Jupiter en chef
Par Anthony Casanova , le 13 mars 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Dans un film de Robert Lamoureux, Jean Lefebvre demandait à Pierre Mondy : «Comment, on fait pour devenir chef, chef?» Cette question plus pertinente et profonde qu’un to be or not to be ne le sera jamais, est la base de nos sociétés modernes, voire de l’humanité toute entière.

Selon toute vraisemblance, nous sommes aujourd’hui capables de décrire l’origine du concept de chef : Un jour, on ne sait pas trop quand mais, sans doute, un lundi matin du premier tiers de la préhistoire, un singe décida d’être LE chef. Ça lui est venu comme une grosse envie de ne rien foutre… il regardait les autres singes qui n’arrivaient pas à se mettre d’accord, se disputant pour un rien, se tapant dessus pour une banane, s’entretuant sans agiter le drapeau national, c’est dire si c’était l’anarchie. Dans un de ces moments qui font l’histoire, Le singe en question prit la parole pour ne jamais la rendre. L’air grave, il proclama : «mes chers concitoyens, quand vous n’êtes pas d’accord, eh bien c’est moi qui décide. Mais, pour que je puisse mener à bien ma mission, il va falloir que vous bossiez tous pour moi». Un silence, comparable à celui qui suit un tour de magie, envahit l’assemblée des singes. Puis, ils se dirent en grognant : «si j’y avais pensé avant, ce serait moi le chef». Mais ne trouvant pas une repartie assez percutante pour dézinguer l’argument de hiérarchisation des primates, ils firent vœu d’obéissance, en songeant qu’un jour, eux aussi, pourraient devenir chef. Et sur cette pensée pleine d’espoir, ils construisirent une jolie cabane pour celui qui fut le premier des chefs.

Alors que s’est-il passé d’important entre le premier macaque qui décida d’être LE chef et Jupiter Macron qui fut élu président de la République, en 2017 ? Finalement, pas grand-chose. La différence entre le premier chef de l’ère tertiaire et le nôtre, c’est qu’aujourd’hui le chef a un «chargé de communication». Le «chargé de communication» est une personne épatante. C’est quelqu’un qui prend un cube, le remplit de merde, et alors que vous lui maintenez qu’il vient d’inventer la «boîte à merde», il vous regarde, et vous dit : «NON, c’est un téléviseur». Vous l’aurez compris, le «chargé de communication» est un charlatan moderne. Le charlatan pense qu’il vaut mieux dire «suppression d’emploi» plutôt que «licenciement» et tout un tas de subtilités qui vous font passer un coup de pied au cul pour une réforme.

Dans le roman de Pierre Boulle, La planète des singes, si les hommes perdent le pouvoir au profit des chimpanzés, c’est parce que les hommes ont cessé de penser : «Ce qui nous arrive était prévisible. Une paresse cérébrale s’est emparée de nous». C’est un peu le rêve du chargé de communication, un monde où le peuple serait heureux qu’une personne pense pour tout le monde.

En tant que chef des chargés de communication, Emmanuel Macron nous entraîne vers une société si simpliste qu’elle en devient grotesque. Par exemple, Emmanuel Macron juge sa pensée si «complexe» qu’il ne prend plus la peine d’en discuter avec les journalistes qui ne sont à ses yeux que des «commentateurs fatigués». Quant à ceux qui ne sont pas de son avis et s’opposent à sa politique, Macron les qualifie de «fainéants» et de «cyniques». C’est sans rire qu’il affirme, devant l’importance de son travail, qu’il lui est interdit de «s’asseoir» et encore moins de «se reposer». Jupiter est constamment en marche, nous n’avons plus qu’à le suivre. Ses éléments de langage deviennent les nôtres. La preuve : Macron a changé l’intitulé de ses «chargés de communication» en les rebaptisant «Les députés de la République En Marche», et nous n’y avons vu que du feu.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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