit rêver, enfin, plutôt, cauchemarder. Et on ne va oublier que ceux qui se réclament de la pensée humaniste vomissent désormais l’internationalisme, soutiennent la moindre velléité sécessionniste et identitaire, préférant défendre le droit à la religion plutôt que celui à l’égalité.

D’un autre côté, les associations féministes soutiennent des indigénistes, séparatistes, promotrices de la non-mixité, qui étaient avec les bas-du-Front de la Manif pour tous ou soutenaient la Journée de retrait de l’école contre les Abécédaires de l’égalité. Que ces cintré-e-s – ne me lancez pas sur l’écriture inclusive ou je sacrifie un grammairien sur une pile de Bescherelle ! – souhaitent revenir sur des droits acquis par les femmes après d’âpres combats, on s’en branle, apparemment, au Planning familial ou à la Ligue des droits de l’Homme, tant qu’on porte le joli fanion de la Vraie Gauche avec des vrais morceaux d’inconscience politique dedans. C’en est à se taper la tête contre les murs.

Manquerait plus que Mireille Matthieu se prenne à vouloir être vedette du rock’n’roll pour que ce soit totalement et définitivement le bordel !

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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