Infomanie
Par Christophe Sibille , le 31 mars 2015

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Bon, mardi 24 mars 2015. Je me sens totalement en empathie avec les victimes du crash de l’Airbus de Germanwings. J’ai pris totalement acte du fait que cela s’est produit dans une zone difficile d’accès, à deux heures de marche du premier village. Ou trois. Dans les Alpes de Haute Provence.  Qu’avant de tomber, l’avion a chuté. Ou l’inverse. Ou les deux. Oui, ô mon auditrice, qu’il a chuté en tombant, tu vois, j’étais sûr que tu avais largement le niveau pour être journaliste stagiaire à RMC. Titulaire, même.Que les conditions météorologiques étaient particulièrement bonnes, et, par-dessus le marché, pas spécialement mauvaises, qui plus est. Il faudrait qu’ils se mettent d’accord, les météorologues, c’est quoi, ce bordel ? C’est contagieux, le dézinguage de neurones de Louis Bodin, ou bien ?Oui, c’est vrai, il faudrait qu’ils se mettent d’accord. Sauf que c’est le même commentateur qui a envoyé ces deux informations contradictoires dans la foulée !! Ca doit être la danse de Saint-Guy des instruments de bord du Boeing qui ont perturbé les siens. De l’Airbus, pardon. Pas du Boeing. Ca y est, c’est moi qui décolle !

On a compris aussi que les sauveteurs ont fini par arriver. A pied. A cheval. En ambulance. Pardon, en hélicoptère, évidemment, je suis con. Ben oui, quoi, c’est une zone difficile d’accès, deux heures de marche du village le plus proche, je viens de vous le dire, quoi, faut suivre, merde !! En faisant gaffe à ne pas décoller trop près les uns des autres, les hélicos. Cette fois, c’est pas pour TF1. C’est des vraies gens.

On nous dit aussi que, parmi les passagers, il y avait des allemands. Et des bébés. Et un couple qui venait de se marier. Que quarante-cinq d’entre eux portaient des noms espagnols. En tous cas, les experts sont formels, oui, un expert qui n’est pas formel, c’est un peu comme un candidat mariniste avenant, une anomalie. Les experts sont formels, aucun habitant d’Alep ne faisait partie du voyage. Ni aucune des femmes enlevées quotidiennement par Boko Haram. Et je suis certain qu’ils le regrettent tous amèrement. Ca aurait donné l’occasion à tous nos médias audiovisuels de nous parler un peu de la Syrie. Et des enflures islamistes.

En tous cas, on est certain qu’il n’y avait apparemment pas de français parmi eux. C’est en tous cas ce que nous a dit le présentateur de BFMTV, avec le même ton qu’il aurait pris pour nous dire qu’il était finalement soulagé que le clitoris de la femme de sa vie ne sente pas le Nuoc Mam. Ou pour nous annoncer que le score du F-haine au premier tour des élections départementales, même s’il ne devenait pas le premier parti de France, n’était finalement pas si décevant que ça par rapport à ce qu’avaient prédit les sondages.

On sait aussi que l’avion avait tous ses moteurs et toutes ses ailes. Que le commandant de bord n’était pas junkie au pastis, et qu’il avait tous ses points de permis.

On a entendu l’interview, une heure après le crash, du maire du village le plus proche des sommets où le Tupolev a terminé sa carrière éparpillé façon puzzle. Comme dans les tontons zingueurs, oui, merci à l’ami Félix Lobo.

Pardon, pas le Tupolev.  L’abribus, j’vais y arriver. Pardon, Virginie ? Pas l’abribus, l’airbus ? Vous avez raison, c’est ce que j’ai écrit, mais j’ai des excuses, j’ai appris à lire avec un néo candidat f-haine aux départementales.

Le malheureux maire, à qui on demandait des informations sur le crash, a dit avec un sanglot dans la voix au présentateur zélé que c’est ce dernier qui venait de lui apprendre qu’il y avait eu une catastrophe aérienne. A deux heures de chemin de montagne, escarpé, de chez lui !!

Pour achever, le mot est vraiment le bon,  cette cacochronique médias, grève à Radio-France.

Après Lepaon, Gallet. Non, ô mon auditrice, pas le moindre contrepet dans ce court accès de désespoir. Simplement, au lieu de donner le pognon à ceux qui nous défendent, à ceux qui nous réjouissent, on en carrelle le sol, on en colle les murs, pour quelques sales cons mégalos !

Je vous fiche mon billet de concert qu’ils vont finir par regretter Hees et Val, à Radio-France !

Bon, d’accord, la pub toutes les deux minutes, sur les radios privées, c’est quasiment aussi émétique que les animateurs. Même s’il n’y a pas que des Jean-Marc Morandini, Laurent Ruquier, Jean-Jacques Bourdin, Cyril Hanouna, mais aussi quelques personnes honnêtes.

Mais moi, j’avoue que j’ai un faible pour les imitateurs. Non, Anthony Casanova, pas sur la tête.

Même si leur côté caméléon en a parfois fait des êtres peut-être moyennement intéressants, nonobstant leur talent.

Une bonne imitation, au service d’un bon texte, c’est une bonne caricature ! Quand j’en discutais avec Cabu … Putain, Cabu, snif … Lui me disait qu’il jubilait en écoutant Gerra, ou Canteloup, et moi je défendais les chroniqueurs de la même heure sur France-inter …

Il n’est que d’écouter les pitoyables gloussements forcés de Patrick Cohen un peu avant 9 heures, à la même heure ou le fou rire franc et massif gagne tout le studio d’Europe 1 ou de RTL pour être convaincu que, sur ce coup-là, il a raison sur toute la ligne. Il avait raison, pardon. Non, il a raison.

Pour terminer, il paraît qu’il y a des dissensions à Charlie. Ce qui donne encore l’occasion à pas mal de pourfendeurs de Philippe Val de lui cogner dessus sur les réseaux sociaux, avec autant de discernement que le baron Seillière le faisait sur les trente-cinq heures. Un seul commentaire : quoi qu’on puisse en dire, si Val n’avait pas été là en juillet 92 pour remettre Charlie sur le Tarmac, tous ces trous du cul planqués par le web n’auraient même pas l’occasion de lui chier dessus.

par Christophe Sibille

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