Grand Débat-nouna
Par Christophe Sibille , le 29 janvier 2019

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Non, ma chère lectrice. Même si je sais que cela t’aurait bien fait plaisir de lire, par l’intermédiaire de mon clavier aussi acéré que plein de miettes, une remise au point-synthèse rapide, (oui, en général, on dit plutôt: «un debriefing», mais j’ai décidé de ne plus employer d’anglicismes. Tout au moins jusqu’au week-end prochain), de cette fameuse émission liée au grand débat national. Co-animée par un spécialiste du lasagne à la moule et d’une cruche gouvernementale, ministre, et antérieurement autrice de romans-pornos pour érotomanes analphabètes.

Et puis, j’en ai vu passer tout petit extrait qui m’a mis en joie. Par un comédien qui me réjouit souvent. En tant que comédien, parce que pour le reste, en général, bon. Mais là, il a dit textuellement une ou deux phrases que je revendique en totalité, je le cite: «c’est comme l’éducation nationale, il faut absolument amuser les enfants à l’école, sinon, ils s’ennuient en apprenant quelque chose. Eh bien, moi, je suis pour l’ennui à l’école.»

Merci, Monsieur. Quatre décennies de Meirieu, d’apprentissage de la lecture sur un prospectus publicitaire parce que les fables de la fontaine, c’est gonflant, d’élève au centre du système, et autres pipes idéologiques, (oui, j’ai décidé de parler comme notre président, des fois qu’il y ait un poste de garde du corps à pourvoir), destinées surtout à remplir le compte en banque des apparatchiks pédagogistes. Tout en vidant les programmes de leur contenu. Remplaçant l’intérêt incoercible et la jouissance des neurones potentiellement éprouvées par l’élève lors de l’acquisition de ces trésors de connaissances diverses par le profond ennui que revêtent les dispositifs imbittables destinés à leur faire apprendre du vide.

Tiens, dans la série: «les gens de spectacle volent au service des profs qui gueulent depuis des décennies dans le vide contre les théoriciens de la pédagogie qui leur chient dans les bottes», Omar Sy, je cite à nouveau, dans une autre émission que je sais pas ce que c’est: «moi, sans me la jouer, au collège, à Trappes, j’avais 20 partout, je me prenais pour un génie, et quand je suis arrivé au lycée, j’ai vu que j’étais simplement moyen.» L’autre drame des réformes de ces quarante dernières années qui, sous réserve de «collège unique», décide que les élèves de certaines banlieue sont des sous-développés neuronaux en leur concoctant des programmes dans lesquels on attend qu’ils soient en troisième pour leur apprendre que deux plus deux font quatre et où on leur met plein de gommettes vertes s’ils ne confondent un infinitif et un participe passé qu’une fois sur deux.

Hé oui, sous couvert d’égalité des chances, on gonfle un petit d’humain à l’hélium avant de le mettre à l’eau pour lui faire croire qu’il sait nager.

Et après, on s’étonne si la ministre suce-nommée, (ô ma lectrice, je me permets ce lape-suce grivois eu égard à la profession anté-ministérielle de la donzelle suce-citée, merde, décidément, ça continue à m’échapper, sans que je le suce), Marlène Schiappa, donc, dit, dans l’émission consacrée au «grand débat» qu’elle anime avec le dénonceur d’homos en direct, textuellement la phrase suivante: «Moi, j’voudrais dire, ce qu’on est en train de faire là, les téléspectateurs peuvent le faire chez eux. C’est à dire que le grand débat, un atelier du grand débat, ça peut être n’importe-quoi; dimanche, vous aller manger chez votre belle-mère, vous allez être huit-neuf autour de la table, ben c’est plus une engueulade, c’est un atelier du grand débat national!!!»

Marlène, à ta décharge!!! Heu, pardon. Il faut dire, Marlène, à ta décharge, que ce n’est pas moi qui ai dit que c’était n’importe-quoi! Ben non, c’est toi! Et puis, merde alors, si on n’a pas de belle mère, on fait comment, pour débattre?

Pour résumer, on se demande, avec cette dégringolade olympique de niveau que nous montrent tous les jours l’école, les émissions de divertissement, la politique, et, gâteau sous la cerise, ce pahétique mariage entre les deux derniers, jusqu’où l’intelligence et le jugement vont sombrer chez ceux qui n’ont même pas, comme Marlène Schiappa, l’opportunité du bénéfice d’une licence de sciences de la communication par validation des acquis.

Voilà le cheminement amenant des êtres, dotés d’une ouïe normale à la base, (entre autres), à croire sincèrement que la bande sonore des «demoiselles de Rochefort» produit un orgasme esgourdien digne de celui de «dom Giovanni» de Mozart.

A lire les critiques dithyrambiques provoquées par la disparition de leur compositeur, je crains bien qu’on en soit arrivé là…

par Christophe Sibille

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