Johnny n’aurait pas fait ça
Par Anthony Casanova , le 20 février 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Depuis que le rockeur préféré de ceux qui n’aiment pas le rock est mort, on a dû se coltiner tous les «hommages» possibles et impensables afin de célébrer celui qui fut «l’idole des jeunes» il y a 50 ans. Les tympans en berne lors des diffusions de «ses meilleurs succès» et les rétines atrophiées en contemplant ses fans accoutrés à la mode «Johnny», nous faisions taire en nous l’exaspération devant ce spectacle grotesque en pensant, qu’une fois sous terre, le monde des médias pourrait reprendre une activité normale. Mais voilà, même mort, Johnny nous emmerde encore.

Tout commença par le lieu où le corps du brailleur décérébré fut enterré: l’île de Saint-Barthélemy. Première colère des fans de Johnny troublés par cet exil fiscal post mortem les empêchant d’aller pleurer sur sa tombe. Dès lors sa veuve fut cité pour expliquer que «Johnny n’aurait pas fait ça» donc ça ne pouvait être qu’elle. La jeune femme qui a partagé la vie du bonhomme ne serait qu’une veuve joyeuse ayant profité de l’idole des beaufs pour le mettre en terre loin de ses groupies. Cela aurait pu s’arrêter là mais, aujourd’hui, c’est le testament de Johnny qui fait débat: Il aurait profité de son exil fiscal américain pour «déshériter» une partie de sa marmaille. Scandale ! «Johnny n’aurait pas fait ça», beuglent à nouveau les adeptes du chanteur qui accusent à nouveau sa veuve qui serait passée de la joie à l’euphorie en comptant tous les millions qu’elle s’apprêtait à ramasser. De petites mesquineries en gros magot, Johnny et ses héritiers risquent de faire la couverture de Paris Match et de ses satellites en mal de scoops encore longtemps.

Or le plus «triste» dans cette histoire de fric n’est pas le sort réservé à ses gosses, à sa veuve ou à son entourage dont nous n’avons que foutre mais l’idolâtrie constante des fans de Johnny. Le fan de Johnny est une curiosité en soi: Hermétique à la musique, il a passé sa vie à acheter toute la camelote estampillée «Johnny». Car Johnny, tout au long de sa carrière, ne fut qu’un immonde sac à pub donnant à ses pauvres fans le statut de pigeon privilégié: t-shirts, bandanas, stylos, porte-clefs, cadres, statuettes, bijoux… Johnny a vendu tout ce qu’il pouvait à ceux qui l’aimaient. Puis, l’idole contemporaine leur démontra, une fois mort, toute l’estime qu’il leur portait en allant «reposer» très loin d’eux à Saint-Barthélemy. Mais la «secte Johnny», trop éprise de leur rebelle de pacotilles à la sauce Optic 2000 se refuse à le voir tel qu’il a toujours été: un escroc.

Dans les années 60, deux artistes «rebelles» se définissaient avec plus ou moins d’ironie comme des «idoles»: Johnny Hallyday et Léo Ferré. Si musicalement il ne peut y avoir de comparaison, ils restent malgré tout assez semblables dans la gestion de leur fortune. Les deux intouchables de la rébellion musicale ont toujours eu à cœur de fuir scrupuleusement le fisc. Être une idole est un fardeau qu’il est plus doux de porter sous le soleil de Los Angeles ou sous celui de Monaco. Mais les fans n’ont que faire de ce genre de sujet, eux, ce qu’ils veulent, c’est qu’on leur apporte une énième compilation, un petit inédit qui iront garnir leur étagère et, accessoirement, le portefeuille des ayants-droits qui resteront toujours plus ou moins louches aux yeux des fans.

Comme dans toutes les religions ou sectes modernes, on préfère pointer du doigt l’avarice des vilains apôtres de circonstance que de déboulonner l’idole aux pieds de pognon.

par Anthony Casanova

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