Haro sur Charlie-Hebdo
Par Anthony Casanova , le 19 mai 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Tel un Président n’ayant que 100 jours à passer les doigts de pied en éventail, Charlie-Hebdo n’a pas eu droit à plus de tranquillité avant de se prendre régulièrement des seaux de merde dans la presse. Comme si ça ne suffisait pas de vivre dans la peur, d’être constamment sous protection policière, de se sentir anéanti par ce putain de 7 janvier, voilà l’équipe épiée par les médias qui prennent un plaisir morbide à faire les gros titres des petits malheurs de l’hebdo satirique. La moindre larme d’un dessinateur, les délires d’une ancienne amante d’un homme assassiné, une porte qui claque, c’est du caviar pour les charognards.

C’est le complexe d’Orphée : vous descendez aux Enfers sous l’œil effaré des passants, vous en revenez sous leurs bravos, mais un moment de doute lors de l’ascension, et on vous dégueule à souhait. Vous connaissez les héros… on les aime le temps d’un opéra mais ensuite on en fait des salauds.

Puisque c’est la question à la mode, je me prête au jeu du « c’était quoi le 7 janvier ? »
Généralement ma flemme m’empêche de disserter sur des questions aussi connes que « les lapins ont-ils des plumes ? » mais je vais faire une exception pour Emmanuel Todd et ses satellites :
Eh bien le 7 janvier, des femmes et des hommes furent exécutés parce qu’ils faisaient de l’humour. Le peuple apprenant la nouvelle fut triste. Alors comme le peuple n’aime pas pleurer seul dans sa chambre, il est sorti dans la rue pour dire au monde qu’il était triste. Triste et en colère. Certaines personnes, qui font le peuple, ont même donné un peu d’argent à ce journal soit en l’achetant soit en faisant des dons. Ils n’ont pas donné du fric au Charlie de demain ni au Charlie/Hara-Kiri d’avant hier, mais simplement de l’argent pour le Charlie de ce putain de 7 janvier.

Le peuple n’a pas donné d’argent à Riss, à Luz, à Zineb El Rhazoui, à Patrick Pelloux, ou à qui que ce soit mais à un journal. Le peuple n’a pas dit : «  je te donne du fric donc je dois tout savoir de toi », le peuple a donné du fric en demandant à ce journal d’essayer de survivre après l’horreur. Alors, qu’on se mêle de la vie interne de ces femmes et ces hommes qui composent Charlie, c’est indécent. Qu’on suive comme un mauvais feuilleton les aléas d’un journal en lui imposant après le sang : la crasse, c’est à vomir. Si l’équipe souhaite se séparer d’une collaboratrice, qu’elle le fasse. Si un dessinateur souhaite quitter le journal, qu’il le fasse. L’important c’est que Charlie-Hebdo puisse trouver la force de se reconstruire et d’avancer.

Bien que je comprenne ou plutôt que j’imagine la souffrance des uns et des autres, il est affligeant de voir le « linge sale » se laver en public. Quel est le but si ce n’est la conséquence de ternir l’image du journal ? Surtout que les associés actuels de Charlie ont pris l’engagement absolu à ne percevoir aucun dividende sur les ventes depuis le 7 janvier, et que les dons seront intégralement reversés en faveur des victimes. Alors à quoi bon s’exprimer par presse interposée ? On en a rien à foutre. Réglez ça entre vous, disputez-vous, rabibochez-vous, mais gardez ça pour vous !

Tous les journaux ont leurs problèmes, leurs difficultés, leurs tensions… Charlie en avait avant le 7 janvier, et personne ne s’en souciait – ça ne faisait pas le « buzz » – alors il serait élégant d’agir comme auparavant avec ce journal qui en a assez pris dans la gueule. Et que ceux qui se veulent des « médiateurs extérieurs » aillent se faire foutre. Laissez, laissons ce journal faire sa vie, peu importe qu’elle soit imparfaite. La perfection c’est pour les cons, les curés et les imams. Ce journal n’appartient qu’à lui-même.

Dans le Coq des Bruyères, nous continuons et nous continuerons à faire des appels aux dons pour Charlie-Hebdo tout en vous incitant à vous y abonner. Pourquoi ? Parce que Charlie fait un travail unique ! Doit-on rappeler que ce n’est pas un hasard s’il fut une cible malgré son faible tirage ? On ne décide pas d’abandonner un navire parce qu’il y a trois marins qui s’engueulent. Que Zeus me foudroie si au moindre coup de Trafalgar nous n’appelions pas à « prendre le quart ».
Je suis et RESTE Charlie.

par Anthony Casanova

PS : Le « Coq des Bruyères » est, pour des raisons qui nous concernent et nous regardent, un hebdomadaire satirique gratuit et sans pub. Nous n’avons jamais demandé de dons, et nous ne le ferons jamais. Cependant, effet « boule de neige », certains lecteurs nous ont demandé s’ils pouvaient nous aider financièrement… c’est très gentil à vous, mais si vous voulez soutenir la presse satirique : faites un don ou abonnez-vous à Charlie. Merci pour eux.

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