Hitler chez vos libraires
Par Coq des Bruyères , le 20 octobre 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Ce sont donc Les éditions Fayard qui auront la primeur de publier en 2016 l’unique œuvre d’Aldof Hitler… après avoir déjà édité, avec l’aval de l’auteur, ce même livre en 1938. C’est ainsi, chez Fayard, on est fidèle jusqu’au bout des ongles arrachés.
Certes, après quelques millions de morts, Les éditions Fayard vont y inclure quelques pages « critiques » à cette parution annoncée depuis 2011. Oh le beau projet ! C’est sûr qu’il fallait préparer minutieusement un coup pareil, pour enrichir leur collection comprenant déjà un livre du rappeur « Maître Gims » et un autre sur les 50 ans de carrière de Michel Sardou, une œuvre « majeure » dont on ne pouvait se passer.

Les éditions Fayard seront donc les premières à exploiter l’arrivée dans le domaine public du livre d’Hitler. Attention, pas toutes les éditions étaient sur le coup, on peut même annoncer, sans se tromper, que Fayard grille plus la priorité aux Éditions Alain Soral-Dieudonné qu’à la Bibliothèque de La Pléiade… mais, que voulez-vous, on a les concurrents que l’on mérite.

Bien qu’il soit important de servir le 5ème art, la publication d’un livre a un coup financier non négligeable, et il va donc falloir que la fine équipe de chez Fayard se mette à faire de la publicité ou plutôt de la propagande comme on disait à l’époque. Alors verra-t-on de jolis spots à la télévision nous annonçant, à grand renfort de musique angoissante, la parution du «livre le plus sulfureux de l’Histoire»? J’imagine les slogans à la radio tout droit dégueulés d’une agence de communication « top tendance » pour vous interpeller la curiosité :
«Le livre qui a fait plus de morts qu’il n’a de mots».
«Hitler : peintre? dictateur? ou simplement auteur?».
«Mein Kampf, le best-seller des pays analphabètes».
«La plume : plus forte que l’épée mais moins que les balles».

Oh oui chers lecteurs, venez sentir le souffre, imprégnez-vous de cette petite odeur putride en tournant les pages, régalez-vous du bon temps où l’on pouvait encore nommer un Juif : un youpin. C’est ça, c’est bon, ça pue, viens goûter du macabre, et pars nous placer Hitler en tête des ventes ! Ah la belle image au rayon d’un supermarché où Hitler trônera entre «Elle s’appelait Gourdasse » de Marc Levy et «Astérix chez les Connards». D’ailleurs quand on parle d’Hitler c’est souvent pour rebondir sur les Juifs… et qui dit « Juif », ce n’est pas Les éditions Fayard qui me contrediront, il faut aborder la question mercantile : Qui aura l’honneur de voir sur son relevé de compte en banque la ligne « Mein Kampf » avec les bénéfices qu’il en retire ? Combien Fayard empochera pour mettre à jour un livre qui a pour fait d’armes les atrocités de son auteur?

Ne me parlez pas des méfaits de la prohibition ou de la « censure », « Mein Kampf » était déjà disponible pour les universitaires et autres chercheurs travaillant sur Hitler. Il n’y avait aucunement besoin de l’ajouter à je-ne-sais-quel catalogue, et surtout de le mettre en vente.
je n’ai pas lu Mein Kampf et ne le lirai jamais. Pour ma décharge, il faut dire que je n’ai pas fini Balzac, et qu’il me semble avoir d’autres priorités littéraires que celle de me plonger dans les délires paranoïaques et antisémites d’un fou furieux qui donna à l’horreur un système politique.

Puisqu’on en parle, qui sera ce quidam accourant pour s’offrir « Mein Kampf »? Qui va se presser d’avoir cette immondice dans son salon?
1) Le fan qui s’était déjà procuré les chants du IIIe Reich produit par Jean-Marie Le Pen
2) Le curieux souhaitant égayer sa vie de merde avec un livre qui en est la quintessence.
3) Le rigolo voulant faire un cadeau « top borderline »
4) L’esthète à la con qui pensera être au summum de la pertinence en lisant la pensée du plus important criminel contre l’Humanité.

Le point commun entre ces quatre calamiteux : ils n’auront aucunement besoin des « pages critiques » qui serviront de cache-sexe aux Éditions Fayard pour justifier leur fascination pour Adolf Hitler depuis presque 80 ans.
Mais peut-être que Les éditions Fayard ne s’arrêteront pas là, et qu’ils prévoiront assez vite un illustré pour les enfants, avec une petite légende critique pour indiquer à nos chères têtes bondes de quelle couleur il faut colorier les étoiles des déportés.

par Anthony Casanova

PS : Le « Coq des Bruyères » est, pour des raisons qui nous concernent et nous regardent, un hebdomadaire satirique gratuit et sans pub. Nous n’avons jamais demandé de dons, et nous ne le ferons jamais. Cependant, effet « boule de neige », certains lecteurs nous ont demandé s’ils pouvaient nous aider financièrement… c’est très gentil à vous, mais si vous voulez soutenir la presse satirique : faites un don ou abonnez-vous à Charlie. Merci pour eux.

# [Les derniers articles de Coq des Bruyères]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette