Il joue du piano avec sa bite

par | 29 Mar 2022

Faut reconnaître, comme titre, ça fait plus Patrick Sébastien que Michel Berger. Pas sûr que France Gall l’aurait chantée avec autant de conviction. En plus, dire « bite », c’est sale. Même si elle est propre, la bite. Mais, bon, c’est une réalité, Zelinsky a joué du piano avec sa teub. Et ça choque les bonnes âmes.

L’avantage, c’est que moi, je ne suis pas une bonne âme. En plus, ce genre de truc complètement con, ça aurait plutôt tendance à me faire marrer, comme quand Kad incarnait Manitas de la Bitas et jouait de la guitare avec son zgueg. Je reconnais que c’est pas fin fin comme humour, mais n’empêche, ça fait quand même rigoler le populo qui n’en demande pas trop, question élégance et finesse. Sauf qu’en général, après avoir joué Lettre à Élise ou Eine Kleine Nachtmusik avec son zob, on finit rarement chef de l’État, c’est comme ça, mieux avoir fait l’ENA ou Dauphine que de faire le couillon à la télé pour devenir Président. Sauf des fois. Mais c’est vrai, ça fait pas sérieux, la bite sur le clavier, moi, je ne le fais jamais.

Et puis, faut pas déconner, il fait rien qu’à essayer de culpabiliser tout le monde depuis qu’il se prend des bombinettes made in Russie sur le coin de la face. C’est pas bien ça, nous, on y est pour rien, faut pas venir nous remuer les neurones à solidarité, déjà qu’on a mis un drapeau ukrainien sur nos profils Facebook, il veut quoi, encore ? On va quand même pas aller se faire dérouiller devant Kiev, c’est même pas chez nous, même pas en Europe, y z-ont qu’à s’arranger entre Slaves, après tout. C’est trop facile de venir agiter Verdun en France, le Mur en Allemagne et la Shoah en Israël, chacun sa merde, après tout !

En plus, il a été cité dans les Pandora papers, le Zelinsky, c’est pas honnête, ça. Non. Enfin, oui, mais non. Il n’a rien fait d’illégal, sur le coup, c’est de l’optimisation fiscale, pas de quoi en être fier, hein, c’est sûr, mais pas de quoi être clouer au pilori non plus. En plus, semblerait qu’il ait fourgué toutes ses boites avant sa campagne électorale, alors franchement… « Ouiiiii, d’accord, mais il était proche de certains oligarques, ha ha, t’es bien coincé, là ! ». Ben non, toujours pas. Parce qu’on ne peut pas lui reprocher toute chose et son contraire au brave Volodymyr, on ne va pas le taxer d’anti-russisme primaire et d’être pote avec des proches du Kremlin dans le même temps, ça ne marche pas. Même si c’est pas bien.

Faudrait pas non plus oublier qu’il a un peu fait les yeux doux à Poutine, le Président ukrainien, prêt à causer avec lui du Donbass, à échanger des prisonniers et a supprimer les décrets à la con qui retiraient le russkoff des langues officielles ukrainiennes. Si c’est pas un vendu, ça ! Même qu’il avait nommé un proche de l’ex-président Ianoukovitch – pro-russe – pour tailler le bout de gras avec Vladimir Vadimirovitch, c’est dire s’il est aux ordres du Kremlin.

Et puis moi, si on me demande, je ne l’avais pas particulièrement à la bonne avant la guerre, Zelinsky. C’est pas que je sois un spécialiste de la politique ukrainienne, hein, faudrait pas déconner, je ne suis même pas capable de citer le nom de deux partis du coin, tout juste que je me rappelle de Maïdan et d’Ioulia Timochenko – mais surtout parce que je la trouvais choucarde comme tout -. N’empêche, pour ma part, un gugusse issu de la téloche qui vient jouer les redresseurs de torts au nom du peuple et promet l’éradication de la corruption, je trouve toujours que ça pue. Pour être honnête, ça me faisait penser à Beppe Grillo, ça daube le populisme à plein nez ce genre de truc.

Bref, c’est pas tout à fait Gandhi, le Zelinsky.

Non, c’est pas Gandhi et on s’en branle. D’abord parce que Gandhi, je ne suis pas certain qu’il ait été blanc-bleu toute sa vie. Et qu’en plus, c’est pas un modèle pour enfants sages dont l’Ukraine a besoin, mais d’un gars capable de tenir à bout de bras son pays quand il se fait agresser par la deuxième armée du monde. Churchill était un vieux réac misogyne et alcoolique, mais sans lui, je ne sais pas si l’Angleterre aurait tenu bon face aux armées allemandes et à la terreur populaire. Faut être clair, les héros purs et sans tache, ça n’existe pas et tant mieux. Oui, il a des défauts, Zelinsky, plein de défauts, il a dit des trucs à la con, il a promis des machins lors de son élection et il n’en a pas fait le quart, il est novice en politique et il fait des choix à la con. Mais il est là, bordel, seul, avec son tee-shirt kaki et sa barbe de trois jours et il nous regarde le soutenir sur le dos des cadavres ukrainiens en se demandant si on ne le prendrait pas un peu pour un con.

Alors, oui, il l’a mauvaise et il commence à ruer dans les brancards, le gars et ça se comprend. Tout le monde lui promet de l’aider, on l’assure de notre grande et belle solidarité et on continue à bouffer du gaz russe. On met la main sur le cœur et on l’applaudit dans les assemblées, mais on lui refile tout juste des drones et des casques, pas des tanks ou des zincs, pour pas froisser Poutine. Je ne sais pas ce que je ferais à sa place – et heureusement, jamais je n’y serai, à sa place ! – mais je suis bien certain que je l’aurais mauvaise face à un tel taux de faux-culterie diplomatique. Et pas qu’un peu.

Vous savez quoi ? Je parie qu’il ne va pas tarder à agacer ses « alliés », le président ukrainien dans son trou, il va rapidement fâcher les gentilles opinions publiques, à force de râler et de rappeler que c’est son peuple qui se prend les missiles sur la tronche. Et là, on va signaler toutes les conneries citées plus haut, souligner ses manques, ses approximations, son origine de rigolo. Il ne va pas tenir bien longtemps le rôle du héros de la liberté s’il continue à demander de l’aide en crachant comme un chat furieux.

C’est con, les héros, ça ne sait plus se tenir en société, de nos jours.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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