Hors jeu

par | 16 Juin 2020

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause hebdomadairement sauf des fois rapport à que je fais autre chose, ben oui, j’ai aussi une vie en dehors, du Coq, si, si, je vous jure, bref, moi-même personnellement je, je m’apprêtais à vous parler d’un truc qui m’agace souverainement ces derniers temps et pas que ceux-ci d’ailleurs. Je voulais aborder le ton gentiment méprisant de certains proches, voire très proches, quand je parle de jeux, de rôles, de plateau ou de simulation, peu importe et le petit air dédaigneux qui accompagne la question « Ah, tu joues, toi ? À ton âge ? », avec ce regard un poil paternaliste qui aurait tendance à me donner des envies de coller des grandes baffes à ceux qui le produisent. Je me voyais déjà partir sur un ton patelin, aimable, souriant avant de dégainer la grosse artillerie et de défourailler dans le tas sans faire de détails. Parce que je suis comme ça, moi, y a des trucs, ça m’agace. Et puis surtout, comme je commence à trouver que je tourne un peu en rond dans mon déblatérage quasi-hebdomadaire, je trouvais qu’il était temps pour moi de revenir à l’essentiel, c’est-à-dire l’écume des choses, aux sujets sans importances, ce dont personne ne parle et qui m’amusent, bref, faire dans le léger.

Sauf que.

Sauf qu’hier, à Paris, il y a eu la manif contre les violences policières et pour la justice pour Adama Traoré. De cette dernière affaire, je ne vais rien dire, je m’étonne simplement que l’on réclame justice alors que celle-ci est passée. Je me doute que le jugement n’a pas satisfait la sœur de ce garçon mort lors de son arrestation, je peux la comprendre, mais j’aimerais bien savoir ce que « justice » signifie, précisément. Dans ce cas, est-ce qu’il y a déni de ladite justice si les proches de la victime trouvent que le jugement ne va pas dans leur sens ? C’est une remise en cause de l’ensemble de l’idée de justice, alors. Mais comme Assa Traoré dispose d’une contre-expertise mettant en cause les gendarmes responsables de ce décès, je veux bien faire l’effort d’admettre que cela mérite qu’on réouvre le cas. Je serais tout de même curieux de voir quelle sera la réaction de ses soutiens si, une fois de plus, les juges et experts donnent raison à la gendarmerie. Y aura-t-il eu justice, là ? J’ai des doutes.

Concernant les violences policières et le racisme dans la police, il y a des cas indéniables. Je ne vais certainement pas jouer les myopes là-dessus. Ces cas, font-ils de la Police dans son ensemble un corps d’État raciste et violent ? Là aussi, j’ai des doutes. De gros doutes. Des fachos dans la Police, il y en a, ils sont même certainement surreprésentés par rapport à l’ensemble de la population, certaines affaires récentes le démontrent. Est-ce que pour autant les forces de l’ordre de la République française sont un gros tas de racistes bas du front et brutaux ? Je ne le crois pas. Mais alors, pas du tout. Je n’aime aucune généralisation et s’il faut dénoncer impitoyablement les propos et les actes racistes, s’il faut réprimer avec la plus grande sévérité les coups inutiles, les agressions et les brutalités de la part de ceux qui sont censés représenter la Loi et l’Ordre, non, pas la série de TF1, je refuse de mettre tous les poulets dans le même poulailler.

Tiens, c’est pas dur, ce serait comme définir tous les manifestants – 15 000 selon les flics, 100 000 selon les organisateurs, un certain nombre, selon moi – comme de gros couillons antisémites parce que certains se sont crus obligés de gueuler « sales Juifs » face à d’autres gros couillons identitaires qui portaient une banderole parlant des victimes du racisme anti-blanc. Bref, nous avions deux bandes de connards en parfait état de marche face à face, normalement, j’aurais dû mettre ça de côté, en espérant qu’ils se foutent sur la gueule, un combat entre connards est toujours un plaisir de fin gourmet. C’est est resté aux paroles, pas fous non plus, les énervés des deux camps de la connerie militante.

Donc, certains ont crié « sales Juifs ». Pourquoi ? Va comprendre, Charles. Comme il est rare que les gens se promènent le zguègue à l’air, je doute que les « antiracistes » en peau de lapin aient repéré un circoncis dans la bande des crétins identitaires. C’est possible, après tout, mais était-il si mal lavé, alors ? Bon, j’essaye d’en rire, mais ça ne passe pas. Maintenant, pour donner de la voix en France – en aussi ailleurs, je le crains -, on se permet tout et n’importe quoi et on n’oublie pas d’être antisémite. Normalement, quand des gens normaux entendent ça, ils protestent. Pas là. Et surtout pas la Gauche et pas ses représentants. Et ça, ça me pourrit la tête au point que je dois en parler. Par trouille de perdre le peu de sympathie que les populations dites « racisés » ont encore envers elle, la Gauche française préfère mettre sous le tapis ce qui gêne, ce qui pue, ce qui fait vomir, faudrait pas risquer de fâcher la couillonosphère électorale.

Cette petite lâcheté de faux-derche, soutenue et affermie par la presse de la même eau, est la mort de l’idéal de ma Gauche, celle qui pense l’individu comme digne et responsable, celle qui accorde les mêmes droits à tous et exige les mêmes devoirs de tous, celle qui n’a pas oublié l’éthique de responsabilité et l’idéal d’égalité. Je ne sais pas si cette Gauche-là est morte ou si elle survit sous assistance respiratoire, je sais seulement que celle qui l’a remplacée n’en est que le zombie purulent.

Tiens, ça me fout tellement le bourdon que je vais aller préparer mon prochain scénario de Donjon et Dragons.

Car, oui, moi, je joue.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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